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En raison de la pandémie de Covid-19 qui accaparent toutes les forces vives “essentielles” et immobilisent les autres, les résultats du 1er tour des élections municipales qui s’est déroulé samedi et dimanche derniers sont passés inaperçus. 

Au-delà de la crise sanitaire, l’éclatement même du scrutin rend en outre ces résultats peu lisibles et brouille la vision d’ensemble , d’autant plus que ce suffrage regroupait de nombreuses listes sans étiquettes et quelques-unes à étiquettes multiples. Le Saint-Martin’s Week a tout de même tenté, loin du vacarme causé par l’effondrement de nos quotidiens libertaires et mondialisés, de tracer pour vous les grandes lignes de la consultation pour choisir les élus préférés des Français.  

Un vote marqué par l’abstention…

46 112 785 inscrits, 20 566 782 votants, 19 679 214 exprimés, 322 783 votes blancs et 564 785 votes nuls, soit… 55,4% d’abstention !!! Ce chiffre dépasse de près de 20 points le précédent record de 2014 (36,45% d’abstention).

Dans un contexte marqué par l’émergence de mesures de confinement et des précautions importantes autour des bureaux de vote, la faible participation des Français à ce scrutin local fera date dans l’Histoire. La veille, avec le passage au stade 3 de l’épidémie du coronavirus, le Premier ministre avait en effet annoncé la fermeture de tous les commerces non essentiels, et notamment des cafés, restaurants et cinéma, suscitant de nombreuses interrogations quant au maintien du scrutin. 

… et l’incivisme

Climat anxiogène, montée en puissance des restrictions proportionnellement à la progression de l’épidémie, peur de la contagion… Nombreuses étaient les raisons liée au Coronavirus pour plus d’un Français sur deux de bouder les urnes dimanche dernier. Pourtant, ce même jour, ils étaient des milliers à avoir décidé de profiter du soleil printanier pour se presser dans les parcs et autres lieux publics au plus grand mépris des mesures de distanciation sociale et des appels du Gouvernement à limiter les déplacements… 

Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé : « Ce n’est pas un acte de résistance que de sortir quand on dit de ne pas sortir. C’est un acte d’inconséquence ou d’insouciance. Et l’insouciance aujourd’hui, elle peut tuer ». 

Quelle qu’en soit la raison, il est un fait que cette abstention massive pose un problème démocratique, en affaiblissant la légitimité des résultats des uns et des autres, même des maires élus dès ce dimanche soir.

Premier tour… Ca, c’est fait !

A l’issue du premier tour, 30 125 communes ont déjà élu un conseil municipal complet et 165 conseils communautaires sont complètement renouvelés.

Comme pour les précédentes élections municipales, la prime au sortant joue pour ce scrutin : dans 20 600 communes, le maire sortant a été réélu dès le premier tour. Parmi les plus peuplées, Reims (Marne), Toulon (Var), Angers (Maine-et-Loire) ou Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) voient ainsi leur maire réélu. 

Pour les autres, nouveaux et anciens élus se mêleront dans l’attente du second tour qui devrait se traduire par une multiplication des triangulaires, voire des quadrangulaires au regard de la barre relativement basse (10% des suffrages exprimés au 1er tour), au-dessus de laquelle une liste peut se maintenir.

Les grandes tendances

Poussée écolo

En termes de tendance, c’est comme attendu, la fibre verte qui a globalement réalisé les meilleures opérations avec quelques belles surprises pour Europe Ecologie-Les Verts (EELV), comme à Lyon par exemple, où le candidat Grégory Doucet est donné loin devant le candidat LR et le poulain de Gérard Collomb, où à Bordeaux où l’écolo Pierre Hurmic est au coude à coude avec le maire sortant LR Nicolas Florian, pourtant héritier d’Alain Juppé ! A Marseille, l’écologiste qui menait la liste du Printemps marseillais arrive devant Martine Vassal (LR) à l’échelle de toute la ville ; surprise verte aussi à Toulouse où Antoine Maurice à la tête de l’Archipel Citoyen pourrait gagner la ville rose face au maire sortant ; sans compter les fiefs socialistes (Lille, Rennes notamment) où les écologistes se rapprochent des maires sortantes. En revanche, la vague verte n’a pas profité aux écolos à Paris, où la maire de Paris Anne Hidalgo vire largement en tête en captant une partie de l’électorat vert, le candidat EELV David Belliard étant donné à 10,79 %.

Les marcheurs à l’arrêt

De l’autre côté, le parti présidentiel, La République en Marche (LREM), doit a contrario assumer un crash électoral, attendu lui aussi eu égard à la difficulté à boucler ses candidatures notamment. Ainsi, LREM, qui ne bénéficiait pas d’élus sortants mais comptait de nombreux candidats dissidents, ne présentait sous ses couleurs que 247 listes, contre 389 pour le RN et 305 pour LR et malgré des têtes d’affiche de premier plan, les scores sont cinglants : À Paris, Agnès Buzyn sort des urnes à la traînes derrière Anne Hidalgo et Rachida Dati ; à Bordeaux, Thomas Cazenave s’est fait laminer par le sortant Nicolas Florian et le Vert Pierre Hurmic ; à Lyon, Yann Cucherat, le candidat du marcheur historique Gérard Collomb, est aussi sur la plus petite marche du podium ; à Lille, Violette Spillebout est troisième, loin derrière Martine Aubry tandis qu’à Marseille, le candidat LREM Yvon Berland arrive sixième ! Même les candidats issus de la droite soutenus à défaut de pouvoir être investis par le parti présidentiel, tels Jean-Luc Moudenc à Toulouse ou Edouard Philippe au Havre, ne le sauvent pas des eaux : les deux devront affronter un second tour beaucoup plus ardu que prévu. Deux exceptions, plus modestes tempèrent le désastre : Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comtpes publics, réélu au premier tour à Tourcoing (Nord), tout comme la liste sur laquelle figurait son collègue du gouvernement, Sébastien Lecornu, à Vernon (Eure).

Bilan contrasté pour le RN

La plupart des maires RN sortants ont tous été réélus au premier tour, le parti de Marine Le Pen fait par ailleurs la course en tête à Perpignan (Pyrénées-Orientales) et à Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) mais les municipales n’ont pas offert au parti d’extrême-droite, qui est aussi en position de perdre des municipalités, le tremplin espéré.

Il faut dire, pour être complet, que d’après un sondage Ifop, l’abstention a particulièrement touché les sympathisants du Rassemblement national (61%).

Second tour… Sine Die

Lundi 16, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner a indiqué que les résultats du premier tour sont sanctuarisés.

Les élections qui ont été conclues à l’issue du premier tour sont acquises. (…) Nul ne comprendrait en effet que les résultats réguliers d’élections organisées conformément aux lois de la République (…) soient remises en cause.

Par contre, l’organisation du second tour est difficile à projeter dans notre contexte d’incertitudes liées au Coronavirus et si le principe du report est acquis pour tous, la date de ce report pose problème. En effet, alors que le Gouvernement prévoit dans un projet de loi d’urgence qu’il se déroule « au plus tard au mois de juin », de nombreux constitutionnalistes tirent la sonnette d’alarme et indiquent qu’un tel délai imposeraient de reprendre tout le scrutin (1er et 2nd tour).

Le « projet de loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 » a été présenté en Conseil des ministres ce mercredi 18 mars et permettra de mettre fin au débat mais en tout état de cause, au regard de l’état sanitaire du pays, ce n’est qu’au début du mois de mai que nous pourrons juger, sur la base des expertises médicales, de l’opportunité d’organiser ce second tour au mois de juin ou si deux tours d’élections municipales partielles séparés d’une semaine seront organisés au mois de septembre… décalant en même temps les sénatoriales ?

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