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La question se pose puisqu’en dehors de vivre sous la cloche protectrice d’un nombrilisme forcené, de se refuser à toute vision d’ensemble ou à toute transversalité sociétale, les sujets sont très très lourds à paver le destin de Saint-Martin et les bonnes intentions sur-médiatisées ou instrumentalisées n’y changeront rien.

La relance économique ?

Tout ce que la société civile a de membres dynamiques, créatifs et investis vous répondra que l’urgence est au redémarrage économique. C’est une superbe évidence parce que la casse est là, que nombre d’entreprises sont au bord du gouffre et que ni l’endettement bancaire avec le PGE, l’endettement fiscal des reports de paiement de la TGCA et de l’IS à janvier 2021 ne viendront sauver. Le chômage va exploser à Saint-Martin alors que le taux de chômeurs de catégorie A est déjà l’un des pires de France, les conséquences seront sociales et donc sécuritaires.

La saison cyclonique ?

Sans exclure la première catégorie, une seconde encore marquée par Irma et peut être même par Luis, vous répondra que l’urgence est à la préparation a posteriori de la saison cyclonique qui a déjà débuté puisque les spécialistes la prédisent plus active qu’une saison moyenne. L’état de l’île ne permet désespérément pas de supposer qu’en cas de coup dur les vents ne trouveront kyrielle de projectiles par destination… l’idée d’un remake a de quoi résigner au départ ceux dont les racines ne sont pas suffisamment ancrées dans le sous-sol saint-martinois.

La reprise des chantiers de reconstruction ?

Sans exclure ni la première ni la seconde catégorie, d’autres encore verront dans le déconfinement et le retour de flux d’approvisionnement en matériels l’urgente nécessité de voir les chantiers de construction plantés retrouver le chemin de l’activité. La situation sur le sujet est ubuesque, les dossiers traînent en longueur, les protagonistes semblent perclus de situations de blocage inextricables pendant que co-propriétaires et locataires désespèrent et montent en pression en guettant le ciel. Pendant ce temps, les ventes de biens “à la casse” se multiplient conformément à une situation que beaucoup avaient anticipée, au plus grand bénéfice de leur patrimoine immobilier.

La sortie de situations juridiques qui plombent ?

Dans la même logique introductive, une autre catégorie est peut être en attente d’un vent de changement ou de clarification de situations qui pourrait par exemple être insufflé par un changement de braquet de la justice pour que ces dossiers qui sclérosent le territoire comme la vie des intéressés cessent de ne vivre qu’au travers de reports successifs… instillant de façon insidieuse que malgré les gardes à vue, les perquisitions, les mètres cube de dossiers, la judiciarisation des affaires saint-martinoises est une quête qui s’oublie ou se vit dans le temps, au rythme d’à-coups nourris des rapports de la CTC, de l’IGA, de la Miilos ou du mystérieux contrôle de l’AFA réalisé de Février à septembre 2019 et dont depuis personne ne semble savoir quels sont les impacts.

Mais non… l’urgence est à la politique !

Si vous n’appartenez à aucune de ces quatre catégories, alors c’est que vos ambitions sont politiques…

L’essentiel de la population a le nez dans le guidon, parce qu’il y a réellement le feu à Saint-Martin et sur un panel de sujets extrêmement anxiogènes. L’avantage de cette cycliste position est qu’elle permet d’être 100% focus sur l’effort, le désavantage étant qu’elle n’est pas propice à la vision d’ensemble.

Cette semaine, il fallait relever un peu la tête pour s’offrir le retour au premier plan de la vie politique locale du Past-Président et Past-Conseiller Territorial Alain Richardson qui s’est offert une pleine page chez nos excellents confrères du 97150.

Alain Richardson, ancien Président de la Collectivité (2012-2013) et ancien conseiller territorial de l’opposition (2017-2018),  photo d’archive, 17 décembre 2019  lors de la Marche Blanche “Anti-PPRn”

Un moment attendu puisque l’homme politique multiplie depuis quelques mois, après une nouvelle traversée du désert, les interventions sur les radios locales, se posant en interlocuteur privilégié de la Ministre des Outremer sur les ondes de Youth Radio en décembre 2019 etc…

Plus récemment, le 12 mai, c’est sur l’émission de Zandwonis sur ZCL News en partenariat avec Canal 10, RTH Guadeloupe et CCN qu’Alain Richardson crevait l’écran. Il faut dire que Danik Zandwonis sait faire de l’espace aux îles du Nord dans ses émissions et que le fait de figurer sur la grille fait même l’objet d’une convoitise et même d’un certain lobbying de la part de ceux qui portent cette compétence sur leur CV (Petit clin d’œil à notre ami Frantz Acramel qui comme nous a bien senti que le temps était à nouveau à la stratégie politique à Saint-Martin).

Le Mardi 09 Juin donc, Alain Richardson faisait un retour très politique sur la scène locale qui ne jouit malheureusement pas de l’intérêt habituel pour la chose puisque Covid et autres bricoles dominent l’espace. Pour autant, le Past-Président y explique que les évènements subis à Saint-Martin depuis 3 ans “obligent à mener une réflexion pour réinventer un nouveau modèle de développement.”

Une évidence mondiale qui nous est martelée depuis des semaines mais vis à vis de laquelle aucune réponse claire n’a été donnée tant il est difficile de se positionner quand on est décideur entre celles et ceux qui prônent la transition écologique, énergétique et l’usage conditionné de l’argent public en soutien aux entreprises et à l’économie et les autres qui souhaitent que le fléchage de la manne se fasse à l’ancienne, sans condition pourvu que le business survive.

Pour Alain Richardson, le tout tourisme est “has been” ou en tous cas appartient à un passé qui, même si l’on en a la nostalgie, ne peut redevenir un avenir à court terme.

Une idée qui est largement partagée par la population, à part peut être par les professionnels du secteur, et qui met un peu l’eau à la bouche, comme à la lecture d’un programme électoral, lorsqu’après le constat, on attend les idées : technologie ?
numérique ? éco-tourisme ? pilier agro-culturel ? Bonheur intérieur brut plutôt que PIB ?

Transition énergétique ? Numérique ? Développement durable ? Non… acier, béton et kérozène

Non… BTP. L’ancien président prône une reconversion vers le béton et les équipements structurants d’envergure, port et aéroport notamment, pour faire face aux besoins de formations et d’emplois qui vont exploser. Cette vision politique de l’économie de demain repose évidemment sur le soutien massif de la commande publique qui, comme on le sait, a à sa disposition une trésorerie proche du nul et ce sera pire en fin d’année. La capacité d’investissement de la Collectivité est revue à la baisse trop régulièrement pour que l’on puisse espérer que la commande publique soit une réponse efficace à la crise économique à venir.

Développement du port et de l’aéroport car nous serions trop dépendants de Sint Maarten en la matière surtout en période de crise qu’elle soit liée à des évènements climatiques, à des tensions sociales ou à des paramètres sanitaires… et l’on s’éloigne un peu du rêve d’unité, de l’esprit du traité de Concordia, de l’urgence à remettre au cœur du destin de l’île de Saint-Martin ce qui depuis près de 4 siècles a su en forger l’ADN. On se souviendra aussi qu’au lendemain de son élection en 2012 en tant que Président de la Collectivité de Saint-Martin, Alain Richardson avait su soutenir l’aéroport dans son développement en instaurant parmi ses premières mesures… une taxe supplémentaire sur les billets d’avion à Grand Case, risquant par là le départ des compagnies aériennes et plombant l’équilibre de la DSP. Heureusement, concomitamment ou presque, le pont de Simpson Bay était inauguré en grande pompe et garantissait aux ressortissants français un accès plus facile à l’aéroport de Juliana notamment.

Il ne faudrait certes pas jeter le bébé avec l’eau du bain, puisque le rattrapage infrastructurel est une nécessité historique et que le BTP restera un indicateur de bonne santé global… mais l’idée n’est en rien porteuse d’une alternative vibrante d’émotions et d’ambitions à la mono-économie touristique pour la jeunesse saint-martinoise ou pour celles et ceux à qui la crise va imposer une reconversion. Penser “BTP” après Irma comme solution d’emploi à celles et ceux qui vivaient du tourisme est une évidence à court termes puisque le secteur a été sur-sollicité… mais le COVID 19 n’a détruit aucun bâtiment et aucune assurance ne couvrira les coûts des conséquences qui se profilent.

Ce retour en lumière, qui ne peut être que le fruit d’une stratégie posée par un groupe solide et bien éclairé, manque cruellement de créativité pour ce qui concerne une éventuelle capacité à “réinventer un nouveau modèle de développement.”

On notera “for the record” que les mots du Past-Président s’affichent dans les médias peu de temps après le rétropédalage le 06 Juin dernier de la 3ème Vice Présidente Annick Petrus (en charge du Pôle social notamment), qui s’était un peu trop approchée du “successful vortex” développé autour de l’Association Saint-Martin Uni par celui qui n’en est selon ses propres mots “que la cheville ouvrière” (Taï Ghzalale, 15 Mai 2019 durant un entretien avec la presse) … puisque le hasard n’existe pas, nous ne serions pas surpris de voir Ramona Connor (Ex Vice Présidente en charge du Social et restée très proche d’Alain Richardson) endosser enfin sa fonction de Conseillère Territoriale, siège vide depuis qu’Alain Richardson en a encore été éjecté par le Conseil d’Etat en 2018, le frappant par ailleurs d’inéligibilité pour 1 an.

Le sénat, c’est maintenant !

Enfin, dans le même esprit, penser que tout cela s’organise à la marge de la prochaine échéance électorale relèverait de l’amateurisme : les sénatoriales de septembre que l’on ne peut déjà plus envisager sans penser aux territoriales et législatives de 2022 ! Si la réforme des institutions voulue par le gouvernement avait laissé penser que les sénatoriales seraient impactées, la crise du COVID a su enterrer le sujet (sauf pour le CESE, nous y reviendrons). Pour autant, le maintien des sénatoriales en septembre tenait aussi au fait que le deuxième tour des élections municipales puisse avoir lieu avant, et c’est acté à l’échelle nationale pour le 28 juin 2020. Dès lors, plus rien ne s’oppose à ce que septembre soit dévolu, au delà de la rentrée et des mouvements sociaux, aux élections sénatoriales.

Si Guillaume Arnell, sénateur en fonction, compte évidemment sur son bilan pour transcender le clivage politique de grands électeurs qui ne lui sont en rien acquis, d’autres ont, pendant que vous avez le nez dans le guidon, un œil d’une grande bienveillance rivé sur le fauteuil et la fonction…

Alors ? D’après vous ? Qui sera la prochaine sénatrice ou le prochain sénateur de Saint-Martin ? Franck Viotty de la Team Gibbs comme annoncé durant la campagne et réaffirmé quand nous évoquions la possibilité pour le Président Gibbs de voir en cette fonction un moyen de porter plus haut et plus fort la voix de la collectivité tellement mal interprétée localement (et peut être aussi une planche de salut en forme de deuxième mandat parlementaire après un début de mandature cauchemardesque) ?

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