Temps de lecture estimé : 6 minutes

Le Président de la République, lors de sa dernière allocution, nous a présenté le cadre et les orientations de sa fin de mandat, marquée par la crise du COVID 19.

Après avoir préconisé en 2017 le renouveau et la rupture politique, il sera à partir de juillet le maître d’œuvre de la reconstruction économique, sociale, culturelle, plus écologique, plus solidaire.

L’autosatisfaction du sommet ignore la base

Ce discours, empreint d’une grande autosatisfaction, ignore la réalité profonde d’une population incrédule et en rupture avec les convenances d’un discours politique.

Dans deux éditoriaux précédents, j’écrivais, en 2017 : “Rénover la vie politique, sociale, économique suppose de protéger nos rares espaces de liberté, suppose d’arrêter de réglementer nos vies à travers lois, décrets, arrêtés, instructions…”  

Je complétais cet éditorial, une année plus tard, en soulignant que la vraie question de l’observateur politique qui devait se poser n’est pas le positionnement politique ou l’éclairage du président,  mais celle de la transformation de l’Etat et de la démocratie, dans un régime sous l’emprise d’un président souverain… 

En 2017, nous étions dans le temps de la rupture, de la transformation ; après la crise, nous entrons dans le temps de la reconstruction. Or, la gestion de la crise, l’organisation du confinement, la régulation de la vie du citoyen ont montré et accentué un fonctionnement en totale opposition à ces annonces et ce renouveau démocratique qui repose sur un un principe fondamental : la responsabilité et la liberté du citoyen.

Après le hold up électoral, le braquage de nos libertés

Face à l’épidémie, le gouvernement a mis en cause de manière permanente les libertés individuelles, restreignant la liberté de circuler, de travailler par la mise en quarantaine en dehors de tout cadre juridique, fermant les entreprises, séparant les familles, se référant à un dogme, l’urgence sanitaire et en déléguant des pouvoirs plus larges aux administrations locales.

Entre mars et mai 2020, plus de 1 200 arrêtés préfectoraux ont complété ce dispositif gouvernemental et dans ce domaine, les Outre Mer font figure de laboratoire sécuritaire.

Ces mesures supplémentaires portaient sur les quatorzaines improvisées, la restructuration des vols, la limitation du nombre de passagers, la clôture des espaces publics, naturels, la fermeture des hébergements touristiques, l’interdiction de baignade, les couvre-feu systématiques, l’interdiction de l’achat ou de la consommation d’alcool sauf sous forme de gel hydroalcoolique, la distanciation sociale, dans les taxis publics…. Et je pourrai poursuivre l’énumération de la multiplication des interdictions…

La raison principale, pour les autorités, était la préservation de la santé des populations en l’absence d’équipements hospitaliers suffisants et pour éviter le relâchement de la population !

Et cette vision pour le moins paternaliste, se poursuivra jusqu’à la fin de la période de l’urgence sanitaire, à savoir le 10 juillet.

Défense de bouger, de travailler : c’est le citoyen qui paiera l’addition !

Tous les ressortissants de l’espace SCHENGEN peuvent se rendre en France, en Grèce, en Corse… librement, sans contrôle, sauf les ultramarins qui restent soumis à la septaine et qui seront dépendants du nombre de vols autorisés et du prix souvent délirant des billets !

Il faudra expliquer qu’à cause du paternalisme politique, le citoyen devra assumer une croissance significative du coût de la vie, faute de transport, attendre que le secteur public de la Poste daigne transporter plus de 100 tonnes de courriers, de colis, de fournitures en attente en France métropolitaine… isoler ses étudiants dans l’attente d’un vol… etc.

Certes, ce ne sont pas des thèmes politiques qui engagent la Nation et le Président, cela ne concerne que la réalité quotidienne du citoyen et quand vous aurez compris que cela conditionne la vie d’un ensemble social, vous aurez compris l’essence du mouvement des “Gilets Jaunes” ! 

Les atteintes aux libertés individuelles mettent aussi en cause les libertés collectives et les libertés économiques.

La restriction des activités économiques, voire la destruction de certaines filières économiques par l’Etat interpellent.

L’interdiction d’exercer une activité économique, au nom de l’urgence sanitaire, conduit à évoquer l’indemnisation du préjudice économique. La mise en œuvre d’un dispositif d’aide ou de soutien n’exonère en rien l’Etat quant à sa responsabilité dans la gestion de la crise et de ses conséquences économiques. Il existe sur cette question un vaste champ juridique à explorer.

L’analyse des conséquences financières de la crise, avec l’accroissement de la dette à tous les niveaux, le cumul des déficits, me semble constituer un sujet pertinent.

Engagement record de l’Etat… à confirmer !

Soulignons, cependant, que la réalité des engagements de l’Etat à hauteur de 500 milliards d’euros n’est pas actée. L’engagement direct peut être évaluer à une soixantaine de milliards, le prêt P.G.E., qui de plus est susceptible d’être remboursé par les entreprises qui le pourront.

Quant à la dette sociale évaluée à 136 millions d’euros, elle sera transférée à la Caisse d’amortissement de la dette sociale à échéance de 2033, alors que le terme des prélèvements se situait en 2023.  Le Président affirme que le coût de la crise ne sera pas couvert par l’emprunt… Il prolonge simplement le versement de la C.S.G. et la R.D.S. d’une dizaine d’années. Cela s’appelle l’impôt différé.

A partir du mois de juillet commencera le débat sur le temps de reconstruction, après le débat national des “Gilets Jaunes”, les états généraux, nous aurons les états généraux de la démocratie locale…

Comme le disait le Président du Conseil Hervé QUEUILLE : “Quand vous êtes embêtés, embrouillez tout.”

Monsieur le Président, la réalité de la réforme, c’est en premier lieu le maintien et la préservation des libertés démocratiques ; laissez le citoyen assumer sa vie, son existence et ses risques… et encore plus pour les populations d’Outre Mer, qui plus que toutes autres, sont les premières victimes de la crise. Libérez l’économie de ces territoires.

Trop de violence sociale = accroissement de la violence policière

Et pour terminer, je mentionnerai le thème de la violence policière en France, ou la multiplication des manifestations ne sont que des exutoires, une libération, sous l’effet d’un amalgame partisan. Les forces de l’ordre assument leur mission sous l’autorité du Gouvernement. Elles doivent assurer l’ordre et la sécurité républicaine et ne peuvent être l’otage d’une idéologie ou d’un parti.

Elles exercent leur mission dans un cadre légal d’un environnement démocratique. Elles ne sont pas responsables de la violence sociale, mais elles doivent la gérer.

Monsieur le Président, laissez le temps d’une utopie prospérer le doute, et faites confiance à l’intelligence du citoyen.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.