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Des mois que le gouvernement travaille à cette application, qui, sans être la panacée, permettrait sur la base du volontariat de se déclarer malade lorsque l’on est diagnostiqué séropositif à la Covid-19 et à celles et ceux avec qui l’on a été en contact volontairement ou non d’être informés qu’ils l’ont été et donc de se faire tester. Des mois aussi que dans des pays autrement plus technologiques et où la démocratie est peut être un peu moins vissée à l’identité nationale, des applications sont fonctionnelles et ont largement participé à la gestion de la pandémie.

StopCOVID… feu vert

Sur le papier, c’est évidemment une brillante idée en phase avec l’explosion du numérique, bien plus efficace et bien moins coûteuse que les enquêtes de proximité mises en branle par les ARS à grand renfort de personnels.

Pourtant, le déploiement de cette application aura occasionné énormément de débats, nécessité une validation de la CNIL et un passage devant nos parlementaires, députés et sénateurs, qui en ont validé l’usage mercredi 28 Mai 2020. L’application sera donc téléchargeable sur les plateformes IOS et Androïd dès ce week end par tous les français qui disposent d’un smartphone embarquant la technologie “bluetooth”, clef du tracing.

La CNIL donne son OK mais considère l’application comme d’un anonymat relatif : “ (StopCOVID) ne conduira pas à créer une liste des personnes contaminées mais simplement une liste de contacts, pour lesquels toutes les données sont pseudonymisées. Elle respecte ainsi le concept de protection des données dès la conception.”

Au secours ! Ma liberté ! Mes données !

En cette période de conspirationnite aiguë, les interrogations vont donc bon train sur cette porte ouverte au “contact tracing”, à cette nouvelle atteinte aux libertés, à la constitution de bases de données géantes qui intégreraient vos données personnelles, vos déplacements, l’identité de vos contacts sociaux etc etc…

Ah Mais Non” hurlent les développeurs et le gouvernement, cette application ne stocke aucune donnée personnelle, est complètement anonyme et les données utilisées sont détruites dans des délais brefs… et en plus l’usage se fait sur la base du volontariat. C’est vrai, mais parallèlement et comme largement traité dans notre édito du jour, la trouille est particulièrement motrice et c’est certainement ce qui donne ce ratio : 8 français sur 10 seraient favorables à l’utilisation de cette application, reste à savoir s’ils la téléchargeront.

Pourtant, en décortiquant l’application StopCOVID dont le code a été rendu partiellement accessible, les professionnels se sont aperçu qu’il contenait une part du code propriété de Google alors même que le Gouvernement français a refusé de se plier à la demande des deux géants et de se conformer aux exigences de l’API Exposure Notification (supposée contenir autant que possible vos données dans votre téléphone).

Alors que vos habitudes de navigation permettent à Facebook et d’autres de vous connaître mieux que vous même et de vous cibler pour les campagnes de marketing par exemple, la naissance de l’application StopCOVID souhaitée par le Goouvernement français suscite beaucoup d’inquiétude puisqu’il s’agit cette fois d’une démarche engagée à l’échelle nationale et portée par la plus haute des institutions, le Gouvernement : “Confier ses données à Facebook ok… mais au Gouvernement français, pas question.”. Il est vrai que Facebook ne porte pas en portefeuille la compétence justice ou la compétence fiscale.

En fait… vos données sont déjà… mondialisées

Sur un autre angle d’approche, l’actualité s’emballe sur le sujet de l’application StopCOVID mais ne s’est pas vraiment émue lorsque sur proposition du Gouvernement les données médicales des français ont été centralisées sur la superbe plateforme Health Data Hub (HDH) pour développer l’intelligence artificielle appliquée à la santé. On parle là des données des centres hospitaliers, des pharmacies, des dossiers médicaux des patients, des données liées à la recherche et leur stockage est assumé moyennant lourdes finances par ……… Microsoft Azure. Le prestige du géant américain rassurera certainement certains, en inquiétera d’autres surtout lorsque l’on se penche sur le contenu du “Cloud Act” adopté par le gouvernement américain en 2018 et qui permet à la justice américaine d’exploiter les données stockées dans des pays tiers…

A Saint-Martin ? C’est comme ailleurs…

Car en fait, de quoi le citoyen a peur lorsqu’il s’agit de la “fuite de ses données” et de leur exploitation potentielle ? Il a d’abord peur que la part privée de sa vie ne soit révélée aux yeux du monde, que son voisin, sa famille puisse être au courant. Il craint aussi parfois que la part “à la marge du droit” de cette vie privée ne devienne accessible aux outils de contrôle. Il craint enfin que des “intelligences supérieures” ne fassent mauvais usage de ces données et finissent par orienter ses choix de façon subliminale… c’est l’affaire des données collectées par Facebook et qui sont venues orienter les décisions dans la campagne présidentielle de Donald Trump (“Comment les données de Facebook ont aidé Trump à se faire élire” – Sud Ouest Eco, mars 2018…)

Le lecteur saint-martinois se sentira certainement un peu loin du sujet, protégés que nous sommes par notre statut d’insulaires mais c’est une erreur à double titre : d’abord parce qu’internet ne connaît pas de frontière, que l’usage des réseaux sociaux ou des Clouds est devenu banal, mais aussi parce qu’à notre échelle, celle des données locales, celles de votre permis de conduire, celles de votre état civil, et beaucoup d’autres de ces données collectées par la Collectivité et organismes périphériques (y compris les données fiscales des entreprises sans contrôle de Bercy et malgré la convention fiscale signée en 2008 et les e-mails entrants et sortants de la COM), cette énorme base de données est elle aussi hébergée quelque part et pas dans une contrée qui ne pourrait rien en faire : elles sont hébergées par la société Computer Technologies à Galisbay, Saint-Martin, par ailleurs partenaire Microsoft et unique prestataire en la matière, depuis toujours, de la Collectivité.

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