Temps de lecture estimé : 4 minutes

Le temps du confinement ayant sans doute été propice à l’introspection et/ou ayant révélé de manière plus criante les fragilités et dysfonctionnements de nos systèmes insulaires, les autorités de Sint Maarten entendent faire de la maîtrise de l’immigration une de leurs priorités “afin de mieux gérer leurs affaires internes.”

Les immigrés illégaux sont priés de quitter le territoire

Selon une déclaration du ministère de la Justice de Sint Maarten en date du 10 juin, il faut en effet s’attendre à ce que l’étau se resserre sur les immigrés illégaux (mais pas seulement…) dans les prochaines semaines, au travers d’une application stricte des lois sur l’immigration. 

La ministre de la Justice, Anna E. Richardson, a donc invité les personnes résidant actuellement à Sint Maarten sans documentation légale à “prendre cela comme un avertissement” et “à prendre les dispositions nécessaires pour quitter volontairement le pays ou courir le risque d’être détenu et expulsé vers leur pays d’origine”.

Ce durcissement de ton et de pratiques découle directement de la situation économique post-confinement et les autorités de Sint Maarten ne se cachent pas de leur volonté de préférence nationale sur le marché de l’emploi.

“Après la dévastation des ouragans Irma et Maria en 2017, de nombreuses personnes sans-papiers ont décidé de rester sur l’île, tandis que dans le même temps, d’autres ont immigré sans la documentation appropriée en place. Avec une économie déjà affaiblie et toujours en reprise, en plus du dernier coup dur causé par la pandémie de COVID-19, la perte d’emplois à Saint-Martin augmente de façon exponentielle” a ainsi indiqué le ministère qui invoque aussi des motivations sécuritaires. 

Ainsi, alors que le monde entier se lève pour lutter contre le racisme et les discriminations raciales, Madame Richardson n’hésite, elle, pas à stigmatiser les étrangers en affirmant notamment que ces “personnes sans revenu pourraient éventuellement recourir à la criminalité pour subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leur famille”, comme si les immigrés illégaux avaient le monopole des activités criminelles.

Les immigrés légaux sont priés de ne pas entrer

Plus que la légitime lutte contre l’immigration illégale, c’est donc une politique protectionniste, bien nommée “politique d’immigration restrictive” par le ministère, qui présidera désormais aux admissions et aux expulsions sur le territoire de Sint Maarten. 

Ainsi, la ministre Richardson a pris la décision de suspendre temporairement la délivrance de permis de séjour pour les nouveaux demandeurs, les prolongations de ceux-ci ainsi que la délivrance de visas à des fins de “plaisir”.

Si ces mesures semblent de prime abord tendre vers une fermeture des frontières propice à l’entre-soi, il s’agit pour le ministère de la justice “de rendre Sint Maarten moins vulnérable à l’immigration illégale” qui découle du dépassement volontaire des délais de séjours autorisés.

En ce sens, les contrôles seront dès lors intensifiés sur terre et sur mer alors que des équipes multidisciplinaires composées d’agences locales chargées de l’application des lois et des services d’autres ministères seront mises en place. 

Et les voisins transfrontaliers sont priés de bien vouloir s’aligner…

Sint Maarten jouit d’un statut d’autonomie qui lui confère la compétence Immigration et d’un gouvernement élu démocratiquement, il ne s’agit donc pas ici de commenter l’idéologie ou la ligne politique qui président à ces décisions.

Par contre, et les semaines qui viennent de s’écouler nous l’ont crûment rappelé, toute décision prise d’un côté de la frontière à inévitablement des impacts de l’autre côté.

A quoi devons-nous donc nous attendre ?
Un afflux de clandestins vers la France, incarnée par Saint-Martin, autrement plus clémente en matière d’immigration et de reconduction à la frontière ?
Une augmentation des demandes de permis de résidence sur un marché de l’immobilier déjà saturé ? Une prise d’assaut d’un marché du travail qui peine à satisfaire la demande déjà trop lourde ?

La volonté de la ministre Richardson est visiblement de parvenir à une harmonisation des politiques et dispositifs de contrôle avec la partie française dont la compétence Immigration est, rappelons-le, détenue par l’État.

“Alors que nous partageons ce territoire avec la France, en tant que ministre chargé de la protection de nos ports et des frontières environnantes, je prévois d’engager des discussions avec les autorités françaises pour identifier un plan d’approche pour renforcer la surveillance et la protection de certains points d’entrée utilisés par certains visiteurs d’entrer dans le pays et de résider illégalement sur l’île.”

Anna E. Richardson, Ministre de la justice de Sint Maarten

Lorsque l’on se réfère à notre passé hyper-proche et à la manière dont n’a pas été gérée l’harmonisation des mesures liées à la crise sanitaire et de celles liées à la fermeture puis à l’ouverture de la frontière notamment, les récentes décisions de Sint Maarten en matière d’immigration ont quelque chose d’inquiétant, surtout au regard de l’absence totale d’harmonisation des dispositifs de protection sociale…

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.