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Cédrick André, ex-Président et fondateur de l’association Saint-Martin Uni, a la semaine dernière jeté un très gros pavé dans la mare en invitant la presse à relayer sa position quant à l’association dont il n’est plus membre, à ses actions et ses objectifs réels.

Je veux aux conjectures opposer les actes.Taï Ghzalale, Président de l'Association Saint-Martin Uni
Georges Richardson, aka Bage, Président de Sandy Ground on the Move Insertion

C’est presque un “droit de réponse” qu’a sollicité Taï Ghzalale (d’ailleurs accompagné ce jour là de Georges Richardson, ex-représentant de conseil de quartier avant Cédrick André) suite à cette prise de position de Cédrick André en invitant la presse à un court rendez vous en forme de mise au point appuyée sur les actions de l’association Saint-Martin Uni largement documentées façon “showcase”, et sa perception du territoire.

Pour Taï Ghzalale, Saint-Martin est un territoire riche qui dispose d’une histoire forte, d’une rare mixité mais que le récent passé n’a pas épargné : d’Irma au Covid-19 en passant par les tensions sociales… Pour lui, Saint-Martin n’a pas réussi sa transformation statutaire et il y a urgence à “faire le choix de l’avenir que l’on souhaite”.

Genèse…

Oui, Saint-Martin Uni est née de l'initiative de Cédrick André qui après Irma a émis l'idée d'une union sacrée.Taï Ghzalale, Président de l'Association Saint-Martin Uni

Unir les socio-professionnels et la population après le sinistre et créer une association forte en bénéficiant des réseaux et des leviers des uns et des autres pour permettre de fédérer au sein d’un très large cercle et travailler à une résilience rapide et durable… c’était en substance l’objectif central de l’Association qui se veut transversale. Cédrick André avait alors assumé la Présidence de Saint-Martin Uni avant que celle-ci n’évolue en co-présidence, partagée avec Taï Ghzalale.

Cette initiative, les deux hommes l’ont exposée aux autorités locales au lendemain d’Irma, Daniel Gibbs, Président de la Collectivité, et Anne Laubiès, Préfète de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin alors en poste. “Avez-vous besoin de nous ?”, la réponse a évidemment été unanime et positive, après Irma les besoins étaient partout. L’occasion pour Taï Ghzalale de revenir sur le fait que selon lui “Saint-Martin était aussi prêt que possible, il est faux de dire que l’état n’a pas fait son travail, il est faux de dire que la COM n’a pas fait son travail comme il est faux de penser que nos habitations étaient mal construites.”

Saint-Martin Uni ne tarde pas à trouver la légitimité recherchée et pilier de sa visibilité au point de s’imposer régulièrement comme interloccuteur choisi par le gouvernement lors des visites très officielles qui ont pu avoir lieu après le sinistre, notamment celle d’Edouard Philippe, Premier Ministre.

Sur le papier, l’idée est plus que louable mais l’approche des deux hommes est différente. Cédrick André est selon les propres mots de Taï Ghzalale, “un combattant”. Son passé de syndicaliste pose le combat dans son “ADN” et ses actions trouvent leur motivation dans le fait de venir en aide “au peuple”.

Au mot peuple, Taï Ghzalale préfère le mot “population” et si la nuance est subtile, elle illustre bien le gap qui peut exister entre les deux hommes qui pourtant partagent le même objectif selon Taï : “On partage tous la même envie du meilleur pour la population et une meilleure résilience.”

En “post-Irma” donc, l’association a œuvré sur de multiples axes avec la volonté de “ne pas faire à la place de mais avec”. 4000 m2 de toiture ont été posés, 15 personnes ont pu bénéficier d’une formation dans le métier de la couverture, des accompagnements psychologiques ont été dispensés…

Cette expérience du Post-Irma a permis à l’Association Saint-Martin Uni de disposer d’une bonne connaissance de l’île et d’un reporting qui lui a permis d’appréhender la crise sanitaire de la Covid-19 en s’appuyant sur des listings solides de personnes vulnérables.

Il y a à Saint-Martin 1800 foyers en situation périlleuse et sur ces 1800 foyers, 450 sont vraiment sur la corde raideTaï Ghzalale, Président de l'Association Saint-Martin Uni

Une organisation sans faille…

Le nouveau Président de Saint-Martin Uni ne répondra pas par le menu aux propos de Cédrick André, préférant s’appuyer sur le bilan de l’association, sur sa structuration, sur les actions passées, en cours et à venir et souhaite “ne pas jeter d’huile sur le feu.”

S’il est une chose à laquelle l’entrepreneur et président d’association est rompu, c’est bien le bon usage des chiffres et rien n’est laissé au hasard dans les actions menées par l’association : tout est chiffré, tout est tracé, tout fait l’objet d’un reporting qui ne laisse pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette à la suspicion ou au doute.

On le sait, les associations, et surtout celles qui ont pu œuvrer après Irma, ne sont pas toutes d’une transparence totale et ne répondent pas forcément aux canons édictés par la République en termes d’obligations légales, jetant un peu l’opprobre sur ce tissu et justifiant pleinement les efforts déployés dans le secteur de la professionnalisation de leurs pratiques.

Taï Ghzalale est un homme averti des cadres réglementaires posés par la République Française et rien n’est donc fait au hasard au sein de l’association Saint-Martin Uni, un mode de fonctionnement dont il sait qu’il est une clef pour l’accès aux subventions ou aux appels à projet, les cordons de la bourse dans le milieu associatif performant.

Le président multiplie aussi les rapprochements avec d’autres associations comme Saint-Martin Santé, Sandy Ground on the Move Insertion, La Croix Rouge ou Le Manteau de Saint-Martin, et est rompu au travail de réseau avec les socio-professionnels, les institutionnels, les élus locaux. S’il n’est d’ailleurs pas toujours en phase avec les décisions prises localement, il affirme que l’association travaille dans le respect des décisions des institutions mais que la mission d’assistance aux plus démunis impose que les deux parties de l’île alignent leurs politiques. On notera d’ailleurs que Saint-Martin Uni est aussi intervenu à Sint Maarten pour la diffusion sonore des messages d’information “à la demande de la Première Ministre”.

Durant cette crise sanitaire, l’association Saint-Martin Uni a donc œuvré au bénéfice de la population la plus précarisée, que ce soit en opérant des maraudes alimentaires (1000 paniers repas par jour et 500 plats préparés) et sanitaires (masques, gel Hydro-alcoolique …), en procédant à des dons à d’autres associations, en achetant des bœufs entiers qui seront découpés par Arnel Daniel (ex-élu), en réalisant des spots d’information sur les réseaux sociaux ou en procédant à la diffusion par haut-parleur de messages multilingues de sensibilisation aux gestes barrières, au respect du confinement, aux risques etc…

On ne distribue pas à l’arrière des voitures, on ne distribue pas n’importe quoi, on ne distribue pas de masques ramassé par terre ou des denrées périmées. (…) Saint-Martin Uni fait sa part, c'est tout.Taï Ghzalale, Président de l'Association Saint-Martin Uni

Pour illustrer ses propos, Taï Ghzalale se fend d’une allégorie issue d’une légende amérindienne :

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu !»
Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

Mais qui est Saint-Martin Uni ?

Si peu connaissaient Taï Ghzalale avant qu’Irma ne le projette hors de ses bureaux de Frigodom sur la zone portuaire de Galisbay et ne le mette en lumière, Saint-Martin Uni ne repose pas que sur ses épaules, le Conseil d’Administration a d’ailleurs été renouvelé récemment et son objet a été un peu modifié.

L’Association a désormais pour objet d’unir les forces vives de l’Ile de Saint-Martin pour :

  • promouvoir la résilience et permettre aux habitants, aux entreprises de se préparer à faire face, aux événements climatiques extrêmes, aux risques naturels, aux crises sanitaires, sociales et économiques ;
  • guérir les traumatismes et les blessures, soutenir ceux qui ont tout perdu, concourir à la défense de leurs droits socio-économiques ;
  • accroître la performance de l’entrepreneuriat par l’accompagnement des entités pour la professionnalisation de leurs projets en vue de la création et le développement d’emplois durables ;
  • constituer un terrain de recherche et de réflexion, de rencontre et d’action pour développer les solidarités ;
  • mieux reconstruire et donner un avenir durable à la population ;
  • participer ainsi pleinement à la cohésion sociale de l’île.

Quant au Conseil d’Administration il est ainsi constitué :

  • Président M. Taï GHZALALE
  • Vice-Président e Mme Léonie LARMONIE
  • Vice-Présidente Mme Jeanne ROGERS-VANTERPOOL
  • Vice-Président M. Baki ARBIA
  • Vice-Président M. André DELCHEF
  • Vice-Président M. Georges RICHARDSON
  • Trésorier M. Pierre COUCHOU-MEILLOT
  • Secrétaire Mme Françoise MENDY

Certes pas de quoi nourrir pleinement la suspicion de Cédrick André quant à un éventuel objectif politique de l’association, mais c’est en fait en élargissant le champ au delà du strict bureau que la puissance de l’association prend tout son sens au regard des piliers de notre société qui s’y affichent : entre élus, anciens élus, éminents représentants d’associations socio-économiques, membres d’institutions, associations cultuelles (et on sait leur poids dans la société saint-martinoise, poids qui n’est jamais si bien révélé qu’en période électorale) etc…

L’Association dispose clairement de puissants leviers et colle parfaitement à son ambition originelle : une association forte en bénéficiant des réseaux et des leviers des uns et des autres.

Certes Taï Ghzalale le répète haut et fort pour que le message soit bien clair, “Mon ambition n’est pas du tout d’être élu.”, mais comme le lui a indiqué Jacques Hamlet sur les ondes de SOS Radio, le mot “politique” à Saint-Martin ne s’entend pas selon sa définition issue du grec ancien, le mot “politique” à Saint-Martin signifie “politique” et tout l’est en fait sur un territoire de 53,2 km2 dès lors que l’on est actif, visible et à la tête d’un groupe constitué.

A cet état de fait, Taï Ghzalale rappelle que les publics de l’association sont bien souvent, dans leur état de dénuement extrême, des personnes sans papier et qui par définition ne sont pas des électeurs. Pour lui, Saint-Martin comme beaucoup d’autres territoires à forte identité, continuera de voir sa gouvernance politique assumée par celles et ceux qui n’ont pas de plan B, celles et ceux pour qui le lien le plus évident est celui développé au fil des siècles avec l’île.

Il en profite d’ailleurs pour lancer un scoop qui devrait faire réagir les pouvoirs publics et modifier quelque peu la perception statistique du territoire : pour lui, et au regard du retour d’expérience de l’association, Saint-Martin ne compte pas les 73000 habitants officiellement considérés, mais plutôt 120 à 130 000 habitants, 50 à 60 mille échapperaient donc aux radars des administrations française et de Sint Maarten.

Cette constitution de “listes” par l’association a aussi su interroger mais Taï Ghzalale l’affirme : ces listes permettent de cibler très précisément les actions de l’association et aucune aide n’est délivrée sans qu’un formulaire soit rempli par le destinataire. Inutile de rappeler ici l’importance de la “donnée”, de la maîtrise de l’information : “Ceux qui détiennent les données possèdent le pouvoir”, un adage bien connu de ceux qui gèrent des data-centers notamment.

La visibilité très travaillée de l’association (y compris en Guadeloupe), si elle est nécessaire à son rayonnement, a aussi de quoi susciter des questions dans un environnement aussi réduit que la société saint-martinoise où le sens de la formule “pour vivre heureux vivons cachés” a une dimension particulière au point que dès que l’on s’en éloigne, c’est forcément motivé par des ambitions politiques…

Association Saint-Martin Uni… projets d’avenir et brèves du président

A court terme, puisque le rendez-vous est posé pour le 25 mai, l’association va faire un don de masques FFP2 aux 8 directeurs des écoles de l’île, en présence de Monsieur Dominique BOYER, inspecteur de l’éducation nationale en charge du 1er degré.

Dans le même ordre d’idée, l’ASMU s’est aussi rapprochée de l’AEC qui fédère les commerciauxçants de Marigot pour mettre en place une distribution de masques  FFP2 pour tous les restaurateurs adhérents de l’association. L’objectif est d’accompagner l’effort déployé par les restaurateurs pour relancer leurs activités.

A moyen terme, l’ASMU travaille aussi à la constitution d’un fichier qui recense les habitations encore endommagées depuis Irma ou en mauvais état. Cette mission est conduite en urgence puisque la saison cyclonique approche. Ce fichier au delà de sa mission de recensement, intégrera aussi des données qui permettront d’étudier la possibilité pour les propriétaires d’accéder au Fonds Barnier : assuré ou pas, propriétaire titré ou non, permis de construire ou non, situation vis à vis du PPRn dans sa version prise par anticipation etc…

Taï Ghzalale, quelques opinions (non politiques évidemment !)

Je ne me considère plus comme un invité à Saint-Martin… J'en suis aujourd'hui une cheville ouvrière.
Comment reprendre un tourisme de qualité sur un territoire en voie de développement ? (…) La vraie saison n'arrivera qu'en 2021/2022
Saint-Martin n'a pas d'avenir s'il n'y a pas une gouvernance unique sur les grands sujets de société.

Et pour conclure…

Le Président Ghzalale conclura cet entretien riche et dense en empruntant une citation à Bertolt Brecht, poète et dramaturge allemand :

Ceux qui combattent peuvent perdre, ceux qui ne combattent pas ont déjà perdu.
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1 comment

  1. Cédric André m’apparaît comme un loup solitaire et violent qui refuse systématiquement le dialogue. Pendant le mois de Décembre il n’a pas acquis la crédibilité représentative de la population du Quartier vis à vis de la représentante de l’Etat.

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