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Entre différentes annonces sur le nombre de décès liés au coronavirus, deux événements politiques m’ont interpellé ; ces deux événements ont progressivement limité le charivari médiatique sur la pandémie et ont relégué les experts médicaux au profit des politologues : les municipales et ensuite, le changement gouvernemental.

Ces observateurs ont été visiblement submergés par une vague verte qui n’existe pas ou prou.

Municipales : l’abstention brouille la lisibilité des résultats

N’en déplaise aux élus et aux maires, cette élection ne traduit en rien la réalité politique de la France. Le parti de l’abstention est gagnant, on peut dès lors s’interroger sur leur représentation et sur leur légitimité.

Pour illustrer mon propos, il suffit de voir quelques résultats pour les plus marquants ou qui constituent la vague résultante de l’écologie :

  • Bordeaux • Nombre d’inscrits : 191 324 ; Abstentions : 93 322. Le maire est élu avec 17,51% des  électeurs inscrits
  • Strasbourg • Nombre d’inscrits : 143 638 ; Abstentions : 90 985. Le maire est élu avec 15,03% des électeurs inscrits
  • Besançon • Nombre d’inscrits : 66 725 ; Abstentions : 40 636. Le maire est élu avec 11 145 voix, soit 16,70% des électeurs inscrits
  • Nantes • Nombre d’inscrits : 180 699 ; Abstentions : 131 782. Le maire est élu avec 34 107 voix, soit 17,86 % des électeurs inscrits
  • Lille • Nombre d’inscrits : 124 438 ; Abstentions : 84 958. Le maire est élu avec 15 389 voix, soit 12, 36% des électeurs inscrits

Quelle légitimité reste-t-il à nos élus locaux ?

Je pourrai poursuivre la liste des communes où les maires ont été élus avec moins de 20% des électeurs inscrits. Quelle légitimité peut-on apporter à une gouvernance municipale qui ne représente qu’une minorité de citoyens ?

La vague dite verte, est d’autant moins représentative qu’elle résulte de regroupement d’alliances avec des forces politiques qui n’ont jamais placé au centre de leur programme l’écologie.

L’organisation des  municipales au mois de mars et ensuite en juin, sous le règne du confinement et la manipulation par la peur constitue une erreur politique majeure.

Rien n’empêchait le gouvernement de reporter l’élection en mars 2021, ou en octobre 2022, hormis l’échéance des sénatoriales, qui devait permettre d’améliorer la représentation du Mouvement LREM au Sénat, avec les résultats que l’on connaît.

Aujourd’hui, sauf dans la France rurale, la représentation municipale n’a aucune légitimité et ne peut constituer un test politique. Cette élection et ses conséquences décrédibilisent encore plus largement la représentation politique.

Remaniement ministériel : bienvenue en technocratie

L’autre évènement qui se situe dans la suite du mouvement municipal est le changement gouvernemental.

Ce changement devait traduire une rupture, un nouveau départ ayant pour objectif un gouvernement de guerre pour assurer la relance, la lutte contre la crise économique, etc. Or, ce gouvernement en dehors de quelques personnalités, n’est qu’un gouvernement de fonctionnaires ou technocrates dont peu ont connu l’épreuve du militantisme ou du jeu politique.

Ce remaniement marque trois aspects :

  • Le premier Ministre n’a aucune autonomie, il est l’exécuteur des engagements présidentiels et ne peut exister qu’à travers l’image présidentielle
  • Ce gouvernement conforte la prédominance technocratique de la gestion publique au détriment du rôle politique
  • Ce gouvernement répond à un calcul électoral qui vise à récupérer les voix de la droite et une partie des voix de gauche…

La composition des cabinets ministériels ne fait que confirmer cette analyse.

Le choix de certains ministres, comme le Garde des Sceaux ou la Ministre de la Culture, n’est qu’un effet                      d’optique qui vise à s’inscrire dans une stratégie de communication. La reconquête politique ne se fera aucunement à travers ce Gouvernement qui génère l’indifférence d’une majorité de la population.

Certes, nous sommes en attente des déclarations du Président, le 14 juillet, du discours de politique générale du premier ministre qui s’inscrirait dans le même argumentaire et les mêmes demi-mesures.

L’état, plus central encore !

Améliorer la décentralisation, renforcer les libertés locales, restaurer la vie et la liberté citoyennes supposent une mise en cause totale de l’Etat jacobin. Or, le discours émergent qui résulte de la crise porte sur plus d’Etat, plus de protectionnisme, plus d’assistance…

Le Gouvernement  sera-t-il capable de créer les conditions d’une décentralisation accrue et de rénover la vie politique ? Le Président de la République devait être en 2017 le président de la rupture ; sa majorité ressemble aujourd’hui à l’Armée de BOURBAKI, et je ne crois pas le Gouvernement en condition de changer le fonctionnement de l’État et d’assurer la rénovation de la politique, tant sur le plan  économique que dans le cadre du fonctionnement des institutions.

Il faut lui laisser le bénéfice du doute, car au-delà de cette configuration, la situation ne présente guère d’alternative.

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