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La pandémie est mondiale, mais son traitement reste très territorial à diverses échelles. La Chine, l’Iran, les Pays Européens, les Etats-Unis ou la Grande Bretagne adoptent des mesures diverses, il faut à tout prix préserver nos capacités hospitalières au bord de l’explosion… Mais au-delà des décisions politiques et de leur mise en application par les pouvoirs publics, sociologiquement, il y a la réaction des populations concernées et elles sont très diverses selon que l’on ait été bercé dans une démocratie permissive ou dans un contexte totalitaire.

C’est pourtant simple, mais nous sommes si “compliqués” …

A Saint-Martin, nous sommes certainement plus conscients qu’ailleurs du risque et de la notion de confinement et devrions mieux qu’ailleurs être capables de supporter et d’appliquer les seules consignes capables ne ne pas faire exploser les chiffres de personnes malades pour ne pas mettre en défaut un hôpital aux capacités plus que limitées.

Pour autant, la première des craintes qui a su émerger de ces mesures de confinement appliquées à Saint-Martin depuis mardi dernier à 12:00 tient en peu de mots : les risques de pillages.

Si la problématique n’a rien à voir puisque les réseaux de distribution alimentaire, d’eau, d’électricité, internet sont toujours fonctionnels, il n’en reste pas moins que le trauma des pillages est encore bien ancré.

Qu’on l’accepte ou non, la première des réactions sur un territoire où l’accès illicite aux armes est une problématique récurrente a été underground de se fourbir. La réaction n’est pas isolée puisque beaucoup d’autres territoires à l’échelle mondiale rencontrent la même problématique. Réflexe primaire que l’on doit avant tout à notre instinct de survie, celui que nous impose notre cerveau reptilien. Quoiqu’il en soit, cela donne lieu à de larges débordements que ce soit auprès des commerces alimentaires, des pharmacies and so on…

La vérité pour ceux qui connaissent les situations de crise majeure, c’est que la survie dépendra essentiellement des liquidités dont disposent les individus… car une fois la trésorerie plombée, l’humain se donnera forcément les moyens de maximiser ses chances de “survie” et en premier lieu de ne pas manquer de nourriture ou de produits de première nécessité. Et il faut bien l’admettre : les capacités financières des uns et des autres sont plutôt très inégales.

Si l’on ajoute à cela que nous avons aussi une culturelle tendance à ne pas apprécier que nous soient imposés des règles et cadres très “français”, cadres et règles dont le territoire s’est passé pendant des décennies mais qui montent en puissance depuis une quinzaine d’années, on devine la difficulté de faire respecter ces règles soudaines et invasives.

Crise sanitaire en vue… mais crise sociale déjà là !

La Banque Fédérale Américaine s’alarmait en début de semaine de ce que 40% d’américains ne disposaient devant eux qu’au maximum de $400. S’ils s’alarment, c’est parce que ces 40% d’américains vont très rapidement se retrouver à cours de cash flow… alors, à la pandémie pourrait s’ajouter une autre problématique, celle du maintien de l’ordre !

Mais qu’en est-il à Saint-Martin ? Peut-on se targuer de vivre dans une société dont les fondations sont suffisamment solides et égalitaires pour que nous ne soyons pas nous aussi confrontés à cette problématique ? La part d’économie grise, c’est à dire celle qui échappe aux radars fiscaux et sociaux mais qui maintient artificiellement cette société, est telle que son effondrement pour cause de confinement et d’absence de touristes, mettrait profondément en difficulté la paix sociale déjà passablement fragile, sur fond de communautarismes.

La déliquescence de la cohésion sociale, phénomène en accélération et qui a déjà su s’imposer à nous en décembre 2019, ne nous permettra pas de compter sur un civisme transversal et intense qui malheureusement est la clef unique pour enrayer l’épidémie. Cela ne nous empêchera pas de relayer en boucle les messages des autorités compétentes, et tous les médias de Saint-Martin participeront d’arrache pied à ce qu’ils parviennent au plus grand nombre avec cette complexité linguistique qui voudrait que, dans l’idéal, nous soyons à même de les relayer en deux, trois, quatre ou cinq langues…

Désastre économique… immanquable

Sur un autre plan, parce que le tissu économique saint-martinois ne repose quasiment que sur des TPE (Très petites entreprises), la casse risque bien d’être d’une ampleur autre que celle provoquée par Irma. La plupart de ces sociétés qui ont survécu au cyclone ou se sont créées après fonctionnent en flux tendu de trésorerie et n’ont en rien la possibilité d’assumer cette période de disette. On évitera ici de parler de la portée du travail amorcé par l’Office de Tourisme pour tenter de repositionner la “Destination Saint-Martin” sur l’échiquier mondial…

Compliquons encore un peu l’équation : comme l’a fait remarquer Alain Contant, Responsable du Centre des Finances Publiques de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, bon nombre des entreprises déclarées à Saint-Martin sont hors des clous, où pour des problématiques fiscales, où pour des problématiques réglementaires… A partir de là, accéder aux dispositifs de soutien que la Nation ne manquera pas de déployer et qui seront relayés par la DIECCTE entre autres, sera assez complexe…

Bref… en un mot comme en mille… Saint-Martin ne sera malheureusement pas un modèle de confinement et de respect des règles … et Saint-Martin n’avait vraiment pas besoin que se rajoute à sa pénible reconstruction une crise sanitaire de cette inédite ampleur …

Le Pire n’est jamais décevant…

Claude Lelouch…
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