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On le sait, la réforme de l’administration territoriale est un des grands chantiers transversaux du quinquennat du Président Gibbs.

Une tâche de très très grande ampleur, forcément mal perçue par la grande majorité des agents et plus que par eux, par les syndicats qui les représentent, toujours vigilants à ce que les “acquis” ne soient pas remis en question, que ces acquis soient bordés par la fonction publique territoriale ou par des spécificités qui ont su perdurer et s’installer.

La réforme de l’administration territoriale se vit donc plus au coup par coup, chaque fois qu’un audit, qu’un contrôle ou qu’une perquisition met une pression suffisante pour que les mouvements de foule ne soient pas imputables à des décisions politiques locales mais plutôt à une pression venue d’ailleurs, cause bien moins pénalisante électoralement : “C’est pas moi, c’est l’état”.

Le Directeur des Affaires Financières

Cet agent assure ou supervise les procédures budgétaires, la gestion de la dette, de la trésorerie et des garanties d’emprunt, les analyses financières et fiscales et propose des stratégies. Il supervise le contrôle de gestion, et dirige les services financiers, budgétaires et comptables. Il assure aussi la direction des services financiers, budgétaires et comptables ainsi que le contrôle des satellites.

ça bouge dans certains services !

Et c’est ainsi par exemple que l’on a pu assister à une session de chaises musicales au sein du service achats il y a quelques temps, voyant s’effacer certains historiques visages à qui, comme toujours ou presque dans la fonction publique, il aura fallu trouver un nouveau poste. 

En ce moment c’est à la direction des affaires financières que les remous sont les plus nourris… La Direction financière à la Collectivité Territoriale, c’est un poste clef, un pivot surtout en temps de disette en termes de trésorerie et de retour d’une certaine autorité en termes de contrôle de la régularité des procédures.

C’est aussi un poste très surveillé et surtout depuis que les visites présidentielles ou ministérielles post-Irma ont su poser le doute quant à notre probité en termes de gestion d’argent public, motivant même un contrôle de l’Agence Française Anti-corruption dont le rapport et ses conséquences tardent à émerger et risquent fort de finir dans un des nombreux tiroirs dans lesquels sèchent les sujets que l’on ne veut traiter.

Le DAF de la collectivité sollicite une porte de sortie…

Et c’est dans ce contexte que notre DAF historique a sollicité de la hiérarchie un reclassement, la possibilité de quitter ses responsabilités pour de nouvelles. Fatigue, lassitude ? Certainement après 10 ans de bons et loyaux services à un poste à “risques” puisqu’il engage régulièrement la responsabilité de celui qui l’occupe, mais aussi certainement à cause de cette ambiance lourde que nous évoquions plus haut et qui l’a certainement amené à sentir l’odeur âcre du roussi : quand les voyant passent à l’orange, que les messages arrivent de canaux crédibles, il faut parfois savoir retrouver le chemin de la raison.

Welcome au… CESC !

Cette possibilité de reclassement lui a été offerte non sans que “la tête de l’édifice” n’oublie de se protéger d’éventuelles manquements du DAF en “les découvrant”, il ne faudrait pas que la responsabilité de la hiérarchie puisse être engagée.

Reclassement forcément puisque la fonction publique protège, mais placardisation néanmoins, et en la matière rien de mieux que le Conseil Économique Social et Culturel qui en termes de direction sait fournir à un espace à ceux qui sont en quête du purgatoire ou à qui ce dernier est fortement recommandé, et quand la direction générale n’est pas occupée par un ou une placardisé(e), le zèle n’est pas sollicité et l’invitation à “ne pas faire de vagues” est de mise, l’institution n’étant pas exempte d’historiques dérives internes ; il ne faudrait pas que le CESC devienne un outil performant de réflexion et de consultation au bénéfice des décisions du Conseil Territorial ou Exécutif… la deuxième institution de l’île ne risque pas de faire des étincelles dans ces conditions quelle que soit la bonne volonté de sa présidence nouvelle.

La placardisation dans la fonction publique

De nombreux fonctionnaires sont touchés par le bore out (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui) et se demandent comment en sortir. Au sein des administrations et des collectivités territoriales, les licenciements sont rares car peu d’élus ont le courage de recourir aux sanctions. La placardisation est donc un moyen facile de ne pas avoir un trublion dans les pattes et se concrétise d’abord par des changements d’affectation ou changements de bureaux non motivés par l’intérêt du service, mais par la volonté d’évincer le fonctionnaire. Certains employés peuvent donc voir ralentir leur activité, leur champ de responsabilité et leur évolution de carrière par la volonté du politique et se sentir placardisés. Il est d’autres cas où c’est le fonctionnaire qui recherche la placardisation notamment lorsque le roussi commence à être l’odeur quotidienne qui ambiance leur bureau. En effet, si la placardisation peut relever du harcèlement moral, il arrive aussi que ce soit l’agent lui-même qui fasse le pas de retrait et sollicite de sa hiérarchie d’être mis au vert.

Mais pourquoi quitter cette belle fonction ?

Parce que la pression augmente… parce que jamais le contrôle sur les actes de la Collectivité n’aura été aussi important, qu’on le doit à Irma, à notre dépense financière au bon vouloir de l’Etat qui ne distribue plus sans contrôler, imposant aux agents de profonds changements de méthodes quand ils en ont la possibilité ou le fait de se fracasser le crâne sur un plafond de verre lorsqu’ils ne l’ont pas. Il y a aussi les habitudes, celles que l’absence de contrôle historique a laissé s’immiscer, s’institutionnaliser au point que la marche arrière ou le retour à la régularité est impensable : le non respect des règles laisse des espaces à la profitation, aux irrégularités sur les marchés publics, aux légèretés sur les mandatements et l’argent public est parfois la fibre unique ou presque au développement d’activités privées qui savent être reconnaissantes… la pression extérieure sur le DAF n’est pas une fiction et elle est multi-directionnelle.

Avant que le couperet tombe… s’il devait tomber

Bref, il est des fois où le capitaine préfèrera quitter le navire avant qu’il ne coule ou ne soit coulé par d’autres, la Chambre Territoriale des Comptes par exemple.

L’adjoint au DAF assurera la continuité du service, le temps que la Collectivité trouve une nouvelle recrue qui accepte de mettre les mains dans le cambouis, cambouis dont la nature devrait pouvoir bénéficier des lumières d’un audit de l’AFD… que serait donc la Collectivité sans cette aide précieuse pour pallier nos insuffisances ? On notera toutefois que, comme bien souvent à Saint-Martin où la bienveillance aveugle de l’état a été le maître mot durant des décennies plutôt que l’accompagnement dans le respect des spécificités, les auditeurs sont généralement confrontés à une telle situation qu’il est préférable de ne pas soulever le tapis entièrement, certaines responsabilités étant plus gênantes à dévoiler que d’autres…


Extrait du rapport de la Chambre Territoriale des Comptes sur la gestion de la collectivité de Saint-Martin de 2007 à 2016

Les choix constants depuis dix ans des mêmes entreprises dans cinq secteurs ont donné à la collectivité l’image d’un territoire réservé. Ainsi, pour les mandats d’opération, il s’agit de la SEMSAMAR ; pour les prestations informatiques relatives à l’externalisation des compétences de conception et de contrôle du système d’information de la collectivité, de la société COMPUTECH ; pour les travaux d’entretien de l’éclairage public, de la société GETELEC ; pour les grosses opérations de construction, de GTM Guadeloupe et, pour la flotte automobile, de la société CGFF, et cela, quelle que soit la qualité et le prix des autres candidats.

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