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Le recours à l’armée durant cette période de crise sanitaire sans précédent a quelque chose de rassurant à notre humble échelle : le déploiement dans le cadre de l’opération “Résilience” des hommes du 33ème RIMA à Saint-Martin, les liaisons assumées par le Dumont d’Urville comme la présence au large du Dixmude. La mère patrie est là, n’oublie pas les territoires ultramarins et saura certainement, comme après Irma, chiffrer ce déploiement et poser des zéros à la solidarité nationale.

Si l’information depuis la crise est elle aussi confinée puisque les contacts sont bien moindres et que les vraies informations ne filtrent pas durant les conférences de presse mais plutôt durant les rencontres dans les couloirs ou lors de rendez-vous privés et discrets, il n’en reste pas moins que ce déploiement des forces armées françaises se trouve forcément faire écho à d’autres “manœuvres” qui ont pour théâtre la mer des Caraïbes.

USA vs Vénézuela, Trump vs Maduro…

Les Etats-Unis, qui soutiennent ouvertement et ont reconnu Juan Guaido, président autoproclamé par intérim du pays face à Nicolas Maduro toujours en place et soutenu par l’armée, ont déployé des forces en mer des Caraïbes depuis le début du mois d’avril dans l’objectif revendiqué de lutter contre “les cartels de la drogue”. Pour autant, Mike Pompeo, secrétaire d’Etat américain, annonçait en début de mois que ni Maduro ni Guaido ne pourrait se présenter aux élections présidentielles futures, un désaveu pour Guaido qui laisse deviner que les USA ont “d’autres plans”…

Pour que la crédibilité du motif de cette opération militaire soit totale, la DEA, Drug Enforcement Administration, a même officiellement proposé une récompense de 15M$ pour toute information menant à l’arrestation ou à la preuve de culpabilité de Nicolas Maduro dans ses relations avec les cartels, ce dernier, et certains membres de son entourage, étant inculpés par la justice américaine pour trafic de drogue.


Nous ne devons pas laisser les cartels de la drogue exploiter la pandémie pour menacer les vies américaines.Donald Trump, 1er avril 2020

Des acteurs corrompus comme le régime illégitime Maduro au Venezuela dépendent du trafic de drogue pour maintenir leur régime oppressif au pouvoir. Mark Esper , secrétaire américain à la Défense

Le déploiement américain en mer des caraïbes est massif, l’objectif est de doubler les capacités militaires habituellement déployées dans la zone : destroyers, navires, avions et hélicoptères de combat, appareils de surveillance and more…. C’est en substance le plus important déploiement de l’armée américaine sur la zone depuis l’invasion du Panama en 1989.

Le Président américain a aussi pris soin d’annoncer que la démarche a obtenu le soutien de 22 pays de la Caraïbe et non des moindres, parmi lesquels la Colombie, le Honduras, le Guatemala, le Costa Rica, Sainte-Lucie, Haïti ou encore le Panama.

Si le déploiement a de quoi surprendre en pleine pandémie, il est pourtant organisé depuis plusieurs mois et répond à un plan, “Cadre démocratique pour le Venezuela ”, qui aurait obtenu de surcroît l’approbation de l’Union Européenne.


Il est évident que le Gouvernement de Trump crée un rideau de fumée pour occulter sa gestion improvisée et erratique de la pandémie aux Etats-Unis. Depuis le début, Donald Trump l’a minimisée et l’a niée comme il l’a fait pour le changement climatique.Nicolás Maduro Moros, lettre au peuple américain, 3 avril 2020

On en oublierait presque les intérêts russes au Vénézuela par l’entremise notamment du groupe Rosneft, géant du pétrole. Mais le groupe n’échappe pas à la pression américaine et les sanctions déployées par Washington en direction de Caracas mettaient en péril les investissements de Moscou. Résultat : le groupe faisait savoir fin mars qu’il cessait ses activités au Vénézuela et procédait à la cession de ses actifs à un autre groupe russe.

Ces sanctions, si elles n’empêchent pas les Nations Unies de fournir une aide logistique au pays à travers des équipements et du matériel médical, ont par contre eu raison de l’emprunt que Maduro souhaitait souscrire pour faire face à la pandémie : le Fonds Monétaire International a refusé mi-mars d’accorder ce prêt d’urgence sous la pression américaine.

Alors que l’ONU et de nombreuses organisations humanitaires internationales espéraient que la pandémie motive une levée ou une suspension des sanctions contre le Venezuela et Cuba, Donald Trump a comme souvent pris le contre pied de l’opinion publique en déployant un puissant dispositif qui, s’il ne peut qu’être dissuasif, montre quand même clairement les crocs.

Au delà de la démarche américaine…

Ce théâtre nous semble forcément lointain puisqu’une chape de plomb médiatique nous est tombée dessus depuis le début du mois de mars… mais le Vénézuela, c’est à deux pas de chez NOUS, à peine plus d’une heure de vol.

Au delà du super-déploiement américain et de la mobilisation française, l’opération a aussi pris une dimension européenne au sens géographique de la chose. Notons que “Cette coopération sera opérée par une cellule régionale de coordination militaire commune qui sera située à Fort de France.”

Le Royaume des pays Bas, lui aussi forcément concerné pas la propagation du Covid-19 sur certaines îles des Caraïbes protégées par la couronne, a dépêché en mer des Caraïbes le Karel Doorman, un navire polyvalent de soutien destiné aux opérations amphibies de la marine royale néerlandaise qui avait déjà croisé dans les eaux turquoises post-Irma.

La couronne d’Angleterre n’est pas en reste puisque qu’un bâtiment de la Royal Navy a aussi rejoint les Antilles, le RFA Argus. La présence de la Royal Navy est naturellement justifiée par cette pandémie même si traditionnellement, le RFA Mount Bay ne vient se positionner en mer des Caraïbes que durant la saison cyclonique. 

Le bâtiment de la Marine Royale achemine évidemment du fret médical et humanitaire, du personnel médical mais aussi un détachement de Royal Marines et des hélicoptères Wildcat et Merlin.

Pendant ce temps, beaucoup plus proche de nous, l’interrogation est de mise quant aux allers-retours de deux avions hors normes, deux Ilyushin il-76-TD-90 VD de la compagnie Global Dnepr Airlines, immatriculés RA 76-511 et RA 76-952, qui opèrent depuis une bonne semaine des rotations entre Maastricht et Sint Maarten via Gander au Canada.

Certes, ce ne sont pas des appareils de l’armée mais leur capacité de transport phénoménale (Charge utile typique fret : 6 containers ISO de 5 670 kg) couplée au nombre de rotations a de quoi étonner surtout lorsque la version la plus officielle annonce que ces deux appareils, affrétés par le Ministère Néerlandais de la Santé, du Bien-Etre et des Sports, achemineraient pour le Sint Marteen Hospital Center du matériel médical (5 respirateurs artificiels, du matériel pour l’installation d’un hôpital de campagne, et des tests de COVID).

Théorie du complot… quand tu nous tiens…

Mis bout à bout, entre le déploiement international de navires de guerre, d’hélicoptères et d’avions de combat, de moyens médicaux, la mise en branle de géants des airs dédiés à des volumes de frets officiels pourtant réduits, les interêts économiques américains, russes ou chinois autour du pétrole vénézuélien et la promesse d’un monde demain qui ne sera pas celui d’avant, cette hyper-activité caribéenne éveille bien des soupçons et nourrit largement la bulle des incrédules de plus en plus nombreux et qui ne s’auto-suffisent plus de la mono-thématique “Covid-19” servie matin midi et soir par les médias dominants.

Ce qui est assez surprenant, c’est le silence de la France et des territoires français caribéens face à cette situation inédite et aux dimensions diplomatico-économiques majeures qui n’est pas sans laisser craindre une déstabilisation à venir profonde du bassin caribéen avec comme porte d’entrée, le Vénézuela en tant que “target” américaine…

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