Temps de lecture estimé : 5 minutes

Nous avons depuis ce lundi 2 juin amorcé une nouvelle étape du déconfinement pour une durée de trois semaines, qui s’accompagne en France continentale de la possibilité de circuler librement à plus de 100 km de son domicile et d’une promesse de vacances exotiques à privilégier dans les outremer pour tous les Français. 

Pour autant, avant de s’adonner aux plaisirs du farniente à l’antillaise, il va falloir patienter encore un peu puisque l’objectif pour l’ouverture des frontières ultramarines, même pour les territoires classés “vert”, a été fixée à juillet-août par le Gouvernement, ce dont la confirmation devrait nous être donnée le 22 juin prochain lors de l’annonce de la 3ème phase du déconfinement.

1 • Déployer ses ailes

Dès lors, toutes les compagnies aériennes transatlantiques sont dans les starting-blocks et annoncent à tour de rôle des reprises imminentes nous invitant à réserver sans tarder alors même que leurs sites n’en offrent pas la possibilité et que leurs lignes téléphoniques restent désespérément injoignables…

C’est ainsi « avec une grande joie et un immense soulagement » que Air Caraïbes annonçait, par voie de communiqué et sur ses réseaux sociaux, son retour dans les airs à partir du 12 juin pour une reprise progressive de la desserte entre Pointe-à-Pitre, Fort-de-France, Cayenne et Paris. Les réservations pour cette dates ne sont toutefois pas encore ouvertes sur le site de la compagnie.

Concomitamment, Corsair, autoproclamé « acteur majeur de la continuité territoriale depuis 30 ans », prévoyait d’assurer la reprise de ses vols vers les outremers (Réunion, Guadeloupe, Martinique) à partir du 18 juin.

Quant à Air France, qui par ailleurs recevra 7 milliards de prêt de Paris d’aide à son redécollage, en charge de la continuité territoriale entre l’Hexagone et l’outre-mer depuis le début du confinement, pariait sur une « augmentation graduelle du nombre de fréquences et de destinations » dès le 18 mai.

2 • Occuper le terrain

La politique de continuité territoriale de la France a été codifiée en 2009 dans le code des transports en ces termes : « Elle tend à rapprocher les conditions d’accès de la population aux services publics de transport, de formation, de santé et de communication de celles de la métropole, en tenant compte de la situation géographique, économique et sociale particulière de chaque collectivité territoriale d’outre-mer. »

Sur cette base et parce que la Nation ne peut décemment se couper de ses enfants ultramarins qui lui assurent une présence territoriale répartie sur tous les océans sur des territoires représentant 97% de l’espace maritime français et 80% de la biodiversité française, les mesures de confinement ont été accompagnées de mesures et de moyens dédiés visant à ne pas interrompre les nécessaires déplacements, de fret ou de personnes, entre l’outre-mer et la métropole.

Ainsi durant toute la première phase du confinement, Air France assurait entre 2 et 3 liaisons transatlantiques auxquels pouvaient recourir les personnes relevant d’un motif impérieux familial, professionnel ou de santé, et qui n’entraient pas dans le cadre des dispositifs mis en place par l’Etat, tels que la prise en charge du retour des étudiants ultramarins vers leurs territoires d’origine ou de celui des naufragés de l’air « coincés » en outre-mer après le décrètent du confinement.

La procédure était onéreuse mais simple, il suffisait de se rendre sur le site d’Air France, de réserver son billet en ligne et de remplir les attestations dérogatoires afférentes.

Bon… il est vrai qu’au départ de Saint-Martin ou Saint Barthélemy, la peine (financière surtout) était double dans la mesure où il fallait également intégrer le transfert vers la Guadeloupe avec parfois des horaires de vols imposant une nuit et/ou des repas sur place.

3 • Rangez le service public, sortez les TPE 

Les choses semblent bien différentes depuis l’annonce de la phase 2 de déconfinement et de la possibilité de passer ses vacances en outre-mer, comme si la compagnie en charge de la continuité territoriale avait décidé de mobiliser toute son énergie sur ces vols commerciaux forcément plus rentables et moins contraignants. En effet, en ce qui concerne la Guadeloupe par exemple, le Préfet de Région, Philippe Gustin, a décidé dans le cadre du confinement et du déconfinement de limiter les contingents de passagers par avion et par semaine. Le compte n’y est certainement pas pour Air France qui n’affiche plus de disponibilités avant le mois de juillet et annule jour après jours ses vols du mois de juin de manière récurrente.

Passons ici sur le volet émotionnel qui habite forcément des familles séparées depuis plusieurs mois ainsi que sur le volet économique qui pèse sur certains investisseurs ou autres professionnels résidant en métropole dont les affaires locales pâtissent forcément de l’absence ; passons même outre le sentiment d’être pris en otage (et pour des vaches à lait) infligé de longue date par la compagnie “nationale”… pour nous intéresser à la réalité des possibilités de rejoindre Pointe-à-Pitre depuis Paris.

Jeudi 4 juin, le premier vol Air France proposé à la vente entre Paris et Pointe-à-Pitre l’était à la date du 1er juillet (phase 3 de déconfinement, et donc hors motif impérieux) au tarif de 1118 €uros… l’aller simple en classe économique !! 

Quid dès lors du principe de continuité territoriale dont on nous rabâche les oreilles à longueur de décrets, arrêtés et autres comités de pilotage et comment faire valoir son motif impérieux de déplacement ? A l’heure où nous mettons sous presse, aucune réponse des services des préfectures de Saint Barthélemy et Saint-Martin et de Guadeloupe, que nous avons sollicités – il est vrai, en tant que citoyens et non média – sur le sujet, ne nous était encore parvenue. 

Une fois de plus, l’argument pécuniaire et la logique commerciale semblent prévaloir, dans une parfaite opacité, sur tout ce que la République comporte de principes censés présider à l’élaboration des textes directeurs de la vie citoyenne : Liberté, Égalité, Continuité, Solidarité…

Commenter avec Facebook

1 comment

  1. C’est très bien dit ! Et tout-à-fait exact. Clairement les Préfets des Antilles sont à l’origine de toutes ces mesures discriminatoires vis-à-vis des ultra-marins. Ils semblent tellement loins des préoccupations économiques qu’ils en viennent à prendre des mesures totalement disproportionnées par rapport à l’épidémie. Les Antilles Françaises sont désormais prêtes à la réouverture sur le plan sanitaire. L’épidémie est en forte régression en métropole, et rien ne devrait désormais empêcher la reprise des déplacements libres au sein de la République dans son ensemble, territoires ultra-marins compris.

    Quand les Préfets et l’ARS donneront les bons signaux à l’Etat avec la levée des dispositions désormais ridicules (attestations diverses, quatorzaine…), les compagnies pourront enfin rouvrir leurs lignes normalement et permettre d’une part aux touristes de revenir (urgent !) et aux familles réparties des deux côtés de l’atlantique de se retrouver.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.