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Le silence assourdissant des organisations politiques et professionnelles après la conférence de presse du Premier Ministre m’interpelle.

L’Outre Mer, une fois de plus, ne sera pas soumis aux règles communes, car nous sommes des territoires fragiles, puisqu’il convient d’appliquer des restrictions particulières, liberté de voyager, de circuler… asphyxiant encore un peu plus l’économie locale et le secteur du tourisme. Cela touche, non seulement les compagnies aériennes, les sociétés hôtelières, mais aussi le transport, les agences de voyage, les sociétés de nettoyage, les locations saisonnières, les taxis, les locations de bateau, les sports nautiques, la restauration et j’en oublie, surement…

Des conséquences pour 10 ans… au moins

Une étude menée par l’association des chambres de commerce d’Outre mer conclut que le phénomène aura des conséquences sur plus de dix années et que le PIB de la Guadeloupe reculera de 8 à 10% jusqu’à la fin de l’année. Dans le domaine de l’emploi, le nombre de chômeurs supplémentaires est estimé entre 18 000 et 20 000 personnes, ce qui porterait le nombre de chômeurs à 60 000, soit 43% de la population active, à 63% si on soustrait de la population active les salariés de la fonction publique qui ne courent aucun risque par rapport à l’emploi.

Des décisions incohérentes pour raison sanitaire ?

La fragilité supposée de l’Outre mer, donc de la Guadeloupe, est-elle sanitaire, sociale, ou économique ? La politique de fermeture de l’accès aux territoires d’Outre mer est pour tous les citoyens, une atteinte aux libertés individuelles.

Ce choix est une erreur majeure, un désastre économique, qui ne repose sur aucun argument scientifique. Le nombre de cas par habitant, y compris pour Mayotte, est largement inférieur à ceux de la métropole. Il n’existe aucune surmortalité par rapport aux épidémies antérieures et aux années 2018/2019.

En outre, le virus ne circule plus ; malgré la multiplication des tests, le nombre de nouveaux cas par semaine est minime. Le même constat est fait sur la région parisienne, où différentes études et analyses démontrent que le virus n’est que très faiblement actif. L’analyse des chiffres d’infection, de réanimation, par régions, par strates d’âges, et par profil de risque, démontre que le confinement d’une population en bonne santé est inutile. Pourra t-on appréhender la fragilité de l’Outre Mer à travers d’autres critères, la précarité, le chômage ?

Des décisions incohérentes pour motif économique ?

L’ensemble des indicateurs économiques en terme d’emploi, de créations d’entreprises et de taux de croissance avant le confinement, étaient supérieurs à ceux de la France de l’hexagone. Les Outre Mer sont fragiles, mais vous empêchez des milliers de domiens, personnels soignants, postiers ou autres agents… de revenir pendant la période de l’été sur leurs territoires, de retrouver leurs racines, de se ressourcer…

Les Outre Mer sont encore moins fragiles lorsqu’ils produisent des sportifs, des artistes, des écrivains de niveau international…

Madame la ministre, révisez votre copie

Une autre déclaration de la Ministre des Outre Mer mérite d’être mise en exergue, lorsqu’elle déclare que dans ses choix, la sécurité sanitaire constitue une priorité. Madame la Ministre devrait s’interroger sur les véritables priorités sanitaires des DOM.

Rappelons que le COVID 19 représente 162 cas en Guadeloupe et 14 décès et que 2% des lits de réanimation sont occupés à ce jour. Elle devrait s’assigner d’autres objectifs et prendre en compte les véritables facteurs de risques :

  • La précarité, et le chômage qui frappent nos régions en soulignant que le revenu moyen dans les DOM est inférieur de 40% à celui de la métropole
  • La mortalité prématurée, (la région Guadeloupe est la deuxième région de France avec 239 décès pour 100 000 habitants contre 193 pour la métropole)
  • Les maladies chroniques : diabète, hypertension, obésité, maladies cardiovasculaires. La Guadeloupe est la deuxième région la plus touchée par le diabète de type 2 qui concerne 11% des adultes et 8,1 % en phase de traitement contre 5% en métropole
  • Les cancers, avec principalement le cancer de la prostate qui génère plus d’une centaine de décès annuellement (14 pour le COVID), il est 2.5 fois plus meurtrier en Guadeloupe.

A ce tableau, s’ajoutent les maladies tropicales et infectieuses : grippe, dengue, zika, chikungunya qui provoquent 90 à 110 décès par année à comparer au COVID, sans compter le VIH.

Que dire des nouvelles infections pulmonaires générées par les afflux massifs de sargasses sur nos côtes ou encore des problématiques liées aux dysfonctionnements de la filière “eau” alors que le lavage des mains est recommandé comme geste barrière du COVID…

Un nombre significatif de ces facteurs de maladies est lié à l’obésité, au surpoids, à ce que l’on peut appeler “la mal bouffe” liée au coût de la vie, à l’alimentation industrielle… Rappelons qu’il a fallu de longs débats pour réduire la quantité de sucre dans les produits alimentaires, notamment les yaourts, dans les DOM (Loi LUREL). Il faudra ensuite penser à une réorganisation du système de santé. Il ne suffit pas de construire un établissement de santé neuf pour répondre aux enjeux sanitaires, mais développer une véritable politique de prévention, d’éducation à la santé, densifier le tissu médical généraliste et spécialiste. Enfin, résorber les inégalités sanitaires, sociales, économiques qui frappent les Outre Mer.

A venir, de grosses défections des entreprises

Le confinement, l’isolement des DOM, le refus de considérer la réalité, créer les conditions d’une violence sociale sans commune mesure avec le risque sanitaire, la stratégie de gestion du COVID en Guadeloupe, provoqueront des fermetures massives d’entreprises, des licenciements, qui mettront fortement en cause la cohésion sociale.

Les autorités politiques face à ce désastre économique ne devraient pas esquiver leurs responsabilités ; les mesures de chômage partiel, et les aides particulières ne feront que reporter l’échéance. Le confinement, la gestion gouvernementale de la crise ont mis en péril les libertés publiques et l’économie des territoires.

Ouvrir le ciel, inciter la population métropolitaine, autoriser les antillais à retourner dans leurs pays, peuvent contribuer à relancer partiellement l’économie locale.

Septaine et quatorzaine : compatibilité zéro avec le tourisme

Quel touriste acceptera votre projet de septaine ou de quatorzaine, adaptée alors qu’il peut librement se rendre en Grèce ou en Espagne ?

La gestion actuelle de l’épidémie continue à s’inscrire dans la manipulation de la peur alors que tous les chiffres épidémiologiques vous contredisent.

Prenez en compte la réalité sociale de nos territoires, les aspirations d’une population, des socio professionnels, qui revendiquent non l’assistance, mais la liberté de circuler, voyager, travailler, produire. Prenez en compte les véritables facteurs de risque et construisez un plan de lutte contre la  précarité, créez les conditions d’un développement. Il est temps que vous reveniez à l’écoute du monde du travail, des professionnels, de celles et ceux qui s’engagent dans le changement social.

Il est temps aussi que les responsables politiques prennent la mesure du risque d’explosion sociale et des effets de la crise.

Les collectivités locales seront les premières à jouer le rôle d’amortisseur social avec une réduction significative de leurs recettes fiscales. Croire que l’Etat compensera. relève de la spéculation.

Les déficits de la Sécurité Sociale et du budget de l’Etat sont abyssaux : 51 milliards pour 2020 soit un quart de la dette sociale), 220 milliards de déficit budgétaire.

Il faudra inscrire au bilan de la gestion analytique de la crise, certes, le bilan humain, mais aussi la destruction de l’économie, l’accentuation des déficits de l’Etat, de l’Assurance Maladie, des collectivités….

Il reste au terme de la pérégrination du virus, une addition qu’il sera difficile politiquement et économiquement à honorer…

Et en conclusion de cette pérégrination, je reprendrai les paroles du Premier Ministre qui s’exprimait ainsi : “Quand on fait de la politique, si on n’est même pas capable de s’assurer un résultat, tout au moins dans son parti, il est urgent de penser, soit à changer de parti, soit à changer de métier.” (Dans l’ombre)

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