Temps de lecture estimé : 5 minutes

Raymond Knop, Secrétaire d’État aux Relations intérieures du Royaume des Pays Bas, avait déjà fait parler de lui il y a peu lors des négociations menées avec le Gouvernement de Sint Maarten et des conditions imposées par la Couronne pour accéder aux aides financières qui permettraient d’amortir les coûts de la crise de la Covid-19 et la crise économique induite.

Son attitude, ses mots avaient provoqué la colère des représentants de Sint Maarten mais aussi de Curaçao ou encore d’Aruba.

Vue de La Haye, l’autonomie est un échec

“Les pays des Caraïbes du royaume croulent sous les problèmes. Selon les experts il n’y aurait qu’une seule solution : les transformer en collectivités/municipalités néerlandaises. (…) Les pays caribéens du royaume ne peuvent pas assumer leur propre autonomie”.

Selon le secrétaire d’Etat, et malgré une importante annulation de leurs dettes lors de leurs évolutions statutaires, ces territoires ultramarins ont su depuis recreuser le fossé alors qu’une certaine prospérité économique existe… mais elle ne profiterait pas selon lui aux habitants mais à la poignée de femmes et d’hommes qui les dirigent.

M. Knops a déclaré : “C’est une honte que nous ayons maintenant à acheminer des milliers de colis alimentaires là-bas, pour nous assurer que les gens passent la journée. Je trouve profondément désolant qu’au cours des dernières années, les pays n’aient pas réussi à construire, à mettre en place un système en mesure de fournir aux personnes l’aide nécessaire que ce soit en cas de crise ou non”.

Avec son œil de conservateur européen, le Secrétaire d’État aux Relations intérieures du Royaume des Pays Bas a donc pris son bâton de pèlerin pour venir arpenter les Pays du Royaume des Antilles Néerlandaises avec la paternelle volonté de leur venir en aide dans le cadre de la crise sanitaire non sans conditionner celle-ci de façon un peu autoritaire puisque l’autonomie acquise lui apparaît clairement comme partant un peu en vrille.

“C’est une conclusion difficile. (…) Mais je ne peux pas m’empêcher d’en arriver à cette conclusion” affirme Knop, l’autonomie est un échec qui rend l’indépendance totale envisageable :
l’éducation, la lutte contre la criminalité, contre le chômage, les finances publiques incontrôlables, les dérives environnementales, les conditions de détention, la corruption et le favoritisme etc etc…

La piste du retour au statut “communal”

Deux spécialistes sont donc mandatés pour se pencher sur la question l’un fut ambassadeur et conseiller auprès de plusieurs premiers ministres des antilles néerlandaires, l’autre est un sociologue qui affiche 20 ans de son cursus à Curaçao. Nos deux spécialistes en tirent qu’une seule conclusion :
transformer les six îles en municipalités néerlandaises à part entière sous la coupole d’une province (Sint Maarten, Curacao, Aruba, Saba, St Eustache, Bonaire).

Cette idée n’est pas récente puisque Messieurs Broek et Wijenberg la défendent depuis 2005 mais le terreau était alors plus favorable à l’auto-détermination des peuples et la situation économique du Royaume des Pays Bas moins tendue.

Mais alors… comment se traduit ce projet au delà de ramener les statuts des 6 îles au rang de commune ?

C’est d’abord le retour de l’euro comme monnaie de référence… C’est aussi le déploiement de liaisons aériennes entre Amsterdam et chaque destination. C’est aussi l’implémentation du système fiscale et de protection sociale propres au Royaume des Pays Bas version Europe.

Les deux hommes mettent par là en valeur le fait que le Royaume injectera beaucoup plus d’argent au sein des territoires concernés qu’aujourd’hui même s’ils oublient certainement d’indiquer que la fiscalité sera beaucoup plus lourde et plus appliquée.

Des îles devenues des mendiantes

L’instabilité politique de certains territoires, dont Sint Maarten, fait dire à M. Wijenberg que : “Tout le monde change de casquette très rapidement, selon la situation. Parfois, les pays soulignent qu’ils sont vraiment indépendants, d’autres fois ils se disent partie du royaume.”

Quant à M. Broek, la formule n’est pas dans la retenue : “Curaçao, Sint Maarten et Aruba peuvent être autonomes, mais ils ont également des problèmes auxquels ils ne peuvent pas faire face de manière indépendante. Cela les rend dépendants de la faveur de la Mère-patrie. Les îles des Caraïbes sont les serfs-mendiants des Pays-Bas”.

D’autres axes de réflexion

Pour autant, l’idée n’est pas pleinement plébiscitée à la Haye où si le tandem a plus d’écoute qu’il y a 15 ans, elle s’oppose à une autre qui prône le fait que les pays des Caraïbes quittent le royaume. Une troisième s’inspire du Common Wealth et milite depuis des années en ce sens pour que le Royaume soit beaucoup moins responsable de la situation dans les îles, économies budgétaires obligent.

Evidemment, cette idée d’un retour à un statut communal sous l’égide d’une province viendrait fouler au pied les années de luttes et de négociations pour faire exister les volontés locales d’une autonomie progressive. Evidemment cela viendrait aussi titiller un peu la fibre du Droit à l’Autodétermination que les nations unies soignent en cas d’errements d’anciens colonisateurs.

Pour le Professeur de Droit Constitutionnel Van Rijn à l’Université de Curacao :“Les insulaires ne sont pas européens, ils ont leur propre culture, leur propre société. Ils sont fiers de leur autonomie et ne veulent pas du tout faire partie intégrante des Pays-Bas.” L’idée de Mrs. Wijenberg et Broek ne le convainc en rien même s’il admet que les trois îles dotées d’autonomie ne l’assument que lorsque le temps est beau :“Dès qu’un cyclone survient (ou qu’un cyclone invisible comme le coronavirus rentre dans les Caraïbes), c’est la crise. Et les Pays-Bas entrent en scène.”

Reste à savoir quel serait l’accueil de chacune de ces pistes de réflexion au sein des territoires concernés et de prime abord, il sera mauvais voire très mauvais.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.