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La gestion de la frontière s’est imposée depuis le mois de mars entre Saint-Martin et Sint Maarten, une hérésie historique pourtant imposée par la crise sanitaire pour l’île de Saint-Martin qui depuis 1648 vit sans matérialisation de la frontière.

Rappelons que le confinement imposé à l’échelle nationale en France est devenu réalité le 13 Mars dernier, mesure sur laquelle Sint Maarten ne s’est pas alignée. La décision de confinement pour nos voisins du Sud est venue un peu plus tard, les données épidémiologiques prenant alors une tournure inquiétante, et ce confinement a été bien plus drastique, imposant aux autorités de Saint-Martin et de Sint Maarten de se pencher sur les flux entre les deux territoires.

Au bilan : fermeture pure et simple de deux points d’accès que sont ceux d’Oyster Pond et de Terres Basses et contrôle systématique 24/24 et 7/7 des points de Bellevue et Quartier d’Orléans. L’accès de part et d’autre de l’île est depuis soumis à conditions pour celles et ceux qui souhaitent passer la frontière, conditions fixées par un accord signé entre les deux parties, Saint-Martin et Sint Maarten et limitant les flux à un panel d’activité liées à “l’urgence”.

Frontière fermée entre Terres Basses et Cole Bay matérialisant celle-ci entre Saint-Martin et Sint Maarten

Cette mesure ne peut raisonnablement être accueillie de façon positive par la population qui depuis 1648 vit dans le respect du Traité du Mont des Accords qui instaure entre autres la libre circulation des biens et des personnes entre les deux parties de l’île de Saint-Martin. Cette matérialisation des frontières créée donc un malaise identitaire pour celles et ceux qui vivent Saint-Martin de façon unitaire depuis des générations, malaise qui devient évidemment le terreau d’une exploitation politique et un outil de pression sur les décisionnaires que sont l’Etat français et le Gouvernement de Sint Maarten. Sur un autre plan, ce fonctionnement séculaire en “open border” participe aussi de la nature même du tissu économique saint-martinois à l’échelle de l’île : entre résidents de Saint-Martin exerçant Dutch Side et résidents de Sint Maarten travaillant French Side, aujourd’hui empêchés d’exercer sauf à appartenir aux activités d’urgence.

Face à ce double “malaise”, il y a aussi une situation sanitaire de part et d’autre de la frontière qui n’est pas la même : si à Saint-Martin l’épidémie affiche un recul certain et un bilan, toujours trop lourd, mais dont le territoire n’a pas à rougir avec 2 décès et 39 cas, il n’en est pas de même à Sint Maarten avec 15 décès et 77 cas.

Au delà de ces aspects historiques et économiques confrontés à une réalité sanitaire, il existe une vraie peur au sein de la population quant à une réouverture trop rapide et mal contrôlée… A titre d’exemple, si Anguilla et Saint-Barthélemy peuvent s’enorgueillir d’une excellente situation sanitaire, ils le doivent aussi à leur capacité de gérer fermement les flux de population. Le territoire d’Anguilla, par exemple, s’il est totalement déconfiné ne l’est que sur lui-même puisqu’il reste strictement fermé aux entrées et sorties.

C’est sur cette base que s’est déroulée la dernière réunion tripartite et dématérialisée entre la Préfète, le Président de la Collectivité et la Première ministre pour évoquer la réouverture de la frontière et à l’issue de laquelle aucune décision n’a été prise en terme calendaire, celle-ci étant suspendue aux indicateurs sanitaires et à leur cohérence effective de part et d’autre de l’île ainsi qu’à des protocoles qui dans l’idéal se voudraient les plus proches possible.

La première ministre de Sint Maarten, selon nos confrères du Daily Herald, s’interroge aussi sur le cas des enfants résidant à Sint Maarten et scolarisés à Saint-Martin qui ne pourront ce lundi 18 Mai rejoindre leurs établissements scolaires… sujet qui semble pour tous les résidents de Saint-Martin en tant qu’île évident mais qui rappelle de fait une spécificité qui n’est elle pas forcément conforme au droit puisque, pour être scolarisé en France et bénéficier de ce service public gratuit, il faut, sauf démarche exceptionnelle, a minima être résident français. On sait les dérives qu’a pu induire ce principe et le commerce d’adresses de complaisance qui en découle avec pour effets premiers d’alourdir la charge pour les services publics liés à l’enseignement à Saint-Martin et imposer à la Collectivité de récurrentes constructions d’établissements.

Une autre réunion se tiendra la semaine prochaine pour tenter de cerner cette réouverture de la frontière à l’aune des situations sanitaires comparées, alors que le sujet “border” commence à enfler et fera même l’objet d’un meeting public “d’initiative populaire” ce vendredi 15 Mai 2020 où pourrait s’inviter un Collectif d’entrepreneurs transfrontaliers très concernés par le sujet, dans la plus pure tradition des “collectifs ad hoc” qui parviennent à faire autorité chaque fois qu’une problématique parvient à fédérer.

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