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C’est l’ACCIOM, qui fédère les CCI ultramarines, qui a commandité cette étude auprès du cabinet DME, spécialisé dans le conseil économique et notamment à destination des territoires ultramarins.

Pas de grande découverte quant à l’étude elle même puisque les impacts de la crise sanitaire sont connus à l’échelle nationale voire à l’échelle mondiale, mais l’approche a le bénéfice d’être chiffrée et le bilan pour les territoires ultramarins a de quoi interpeller.

8 Points déterminants

8 points de synthèse permettent d’avoir une vision d’ensemble de l’avenir économique des outremer à court terme et imposent une prise de conscience rapide et efficace des pouvoirs publics comme des entrepreneurs mais pourrait bien aussi refroidir les velléités des investisseurs dont certains territoires dépendent plus que d’autres tant le défi auquel il va falloir faire face semble insurmontable :

  1. Le confinement a entraîné une perte de chiffre d’affaires estimée à une dizaine de millions d’euros par jour en moyenne.
  2. Le confinement devrait entraîner une baisse de 5% en moyenne du PIB des économies ultramarines sur l’année 2020.
  3. L’impact du confinement sur les entreprises devrait être plus important encore avec un recul de l’ordre de 7% de la VA marchande.
  4. L’ampleur de la crise sur l’année 2020 dépendra de la date de retour à une activité «normale» (business as usual). Une reprise retardée au 1er septembre se traduirait mécaniquement par un doublement des pertes, avec un recul du PIB 2020 de l’ordre de 8 à 10% en moyenne.
  5. Une reprise trop tardive pourrait avoir un effet délétère sur le tissu productif ultramarin en provoquant des défaillances d’entreprises en cascade. Ces défaillances pourraient amputer la croissance 2020 d’un ou deux points de PIB supplémentaires tout en obérant les chances de reprise à moyen terme. Le soutien, massif et à court terme, des entreprises ultramarines, et singulièrement des plus petites d’entre elles, est un impératif.
  6. Une reprise rapide (d’ici à 2023) et soutenue jusqu’en 2025 (afin d’éponger les pertes) suppose une croissance extrêmement vigoureuse mais qui apparaît hors de portée de la plupart des géographies. Les économies ultramarines risquent fort de porter durablement les séquelles de la crise sanitaire.
  7. Une reprise plus lente à moyen terme semble donc plus probable. Elle repose principalement sur un soutien à la consommation des ménages assuré, entre autres, par une baisse des prix pour augmenter le pouvoir d’achat, par une baisse significative des prélèvements obligatoires et par la réinjection dans le circuit économique local de l’épargne forcée accumulée durant la période de confinement.
  8. A plus long terme, le retour à une croissance forte, soutenable et socialement juste suppose de changer de modèle économique. Si les transferts publics s’avèrent absolument indispensables pour endiguer la crise à court terme, ils ne pourront pas soutenir à eux seuls la croissance future. Celle-ci devra reposer à l’avenir sur des gains de productivité associés à des baisses de prix. L’amélioration de la compétitivité, l’éradication de la «vie chère» et la résorption des inégalités seront probablement les clefs du succès de demain.

Source : Evaluation de l’impact de la crise sanitaire sur les économies ultramarines, DME,  29/05/20

A Saint-Martin

Le PIB est déjà plombé à Saint-Martin par les conséquences d’Irma. Le confinement l’a amené à chuter de façon conséquence et cette baisse est durable quel que soit le scénario si l’on en croit l’étude du cabinet DME. Cette baisse de PIB à Saint-Martin positionne le territoire parmi ceux qui sont les plus impactés des territoires ultramarins par les conséquences économiques de cette crise sanitaire.

Commanditée par l’ACCIOM et donc par un des outils les plus puissants dont l’outremer dispose en termes de représentation de l’entreprenariat, il n’est que logique que les conclusions prônent un déconfinement le plus large possible et plus rapide possible accompagné d’aides et du déploiement de dispositifs publics qui permettraient de réduire le risque d’un choc économique qui, s’il est déjà sans précédent, pourrait bien retentir pendant de longs mois, voire de très longues années si rien n’est imaginé pour enrayer la défaillance prévisible de beaucoup d’entreprises, avec évidemment et consécutivement, une crise sociale à prévoir.

La planche de synthèse ci-dessus évalue une perte de 12% de PIB en cas d’une reprise lente de l’activité Saint-Martinoise fixée au 1er septembre, scénario le plus sombre pour le cabinet DME. Si l’on connait bien le tissu économique saint-martinois, si l’on sait sa dépendance au tourisme et si l’on écoute les professionnels en la matière que sont les représentants de l’AHSM, alors une reprise au 1er septembre semble une douce utopie alors même qu’elle constitue le scénario de reprise tardive…

Avec une reprise effective calquée sur la réalité de notre saisonnalité, c’est à dire fin novembre/début décembre 2020, reprise dont on sait déjà qu’elle sera dépendante du dynamisme touristique des Etats Unis et du Canada, peu nombreux sont les optimistes à estimer que la saison touristique 2020/2021 sera un bon cru.

Dès lors, et pour ce qui concerne Saint-Martin, la projection du PIB 2020 à -12% est certainement très très optimiste surtout si l’on intègre la situation territoriale en amont de la crise sanitaire qui portait déjà en elle les stigmates d’un territoire socialement et économiquement au bord du gouffre.

Pour qui connait Saint-Martin, la prise en considération profonde et partagée par les politiques, les pouvoirs publics, Etat/COM, de ces 8 points nécessite en amont que l’approche des sujets “économique” et “dispositifs de soutien” réponde à une vision commune… sacré challenge !

L’étude complète

DME-Impact-eco-Covid-r-apport-final-définitif1

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2 comments

  1. Pourquoi l’Edito du propriétaire de ce journal, « La stratégie de la Peur » en date du 29 Mai n’est pas disponible à la lecture sur votre site ?

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