Temps de lecture estimé : 5 minutes

Monsieur le secrétaire général représentant Madame la Préfète déléguée auprès du représentant de l’Etat dans les collectivités de Saint-Martin et St Barthélemy,

Messieurs les anciens combattants et représentants des forces de l’ordre,

Mes chers amis,

C’est toujours avec beaucoup de plaisir et d’émotion que je participe, chaque année, aux cérémonies du 18 Juin,

En tant que responsable public saint-martinois,

En tant que citoyen Français,

Mais aussi en tant que gaulliste, car tout le monde sait que je suis resté fidèlement attaché à un parti se réclamant du Général de GAULLE…

Aujourd’hui, nous célébrons les 80 ans de l’Appel du 18 Juin…

Je pourrais, à cette occasion, prononcer un discours très « institutionnel », sur fond de débats statutaires récurrents.

Je pourrais, tout aussi bien, vous adresser un discours historique, sur fond de polémiques mémorielles.

Dans les deux cas, ces propos épouseraient une actualité tourmentée et, en même temps, la permanence de nos débats politiques.

Car, en France, hexagonale et ultra-marine, on est, semble t’il obsédés par les statuts et hantés par les statues…

Non, tel n’est pas le lieu, tel n’est pas le moment.

J’ai déjà exprimé mes visions institutionnelles et les attentes de la COM de Saint-Martin il y a quelques jours, à l’occasion d’une intervention virtuelle devant le Sénat.

Et nous aurons l’occasion d’évoquer notre Histoire, ses lumières, ses ténèbres et ses ambigüités le 21 Juillet prochain, à l’occasion de la Fête de SCHOELCHER. Donc, un peu de patience !…

Aujourd’hui, je souhaiterais, en quelques mots, aborder le 18 Juin 1940, son esprit et son contexte, d’une manière plus personnelle, plus Saint-Martinoise.

Certes, en 1940, les Territoires français de la Caraïbe n’ont pas souffert de l’invasion, des destructions causées sur leur sol par l’ennemi. Nous partageons, au demeurant, cette situation avec nos voisins de Sint-Maarten.

Mais nous avons dû subir, de longues années durant, l’autoritarisme, l’autarcie et l’austérité des gouverneurs de l’exécrable régime pétainiste, en Guadeloupe et en Martinique.

Et, surtout, nous avions subi le traumatisme de la défaite : la France était un pays vaincu, exploité et humilié.

C’est au pire moment de cet effondrement, militaire, politique et moral, qu’est intervenu l’Appel du Général de GAULLE.

A l’époque, dans le tumulte et le chaos, il ne fut guère entendu. Peu de responsables le suivirent.

Félix EBOUE fut de ceux-là. Il est aujourd’hui le seul Noir enterré au Panthéon -je préfère dire le premier…

C’est donc au pire moment, lorsque tout semble perdu, que l’espoir survit, renaît, rejaillit. Et la résilience se transforme en Résistance.

Cette période de l’Histoire est ainsi riche d’enseignements pour Saint-Martin. Comme la France en 1940, nous avons subi d’amples destructions.

Et par deux fois.

En Septembre 2017, au lendemain d’IRMA, nous étions anéantis. Littéralement.

Les destructions, le chaos, le désespoir : nous avons vécu de longues journées dans un contexte post-apocalyptique inédit.

Celles et ceux qui n’étaient pas sur le Territoire ou dans la zone caraïbe à cette époque ne peuvent pas comprendre.

Cela ne s’oublie pas.

En Juin 2020, les destructions ne sont pas, cette fois-ci, physiques.

Mais l’économie saint-martinoise a subi le désastre comme les autres régions françaises, et même plus que les autres puisque nous vivons essentiellement du Tourisme.

Si nous disposions, comme d’autres Territoires, de statistiques précises et actualisées de la part de l’INSEE, nous pourrions évaluer avec précision l’ampleur de ces dégâts. Mais, d’ores et déjà, nous pouvons constater qu’à la mi-Juin 2020, avec 5 952 salariés au chômage partiel, nous avons dépassé de 10 % le niveau maximum atteint après IRMA

C’est l’occasion, pour moi, de remercier l’Etat au nom des Saint-Martinoises et des Saint-Martinois pour avoir déployé à nouveau cette mesure, rapidement et sans entraves : dans les circonstances présentes, la solidarité nationale doit constituer, dans l’Hexagone et dans tous les Outre-mer, un réflexe naturel.

Voilà donc deux situations douloureuses, déstabilisantes, parfois désespérantes.

Dans les deux cas, et comme la France en 1940, Saint-Martin se relèvera, renaîtra, prospérera.

Certes, comme la France Libre à cette période, les obstacles et les embûches seront nombreux : il y a, et il y aura toujours, des moments de découragement, des hésitations, des erreurs parfois.

Il y aura aussi, et tout le monde pense ici à l’attitude du Président ROOSEVELT à l’encontre du Général De GAULLE, des manifestations ambigües, sarcastiques et parfois malveillantes de certains partenaires et Alliés…

Mais les leçons de l’Histoire nous montrent -et c’est en cela que le message de résistance et d’espérance du Général de GAULLE est actuel et universel- que la volonté, le courage et la pugnacité paient toujours.

Et, surtout, qu’il n’y a pas de fatalité. Jamais.

A Saint-Martin, de nouveaux combats nous attendent, toutes et tous. De nouvelles batailles pour notre Reconstruction et pour notre Développement. Pour le respect de notre identité aussi…

Dans tous ces combats, qui ne sont jamais perdus d’avance, nous aurons donc besoin d’unité, de détermination et d’organisation.

Il nous faudra « nous retrousser les manches », savoir nous remettre en cause de manière constructive pour être plus efficaces.

Faire preuve d’audace, de créativité, d’esprit d’entreprise. Mais aussi de solidarité à l’égard des plus fragiles, des plus démunis.

Bref, et j’assume employer à nouveau une expression qui m’est chère : « marcher sur nos deux jambes » : promouvoir l’entreprenariat local, consolider la protection sociale.

En quelque sorte, revenir aux fondamentaux du Conseil National de la Résistance.

Donc 1940-2020 même combat ?

Sans doute, dès lors qu’il s’agit d’un combat pour le renouveau et pour la dignité d’un Peuple.

Lorsque tout semble compromis, il reste toujours cet espoir, qui nous pousse à nous dépasser et à surmonter nos divergences, nos caractères, nos petites lâchetés…

En ce sens, veillons, tous ensembles, à ce que ce 18 Juin 2020 à Saint-Martin, puisse symboliser, comme il y a 80 ans à Londres, cette « étincelle » -et cette étape vers le renouveau.

Je vous remercie pour votre attention.

Daniel GIBBS

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.