Temps de lecture estimé : 10 minutes

Pour beaucoup, et essentiellement pour ceux qui ne se sentent pas concernés par la problématique qui pourtant parle d’humanité, cette formule semblera “lointaine” voire “exotique”, y compris lorsque l’on est “résident saint-martinois”.

Né en 2013, le hashtag “#blacklivesmatter” est dur, “la vie des noirs est importante”, dur comme l’est la situation de beaucoup d’afro-américains, dur comme l’est le racisme systémique sur lequel l’amérique est aussi construite.

George Floyd

Derek Chavin, le genou sur la nuque de George Floyd

Un homme noir de 46 ans est décédé le 29 mai dernier suite à un homicide (version du médecin légiste) après 9 minutes d’asphyxie, d’agonie, sous le genou de Derek Chauvin, policier blanc, qui malgré les suppliques de George Floyd ne desserrera pas son étreinte. La scène est filmée intégralement.

Une mort par compression du dos et du cou et par asphyxie. Une version plus accablante que celle de l’autopsie officielle, qui évoquait d’éventuels problèmes de santé et de substances dans l’organisme de l’interpellé.

Originaire du Texas, celui dont la mort a provoqué des émeutes dans tout le pays, et dans bien d’autres, cherchait à recommencer sa vie à Minneapolis, entre petits boulots et galères provoquées par le confinement. Ses funérailles auront lieu le 09 Juin.

Derek Chauvin, le policier incriminé dans la mort de George Floyd avait déjà fait l’objet de 18 signalements. Interpellé le Vendredi 05 Juin pour homicide involontaire, Derek Chauvin, 44 ans, a été licencié, comme trois autres policiers, après les faits.

Les ex-officiers de la police de Mineapolis, Derek Chauvin, Tou Thao, Thomas Lane, and J. Alexander Kueng actuellement incarcérés à la prison du conté de Hennepin pour la mort de George Floyd

L’attitude du Président Trump a su comme à l’accoutumée attiser les tensions, à grand renforts de tweets et de mises en scène télévisuelles pendant que d’autres appelaient au calme.

Aux Etats Unis, les hommes afro-américains ont 2,5 fois plus de chances d’être tués par la police au cours de leur vie que des hommes blancs.

Un fait américain, mais un mal systémique bien plus large

Il faudrait que cet évènement ne semble lointain à personne si le souhait de s’attaquer aux racines du mal est réel, au racisme systémique, qui n’est pas l’apanage des Etats Unis, et qui laisse la porte ouverte au racisme banalisé, transversal et quotidien, ce racisme sociétal, qui oppose tous ceux qui considèrent l’autre comme trop différent. Quand les autorités n’exercent pas de la même façon leur pouvoir en fonction de la couleur de peau, c’est que le mal est profond.

Rien ne sert de comparer des situations qui ne peuvent l’être, entre George Floyd et Adama Traoré, entre les Etats Unis et la France, et bien d’autres pays encore…

Avant tout il faut comprendre et cela ne s’apprend pas à l’école pour qui est né blanc et/ou ne porte pas en lui les stigmates de générations ayant subi ce racisme systémique. Il faut accepter d’être inculte sur le sujet lorsque l’on ne l’a pas vécu, accepter de ne pas savoir de quoi on parle et se donner les moyens de comprendre ce qu’est la vie de nombreux afro-américains aux USA, voire même d’étendre cette conscience à tous les territoires qui portent dans leur peuplement les stigmates de la traite négrière, ils sont nombreux et nous résidons sur l’un d’entre eux.

“Une colère noire”, le témoignage de 40 années d’une vie en tant qu’afro-américain, des mécaniques que cela impose en tant d’enfant, qu’adulte, du rapport à l’école, aux autres, en forme de lettre écrite par Ta-Nehisi Coates à son fils. Un“MUST READ” selon nous pour qui voudrait aborder la compréhension de ce moment imposé au monde par la mort de GeorgeFloyd et de bien d’autres

Pour ceux qui accepteraient cette absence de culture, et qui souhaitent faire tomber un pan du mur qui sépare la vie de blanc de celle de l’afro-descendant, il est un livre éclairant qui se lit d’une traite, en forme de lettre d’un père à son fils : “Une colère Noire” de Ta-Nehisi Coates. Pas besoin d’être d’accord ou en opposition avec l’auteur, pas nécessaire d’avoir partagé son expérience et de pouvoir s’identifier… lire et simplement prendre conscience pour devenir acteur, même passif, d’un changement d’approche de la problématique, lire et simplement se sentir concerné.

Circulez, y’a rien à voir…

C’est bien le smartphone qui change la donne vis à vis de ces faits que d’aucuns appelleront “divers” au regard de la récurrence. Si l’assassinat de George Floyd n’avait pas été filmé, le sujet serait resté larvé. L’évoquer ne changera peut être pas profondément les choses, détruire et casser n’est certainement pas le meilleur des biais, mais le racisme systémique ne peut plus être caché.

Really ? La liberté de filmer permettrait de lever cet indigne tabou ? C’est sans compter sur le politique, et cette fois il est français, qui en cette période où la privation de liberté est devenue une normalité sait se montrer opportun pour que l’omerta soit de mise lorsque l’autorité dépasse le cadre circonscrit de son action. C’est comme cela que le 26 Mai dernier, Eric Ciotti, Député à droite des LR, accompagné de 28 autres, faisait proposition de Loi pour rendre illégal le fait de filmer les forces de l’ordre pendant leur service.

Le sujet est naturellement bien amené puisque les députés appuient leur initiative sur le fait de protéger les forces de l’ordre et leur famille du “policier-bashing”, une problématique réelle à laquelle est confrontée la profession par ailleurs particulièrement ingrate. Pour autant, la proposition de Loi prévoit notamment que “La diffusion, par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, de l’image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires, de policiers municipaux ou d’agents des douanes est punie de 15 000 € d’amende et un an d’emprisonnement. (…) L’amende ne peut être inférieure à 10 000 € et la peine d’emprisonnement ne peut être inférieure à six mois. Toutefois, la juridiction peut prononcer, par une décision spécialement motivée, une amende inférieure à ce montant ou une peine inférieure ou autre en considération des circonstances de l’infraction, de la personnalité de son auteur ou des garanties d’insertion ou de réinsertion présentées par celui‑ci. (…) Lorsque le délit est commis en état de récidive légale, la juridiction ne peut prononcer une amende ou une peine inférieure à ces seuils que si l’accusé présente des garanties exceptionnelles d’insertion ou de réinsertion.” Sans nier la réalité de la problématique, que voilà une belle manière de se défiler de sa responsabilité politique en supprimant au citoyen les moyens de la mettre en lumière.

Le politique est couard sur le sujet…

Mais le racisme systémique, ce n’est pas seulement un homme noir qui meurt sous le genou d’un policier blanc. Le racisme systémique c’est aussi tout ce qui pervertit la relation entre une nation européenne et ses territoires ultramarins, ceux la même qu’à Paris on appelait encore il y a peu “les colonies“, cette sensation qu’ont beaucoup de territoires de sentir le poids du genou de la nation. Est ce que ce n’est pas ce qui motive le soutien d’Alfred Marie-Jeanne à la destruction des statues de Victor Schoelcher en Martinique qui fut partisan de l’assimilation plutôt que l’intégration qui d’ailleurs est un principe absent de la constitution. 

Que les politiques soient couards sur le sujet ailleurs, aux Etats Unis, en Hollande ou en métropole, échappe à notre champ de compétences.

Qu’il le soit aux Antilles est plus difficile à accepter, territoires français qui par excellence portent l’histoire de la traite négrière et qui vivent son héritage, puisqu’in fine, n’attend-on pas de nos élus qu’ils s’attaquent à ce qui gangrène les territoires dont ils ont la responsabilité : le communautarisme, les schismes, le vivre ensemble qui s’impose au vivre entre soi du fait des flux démographiques, la relation tronquée avec la nation, les relents de colonialisme, la dilution identitaire ?

Le problème à Saint-Martin lorsque l’on veut s’attaquer au racisme systémique qui exclut tantôt l’un de certaines strates, tantôt l’autre de certains espaces, tantôt un autre encore de certains débats, c’est que cela n’est pas politiquement porteur.

Le politique lui, il cherche des sujets transversaux, des sujets qui fédèrent les électeurs, comme son pouvoir d’achat, ses impôts, le prix de l’eau ou sa détestation de la représentation nationale quand elle réduit un espace de liberté qui n’existe pas ailleurs. Le politique, lui, il s’attaque, et encore généralement timidement, à des sujets qui lui permettront d’être réélu.

Prendre à bras le corps le problème du communautarisme, du racisme systémique à Saint-Martin est une tâche trop lourde et trop ingrate, tout aussi ingrate la tâche qui consiste à, sans relâche, prendre son bâton de pèlerin pour que la minorité saint-martinoise ne cesse d’exister au sein d’une République lointaine, qui continue de mal la connaître, confetti lointain, dont l’isolement a su être “bien pratique” en d’autres temps, mais qui depuis que les belles années sont terminées ne cesse de quémander des subsides pour éviter les crises sociales.

Il faudrait accepter de mettre les pieds dans le plat, de penser culture et partage, de penser urbanisme autrement, de penser égalité des chances, de penser rapprochements, écoute, intégration et se saisir du concept de discrimination positive. Il faudrait accepter l’incompétence en termes de politique d’immigration sans pour autant se refuser à être force de propositions constructives, en ne se bornant pas à une position cloisonnée “C’est pas moi c’est l’Etat”. La Loi du nombre est venu rompre les équilibres qui ont permis à Saint-Martin de vivre en harmonie y compris en respectant un accord transfrontalier qui s’il est identitaire n’a pas de portée juridique, la gestion du nombre est devenue une obligation, une urgence. L’El Dorado de certains est devenu pendant le même temps la mine à ciel ouvert de cette jeunesse qui vit “on the block” et il y a urgence à ce que le pouvoir économique soit sur ce sujet responsabilisé, que la valeur ajoutée ne peut se borner à une succession de zéros sur des comptes offshore et doit se traduire par une volonté de réduction des fossés.

Il faudrait aussi se donner les moyens de sécuriser une identité qui vit un sentiment d’invasion induite par une démographie délirante, fruit de l’appât du gain, identité qui se sent menacée tout en faisant de l’espace à celles et ceux qui n’ont du territoire d’origine que les mots de leurs grands-parents…

Ma nationalité est française, mon identité est saint-martinoise.

Daniella Jeffry

Et si dans un monde idéal, la vérité avec un grand “V” est que “All lives matter”, le fait que certaines soient plus en danger que d’autres impose la prise de conscience.

Il faut refonder le pacte avec les outremer et les nouveaux fondements doivent émerger et des territoires eux-mêmes parce qu’il serait constructif et d’une volonté nationale que de les recevoir en son sein.

La mentalité de représailles détruit les États tandis que la mentalité de pardon construit les Nations. Que Dieu nous donne d’être des personnes qui rendent le bien pour le mal et ayant des valeurs qui font grandir les Hommes et évoluer la société.

Nelson Mandela
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.