Temps de lecture estimé : 5 minutes

Un titre alambiqué comme nous les aimons pour évoquer, au delà du fond dont traite largement ce numéro, la teneur du discours prononcé par le Président Gibbs en ce vendredi 2 Juin lors de ce point presse conjoint avec la Ministre des Outremer.

On le sait, on l’a souvent rappelé, cette période post-Irma a su cristalliser des désaccords entre la Collectivité et la représentation de l’Etat au point de les transformer en conflits personnels. A ce point personnels que le Président de la Collectivité depuis quelques mois, tout en soignant la forme de ses discours, a aussi su régulièrement rappeler que pour ce qui le concerne, sur certains sujets, son interlocutrice n’est plus locale mais ministérielle et cela tombait très bien ce soir là puisque cette dernière était à ses côtés.

Puisque l’ambiance était conjointement soignée autour de belles avancées que sont la signature du CCT et l’implémentation des conclusions du rapport Lacroix dans le process “révision du PPRn”, que l’harmonie régnait entre le Président et la Ministre et la Ministre et le Président, c’était sans doute le moment pour Daniel Gibbs d’enfoncer un peu le clou.

Morceaux choisis…

A propos du CCT lors de la signature : “Vous le savez, je tenais tout particulièrement à ce que nous puissions signer ensemble cet engagement réciproque Etat/COM en votre présence. D’abord parce que vous avez tissé des liens forts avec cette île et ses habitants en étant à nos côtés seulement quelques jours après le passage du cyclone Irma en septembre 2017,  alors que tout n’était que chaos. Ensuite, parce que le Contrat de convergence et de Transformation concrétise l’accompagnement de l’Etat, que vous représentez, pour l‘effort de reconstruction et de développement de Saint-Martin.” Comme une confirmation qu’aux yeux du Président Gibbs la représentation de l’Etat ne se trouve plus rue de Spring à Concordia mais rue Oudinot à Paris… nous noterons que la signature aurait pu et dû être assumée par la représentante de l’Etat.

Madame la ministre, juste un dernier mot, s’agissant du « CCT ».  Dans Contrat de convergence et de transformation, il y a… “convergence”. Je me permets de rappeler cette évidence. Les mots ont un sens, et je préfère le terme de “convergences” à celui, trop employé ces derniers mois s’agissant des relations Etat / COM, de… “divergences”. Et cette notion de convergence ne saurait être écartée et dédaignée, a fortiori pour un Territoire deux fois meurtri en trois ans par des crises majeures…” une formule de style habile qui tout en prônant la convergence renvoie la responsabilité des divergences ailleurs et surtout pas dans le cercle de l’exécutif. 

A propos du PPRn : “La précipitation de la représentation locale de l’Etat à produire un arrêté de mise en place d’un PPRN anticipé rigide et hors sol, dans le mépris de la voix et des alertes des représentants du peuple… dans le mépris de la position unanime des élus du Conseil territorial le 17 Juillet 2019, rejetant le projet d’application anticipée du Plan de Prévention des Risques Naturels « PPRN » pour le risque de submersion marine. Position que nous avons eu raison de tenir avec fermeté, l’Histoire vient en attester. Et il aura fallu que le gouvernement central intervienne et que vous, Madame la ministre, m’entendiez, entendiez les Saint-Martinois, pour qu’une mission indépendante soit dépêchée sur le territoire en vue de détecter les malfaçons… les nombreuses malfaçons… dont atteste le rapport de mission de l’inspection générale de l’administration et du Conseil général de l’environnement et du développement durable. Je ne reviendrai pas sur les évènements dramatiques de la fin d’année 2019, événements qui auraient dû être évités… si seulement nous avions trouvé en la représentation locale de l’Etat des partenaires bienveillants et à l’écoute de ce territoire.” plus de limpidité dans les termes est difficilement possible sauf à vouloir remettre l’avenir du dossier PPRn dans une atmosphère conflictuelle, la Collectivité n’aurait donc selon le président aucune responsabilité dans ces difficultés rencontrées lors de la révision, à part peut être celle de ne pas avoir été à même de se saisir aussi du sujet dès décembre 2017 dans un esprit de “convergence” et non dans une stérile bataille de compétences et de prés carrés.

A ce stade, suite à l’analyse du document, je vais vous transmettre « officiellement » une Note faisant part de nos commentaires, et formulant des premières propositions.” La position de la Collectivité quant aux propositions de la Mission Lacroix, passera donc des mains du Président à celle de la Ministre des Outremer en oblitérant les services et la représentation de l’Etat localement, tout comme le Gouvernement avait fait le choix de substituer ladite Missions aux prérogatives locales au mois de janvier.

Le Président Gibbs ne lâche donc rien, même le jour où le mot “convergence” lui semble une évidence, où il a la conviction d’avoir presque tout obtenu de sa Ministre de prédilection qui au passage, n’aura dans ses discours pas sourcillé face aux attaques personnelles de notre Président à l’endroit de la représentation et des services de l’Etat.

Il reste maintenant à surveiller les trajectoires d’Annick Girardin, de Philippe Gustin et de Sylvie Feucher pour pouvoir déterminer si le vent continuera de souffler “favorablement” pour le premier des hommes politiques Saint-Martinois dans ce rapport de forces instauré depuis Irma avec certains services de l’État sur le dossier PPRn, sur fonds de calculs politiques bien plus que de problèmes de personnes. Les préfets ne sont pas éternels par définition, les élus non plus même s’ils peuvent durer, mais l’administration a pour principe de se souvenir.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.