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Mardi 28 Avril 2020, la presse était conviée en Préfecture en présence de l’ARS Guadeloupe pour faire un nouveau tour d’horizon de la situation saint-martinoise face à l’épidémie de Covid-19, à peine plus d’une heure après que la stratégie du Gouvernement quant au “déconfinement” ait été présentée par le Premier Ministre Edouard Philippe à l’Assemblée Nationale.

Dr Brice Daverton, représentant de l’ARS Guadeloupe pour les îles du Nord, Valérie Denux, Directrice Générale de l’ARS Guadeloupe, Sylvie Feucher, Préfète déléguée de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, Pr Pierre-Marie Roger, infectiologue au CHU de Guadeloupe

Autour de la table, la Préfète Sylvie Feucher, la Directrice Générale de l’ARS Guadeloupe Valérie Denux, le représentant local de l’ARS, le Docteur Brice Daverton dit “Docteur Brice”, et le Professeur Pierre-Marie Roger, infectiologue au CHU de Guadeloupe, tous fraîchement revenus de Saint-Barthélemy quelques minutes plus tôt… on devine que la réception il y a quelques jours par la Collectivité de Saint-Barthélemy de l’automate dédié aux Test PCR n’est pas étranger au déplacement.

Le point de situation vu par la Préfète…

Tout d’abord, point de panique quant à la disponibilité de solution hydro-alcoolique pour les personnels en première ligne puisque que sur la base de la production locale assumée il y a quelques semaines, des stocks sont toujours disponibles.

L’aide aux plus démunis, et notamment l’aide alimentaire, est aussi une préoccupation et trouve réponse dans le dispositif déployé avec la Collectivité par l’intermédiaire de l’association COBRACED et de la Croix Rouge.

Ensuite, le sujet des masques grand-public est aussi une préoccupation préfectorale. La fabrication de 40000 exemplaires est actuellement en cours grâce à un partenariat avec la Collectivité et Initiative Saint-Martin Active. Ces masques pourraient par exemple venir équiper les élèves à partir du Collège qui retrouveraient le chemin de l’école.

Cette reprise de l’école, évoquée à partir du 11 mai selon des conditions fixées par le Gouvernement, adaptables par les Collectivités locales en fonction de leur réalité épidémiologique et sur la base du volontariat, permettra aussi d’identifier un peu mieux les élèves dont les familles ont besoin d’un réel soutien alimentaire.

“Je milite pour un retour à l’école le 11 mai dans les conditions posées par le Premier Ministre. (…) Je vais en parler avec le Président Gibbs naturellement.”

La Préfète rappelle que les difficultés vécues par le système éducatif sont réelles depuis Irma et que l’impact de trois années de fonctionnement non optimal pour les élèves pourrait être lourd à porter dans leur cheminement.

Vis à vis de la présence militaire, et notamment de celle du Dixmude assez fréquemment dans nos eaux, présence qui interpelle largement sur les réseaux sociaux, la Préfète est claire à dire que celle-ci rassure par son opérationnalité tant dans l’acheminement des matériels nécessaires à Saint-Martin que dans le fait d’assumer les évacuations sanitaires éventuelles sans se cantonner aux stricts cas graves d’affection au Covid-19 : “C’est rassurant d’avoir de pareils moyens dans nos eaux” rappelant au passage que les manœuvres sont aussi un moyen pour les militaires d’accroître leur efficience et de mieux connaître le terrain puisqu’il ne faut pas oublier que le Dixmude sera aussi le bâtiment qui œuvrera en cas de nécessité, si la saison cyclonique qui approche devait ne pas nous épargner.

Le Point de situation vu par la Directrice Générale de l’ARS Guadeloupe

Le “chantier” du moment dans cette crise sanitaire est clairement posé sur le fait de définir et de travailler à une stratégie de déconfinement progressif. Le fait est que la situation saint-martinoise est qualifiée par Valérie Denux de stable et que cela ouvre la porte à une nouvelle phase dans sa gestion : celle dédiée à l’élargissement des tests PCR, qui valident la présence du virus chez le patient testé, pour toutes les personnes symptomatiques même si ceux-ci étaient minimes.

Jusqu’à ce que la Directrice Générale de l’ARS ouvre cette possibilité la semaine dernière à tous les médecins, puisqu’il faut une prescription médicale pour pouvoir être testé PCR, les tests étaient effectués sur les cas graves (200 tests environ ont été réalisés à Saint-Martin depuis le début de la pandémie). Cette nouvelle phase permettra de vérifier l’effectivité de la circulation du virus et donc d’adapter les mesures à venir en fonction de cette réalité changeante…

Valérie Denux, Directrice Générale de l’Agence Régionale de Santé de Guadeloupe

Pour autant, si la situation est favorable à un déconfinement progressif, Valérie Deux insiste sur le fait que cette situation est très dépendante de la capacité de tous à poursuivre l’effort, celui de la distanciation sociale et du maintien des gestes barrière.

La fin du confinement tel que nous le connaissons depuis le 17 mars dernier repose donc pour l’ARS Guadeloupe sur trois principes importants :

  • Une surveillance épidémiologique accrue puisqu’il va falloir apprendre à vivre avec le virus
  • L’accès au test PCR au moindre doute
  • Des enquêtes concentriques de proximité pour tester les cas contacts pour tout nouveau patient testé positif

En complément, si un nouveau cas devait apparaître et pour faciliter la quarantaine, la mise à disposition d’un logement alternatif sera proposée, évitant par là la quarantaine de toute la cellule familiale.

“La Population a fait un énorme effort (…) il est vraiment important que chacun comprenne qu’il faut poursuivre l’action collective. (…) On n’est pas à l’abri d’une petite résurgence.”

En l’état actuel des choses, 4 à 6 lits resteront mobilisés pour le Covid-19 à l’hôpital LCF, choix qui évoluera en fonction de la réalité de l’épidémie.

Pour ce qui est de la capacité de nos territoires à opérer les tests, la Guadeloupe via l’Institut Pasteur est à même actuellement de procéder à 300 tests par jour et pourra dès la semaine prochaine voir ce chiffre atteindre 800. Il faut y ajouter la capacité du CIRAD qui lui dispose d’un automate qui permet de procéder à 400 tests quotidiennement. Le CHU est en attente d’un automate qui permettra 600 tests/jour. La Collectivité de St Barthélemy est équipée à hauteur de 100 tests/jour et sera bientôt opérationnelle, et l’hôpital Louis Constant Fleming est en attente d’un ou plusieurs équipements qui permettront aussi 100 tests/jour minimum.

Sur le sujet, la Collectivité de Saint-Martin a procédé à une commande 4 automates d’une capacité chacun de 100 tests/jour (sachant que la Collectivité de Saint-Barthélemy en espérait aussi 4 et n’en a obtenu qu’un, le marché étant ultra-tendu en ce moment) et l’ARS Guadeloupe a l’intention d’équiper l’hôpital Louis Constant Fleming d’un automate. Quelle que soit la capacité de la Collectivité à faire aboutir sa commande, que cette dernière soit “réquisitionnée par l’état” selon les propres mots du Président Gibbs, ou pas, Valérie Denux a d’ores et déjà fléché un automate localement. Dans l’attente, et avec la capacité affichée régionalement, les échantillons seront acheminés en Guadeloupe et pourquoi pas à St Barth.

Au delà de la capacité à tester, Valérie Denux met aussi l’accent sur les dispositifs qui permettront le prélèvement. A Saint-Martin un “drive” va être mis en place et l’autorisation a été donnée à l’hôpital de constituer une équipe qui pourra se déplacer auprès des publics symptomatiques.

De la même façon, et dans le cadre des enquêtes épidémiologiques qu’il faudrait mettre en place, les médecins de ville pourraient recevoir l’appui logistique d’autres personnels, de la Sécurité Sociale, des Ephad ou d’autres organismes qui seront habilités à enquêter et former des “brigades de traçages”.

Professeur Pierre-Marie Roger, infectiologue au CHU de Guadeloupe

La position de l’infectiologue, le Pr Pierre-Marie Roger

Pour l’infectiologue, à l’échelle de la Guadeloupe et des îles du Nord, les spécialistes s’attendaient à une catastrophe sanitaire de grande ampleur, outrepassant les capacités hospitalières, du fait même de l’insularité. Cet évènement n’a pas eu lieu, élément qui plaide en faveur d’une gestion de la pandémie qui a été bien organisée.

“Les conditions favorables à la sortie du confinement sont là. (…) Même si les tests ne sont pas une garantie à 100%, il n’y a pas de nouveau cas d’affections respiratoires sévères actuellement.”

L’occasion pour le professeur de rappeler la différence entre les Tests PCR et les tests sérologiques, les premiers révélant la présence du virus chez le patient, le second indiquant qu’un patient a été infecté, est guéri et qu’une immunité, fonctionnelle ou pas, a été développée.

L’épidémiologiste rappelle aussi qu’il existe une grande différence en termes de santé publique entre la gestion de quelques clusters identifiés, et donc traçables, et un virus dont la propagation serait diffuse. L’occasion de mettre encore l’accent sur le respect des consignes sanitaires.

Et après ? Tourisme ? Lignes aériennes ? Frontière ?

Forcément la grande question puisque Saint-Martin ne vit que de sa ressource touristique ou presque et que la phase qui s’ouvre le 11 mai ne permettra pas encore une reprise d’activité de ces secteurs… Là encore, on sent bien que les autorités marchent sur des œufs car si la situation est plutôt encourageante, afficher trop d’optimisme ne serait pas favorable au message qu’ils souhaitent faire passer et qui est celui de la prudence et du respect le plus strict des consignes, seuls éléments permettant de ne pas voir l’épidémie reprendre de plus belle.

“L’après” est donc un sujet à l’étude et qui voit se dessiner quelques orientations et notamment pour ce qui relève des transports aériens. Ainsi, Valérie Denux évoque “un passeport sanitaire” pour les ressortissants français ou européens et qui permettrait à ces derniers de se faire tester avant leur voyage, permettant ainsi de vérifier qu’ils ne sont pas ou plus porteurs du virus. Les tests ne seront naturellement pas imposés mais permettront sur la base du volontariat d’éviter la mise en quarantaine éventuelle à l’atterrissage.

Le sujet est bien plus lourd lorsqu’est évoqué le cas des voyageurs autres qui eux pourraient s’exposer à une quarantaine de fait dès leur arrivée… quand les lignes seront rétablies et nous n’y sommes vraiment pas encore !

“Cela va changer profondément les modes d'entrées sur nos territoires.”Valérie Denux à propos des flux de passagers futurs…

Pour ce qui concerne la frontière entre le Nord et le Sud de Saint-Martin dont deux points sont purement et simplement fermés pendant que les deux autres font l’objet d’un contrôle conjoint permanent, la Préfète rappelle que les autorisations délivrées par ses soins aux résidents de Sint Maarten (250 pour le moment) pour entrer à Saint-Martin le sont au cas par cas, qu’une évaluation des demandes est effectuée au quotidien par les services de la préfecture sur présentation de pièces justificatives.

Cette contrainte frontalière pose naturellement de nombreux soucis aux entrepreneurs dont la structure se trouve “French Side” et qui résident “Dutch side”. En la matière, la Préfète rappelle que des structures hôtelières sont à leur disposition côté français et proposent même pour certaines des tarifs spéciaux et d’ajouter “Je ne vais pas mettre en danger toute la population pour ceux qui ont fait le choix de résider côté hollandais et je crois pouvoir dire que la Première Ministre partage ce point de vue (…) Il n’y a qu’en étant sérieux sur cette gestion que nous pouvons venir à bout de l’épidémie (…) sinon, il n’y avait aucune raison de gérer la frontière.”

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