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Le second tour des élections municipales qui se tenait dimanche 28 juin a enregistré un taux d’abstention record lié non seulement au contexte de crise sanitaire et économique mais également à l’absence de campagne électorale traditionnelle. L’élection préférée des Français a ainsi vu seulement 40% d’entre eux se déplacer aux urnes dimanche dernier. 

Déroute du parti présidentiel

Le parti d’Emmanuel Macron, La République En Marche, n’a conquis aucune grande ville au terme du scrutin municipal alors que les résultats électoraux des législatives et des européennes semblaient prometteurs.

Seuls 146 candidats investis ou soutenus par LREM dans dans les 1 140 communes de plus de 9 000 habitants ciblées ont ainsi été élus tandis que la formation macroniste n’a remporté aucune grande ville ;
et encore moins Paris où l’ancienne ministre de la santé, Agnès Buzyn n’a même pas obtenu assez de voix pour siéger au Conseil de la ville de Paris, tout comme  les secrétaires d’État Marlène Schiappa et Agnès Pannier-Runacher qui n’obtiennent de leur côté aucun mandat. 

Seuls lots de consolation pour le mouvement présidentiel, la confortable victoire du Premier ministre Édouard Philippe au Havre, ou peut-être même celle de François Bayrou à Pau, mais ni l’un ni l’autre n’ont jamais adhéré à LREM.

Apparaissant comme ayant raté le train de l’écologie au profit d’une droitisation de ses troupes, avec 76 alliances avec la droite et seulement 33 avec la gauche, LREM paie sans doute aussi son choix de ne pas avoir décliné son mouvement à l’échelon local.

Une vague verte à relativiser

De prime abord, les candidats écologistes sortent grands victorieux du scrutin municipal en remportant 7 des 42 villes françaises de plus de 100 000 habitants, et non des moindres : Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Tours, Annecy et Besançon, en plus de Grenoble, déjà conquise en 2014 et conservée. 

Toutefois, hormis à Lyon et à Strasbourg, ces conquêtes sont le fruit d’unions à gauche et n’ont pas atteint tous les objectifs, comme à Nantes, Rennes ou Rouen que les Verts estimaient pourtant gagnables.

En ce qui concerne les villes moyennes et les plus petites communes, le bilan est encore moins flatteur. Sur les 3 168 circonscriptions de plus de 3 500 habitants, EELV n’en a remporté qu’une trentaine, soit moins de 1%. 

La poussée écologiste est donc restée cantonnée aux centres-villes , avec des résultats bien moindres dans les périphéries.

Ainsi, si les Verts ont gagné de grandes villes, ils ne dirigeront pas pour autant forcément les agglomérations et l’échelon intercommunal. Or, c’est à ce niveau que se prennent les décisions en termes de transports ou d’urbanisme, thématiques incontournables dans les programmes plébiscités.

La gauche et la droite maintiennent leurs positions

Après leurs échecs cuisants aux dernières élections présidentielles, législatives et européennes, Les Républicains comptaient sur ces élections municipales pour remonter la pente tout comme le PS fortement mis à mal depuis la percée d’Emmanuel Macron et son alternative En Marche.

En réalité, tandis que la proportion de maires sortants réélus (+ 80%) est encore plus importante que d’habitude, l’analyse des résultats des deux partis traditionnels montre une très grande stabilité. La droite et la gauche maintiennent ainsi globalement leurs positions, avec peu de bascules dans un sens ou dans l’autre par rapport au scrutin de 2014, lors duquel la droite avait enregistré une victoire probante sur la gauche. 

Ainsi, parmi les 3 168 communes de plus de 3 500 habitants concernées par le nuançage politique, seules 83 passent de gauche à droite et 115 de droite à gauche, avec toutefois, en 2020, une plus grande proportion de listes gagnantes sous l’étiquette «divers gauche» ou «divers droite», signe de l’affaissement des structures partisanes historiques.

Quoiqu’il en soit, au final, la droite reste la principale force politique municipale surtout dans les villes moyennes tandis que la gauche parvient à conserver ses bastions et à progresser dans les grandes villes.

Aux extrêmes, le Rassemblement National de Marine Le Pen enregistre un net recul en nombre d’élus avec 827 sièges remportés dans 271 villes contre 1 438 dans 463 communes en 2014. Quant à la France insoumise, elle est complètement passée à côté de ces municipales où elle n’a enregistré aucune victoire de rang.

Ni dégagisme, ni statu quo en Outre mer

Si Wallis et Futuna, Saint-Martin et Saint-Barthélemy n’étaient pas concernées par ce suffrage et que  le second tour des élections a été reporté en Guyane pour cause d’épidémie, en Outre-mer, 190 mairies ultramarines (sur 212) ont vu la moitié des maires sortants qui convoitaient un nouveau mandat réélus et l’autre moitié sanctionnée.

Les résultats ultramarins se démarquent des tendances nationales avec (Cocorico ?), une mobilisation plus importante que dans l’Hexagone et pas de vague verte à proprement parler.

Ainsi, pour les territoires les plus proches de nous, en Martinique où seulement sept communes étaient concernées par ce second tour, les sortants ou leurs successeurs désignés ont perdu face à ceux qui étaient jusqu’alors dans l’opposition.

En Guadeloupe, c’est la fin des grandes dynasties qui a marqué le scrutin. Marie-Luce Penchard, ancienne ministre, a ainsi perdu la mairie de Basse-Terre au profit d’André Atallah, qui a su réunir toutes les oppositions autour de lui. Jacques Bangou dont la famille dirigeait la capitale guadeloupéenne depuis 1965 à cédé la mairie de Pointe-à-Pitre à Harry Durimel, avocat écologiste.

Une grande perdante, la démocratie

Les résultats détaillés de ces élections occuperont encore pendant un moment la scène médiatique, en particulier en ce qui concerne les installations polémiques.

En attendant, elles imposent un bien triste, mais pas surprenant, bilan : à côté de la France des métropoles et celle des territoires mises en exergue dimanche dernier, la victoire revient en définitive à la France qui tourne le dos à l’offre politique au travers de l’abstention ou du vote blanc et qui offre un écho bien dissonant aux revendications qui s’expriment tout azimut dans les rues et sur les réseaux sociaux.

Quelle légitimité des élus avec un tel taux d’abstention ?

Quelle légitimité des partis avec un tel refus exprimé ?

Quelle stratégie pour les prochains candidats aux élections sénatoriales en 2020 et aux régionales et départementales en 2021, à l’aune de ces résultats ?

Il est indéniable que l’offre proposée ne séduit plus, à quand le renouvellement et une réelle prise en compte des préoccupations citoyennes ?

Il est d’urgent d’oser, ici comme ailleurs ! 

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