Temps de lecture estimé : 11 minutes

Monsieur le secrétaire général, représentant Madame la préfète déléguée auprès du représentant de l’Etat dans les collectivités de St Barthélemy et de St Martin,

Madame la députée de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin,

Monsieur le sénateur de Saint-Martin,

Mesdames Messieurs les vice-présidents et conseillers territoriaux,

Mesdames et messieurs,  

Comme l’an dernier, je m’adresse à vous ce matin pour évoquer les grands symboles de notre fête nationale.

Comme chaque année, nous sommes toutes et tous réunis, en ce 14 Juillet, pour les traditionnelles cérémonies qui, en ce jour, se tiennent dans un format et dans un contexte pour le moins particulier.

Comme chaque année encore, les autorités présentes sont tenues de prononcer un discours.

Pour certains, il s’agit d’une tradition un peu désuète.

Pour d’autres, d’un exercice un peu répétitif…

Sans doute les esprits chagrins ont-ils un peu raison : les discours sont toujours un moment inévitable et attendu.

Et parfois redouté, tant sur le fond…que sur la durée !

Pour autant, cette tradition annuelle constitue, à mon sens, un moment irremplaçable : les discours du 14 Juillet permettent de faire passer d’utiles messages et, surtout, de rappeler à la Nation, dans un esprit d’unité républicaine, les attentes et les espoirs de nos compatriotes saint-martinois.

Un tel discours a vocation à être consensuel.

Il le sera, même s’il est juste et bon d’y évoquer « ce qui ne va pas »,

les entraves et les dysfonctionnements qui nous empêchent, ensemble, d’aller de l’avant…

Un tel discours a vocation à être factuel.

Il le sera aussi, car les faits sont têtus.

Mais, en ce jour de Fête nationale, il ne constituera pas un « Discours de politique générale ».

Cet exercice, au demeurant, ne saurait tarder au niveau national.

Et au niveau local, nous aurons l’occasion, lors du Conseil Territorial du 30 Juillet prochain, de faire un bilan des 12 mois écoulés, et d’évoquer les réalisations qui illustreront les quelques mois qui nous séparent des prochaines échéances de 2022.

Un tel discours a, enfin, vocation à être bref.

Il le sera !…

Mais vous comprendrez bien que c’est, pour moi, la contrainte la plus difficile et la plus frustrante.

En effet, j’aimerais tant profiter de cette occasion « annuelle » pour :

Evoquer, par exemple, les défis de la reconstruction post-IRMA, toujours en cours…

Evoquer, aussi, le sujet du PPRN, et les toutes récentes avancées…à confirmer, à garantir et à consolider…

Durant les trois dernières années, et en particulier pendant ces tous derniers mois, j’ai pu voir et écouter tout ce que Saint-Martin a à dire à la France, à la Caraïbe et au monde : des messages de courage, de résilience ; d’inquiétudes aussi, parfois.

Mais ces messages n’ont pas seulement vocation à être exposés ici et maintenant : ils doivent être portés tous les jours, à Saint-Martin, Paris, Bruxelles ou ailleurs afin que les intérêts des Saint-Martinoises et des Saint-Martinois soient mieux connus, reconnus, défendus.

Une fois encore, devant vous en vos grades et qualités, et surtout devant le peuple de Saint-Martin, je m’y engage !…

***

S’agissant en particulier de l’allocution de ce jour, je reviendrai aux fondamentaux de la Nation française « Back to basics », comme nous le disons !

En reprenant la devise républicaine qui nous unit toutes et tous.

Une devise précieuse, fondatrice et fragile, qu’il convient d’appliquer – et ne pas seulement d’évoquer ou d’invoquer…

LIBERTÉ

ÉGALITÉ

FRATERNITÉ

Pour parler, en premier lieu, de liberté.

Nous aimons tous notre liberté, nos libertés : libertés individuelles mais aussi, c’est important et j’aurai souvent l’occasion d’y revenir, libertés locales.

Cette liberté, nous la chérissons, pour reprendre les mots de « La Marseillaise ». Elle nous renvoie à des périodes de l’Histoire tragiques et glorieuses.

Pour nous, peuples caribéens, la Liberté est une notion fondamentale, vitale.

Tout le monde pense ici aux luttes de 1802.

Et aux victoires de 1848 : arrachées localement par les combattants de la Liberté, avec le soutien, dans le Paris révolutionnaire, d’alliés pugnaces et visionnaires.

La Liberté, renvoie également, je l’ai évoqué ici il y a encore quelques semaines, à l’appel du 18 Juin 1940 : le refus de la défaite, du totalitarisme racialiste, et de la servitude…

Mais, en cette année 2020, la notion de Liberté a pris une dimension beaucoup plus concrète. Nous qui avons le privilège de vivre en démocratie, dans un Etat de droit qu’il faut sans cesse consolider au demeurant, nous ne prenons conscience de cette chance que trop rarement, au moment même où l’Histoire vacille -et lorsque cette Liberté, a priori si « naturelle », s’estompe…

Il y a cinq mois à peine, la crise sanitaire du COVID-19 s’est abattue sur le monde.

Elle a également atteint Saint-Martin, nous forçant à limiter nos libertés, et en particulier celle, si évidente pour nous, d’aller et de venir.

A l’intérieur de notre Territoire, mais aussi, beaucoup d’entre nous s’en sont émus, au sein de notre île binationale.

Dans un contexte inédit d’état d’urgence sanitaire, nos libertés ont donc été rognées.

C’était un mal nécessaire, et comme tous les Français, les Saint-Martinois ont subi le confinement avec calme, courage et discipline.

Nous avons surmonté cette épreuve, tous ensemble.

Et à présent, nous goûtons, avec enthousiasme, à la Liberté retrouvée.

Mais attention !… Le mal, toujours contenu au niveau local et national, rôde encore, notamment sur les rives des Amériques, toutes proches.

Il faudra donc rester prudents et vigilants. Face au COVID-19, nous avons remporté une bataille, mais nous n’avons pas -encore- gagné la guerre.

Comme en 1848 et en 1940, la Liberté est un combat. Plus que jamais, elle se mérite.

Et c’est par notre esprit civique que nous parviendrons, ces prochaines semaines et ces prochains mois, à éviter un retour de la pandémie sur notre Territoire.

La préservation de notre santé, de notre économie et de nos libertés reconquises en dépend.

En deuxième lieu, pour parler d’Egalité.

Là encore, pour les Français des outre-mer en général et les Saint-Martinois en particulier, il s’agit d’une valeur primordiale.

Pendant très longtemps, pendant trop longtemps, nous avons été, pour reprendre l’expression célèbre d’Aimé CESAIRE, « des Français non pas à part entière…mais entièrement à part ».

C’était notamment le cas en matière de droits économiques et sociaux.

Le chemin de l’égalité sociale, amorcé en 1946, fut long.

Il a fallu ainsi attendre cinquante ans, en 1996, pour que le SMIC perçu dans les DOM soit -enfin- aligné sur les montants en vigueur dans l’Hexagone.

Cette décision de justice et de bon sens revient au Chef de l’Etat de l’époque, Jacques CHIRAC, qui nous a quittés il y a quelques mois.

C’était un Président qui aimait l’Outre-mer ; et sa visite à Saint-Martin en 2000, il y a vingt ans, reste encore dans les mémoires.

Et je veux profiter de cette intervention pour lui rendre hommage.

Mais le chemin de l’égalité sociale n’était pas terminé pour autant…

Il est arrivé à son terme, chez nous, il n’y a que quelques semaines à peine, le 1er Avril 2020.

Lorsque la dernière prestation familiale encore minorée dans les Outre-mer (le complément familial) a -enfin- été alignée sur les montants nationaux, en vertu d’une disposition de la Loi Egalité Réelle Outre-Mer de Février 2017.

Cet ultime alignement a concerné, en pleine période de confinement et d’arrêt brutal de notre économie, 500 familles à Saint-Martin.

Il est bon de le rappeler.

Mais si nous sommes parvenus, à Saint-Martin, à obtenir, au moins au niveau social, une égalité de droit, il nous reste désormais à arracher l’égalité de fait : un autre chemin, parsemé d’embûches.

Car, vous le savez, nous avons, ici, parfois la triste impression d’être oubliés et méconnus.

Parfois dédaignés et caricaturés.

Dit autrement, faute d’investissement suffisant des Services publics de l’Etat et des administrations de Sécurité sociale, faute de données statistiques aussi, les Saint-Martinois ne bénéficient pas de tous les droits auxquels, en tant que citoyens français, ils pourraient prétendre.

Il en résulte ce que l’on appelle des « non-recours » : c’est vrai particulièrement pour le « minimum vieillesse », et les Services sociaux de la Collectivité font un travail remarquable pour que nos aînés puissent bénéficier, comme tout citoyen français, de la solidarité nationale.

C’est aussi le cas en ce qui concerne la « prime d’activité ».

Il en résulte aussi des « pertes de chance », pour nos demandeurs d’emploi (avant le confinement, 35 % de la population active était au chômage !), pour nos jeunes, et pour nos entrepreneurs.

Et je pense ici, en particulier, aux entraves que nos TPME subissent pour accéder aux dispositifs nationaux de soutien à l’économie : Fonds de Solidarité, Prêt Garanti par l’Etat…

Bref, il y a encore fort à faire pour que l’Egalité républicaine s’applique effectivement à Saint-Martin et aux Saint-Martinois.

L’Etat veut que le droit soit appliqué dans ce Territoire.

Il a raison ! …

Mais encore faut-il que notre population ait vraiment accès au droit.

Et je parle de tous les droits : ceux qui protègent, et pas seulement ceux qui punissent !….

C’est un combat permanent, et je sais que le Défenseur des Droits, Jacques TOUBON, qui va quitter ses fonctions dans quelques jours, s’est personnellement engagé pour que l’accès aux Services publics ne soit plus, à Saint-Martin, qu’un slogan.

Qu’il en soit ici chaleureusement remercié.

En troisième et dernier lieu, pour parler de fraternité.

Cette notion, sans doute plus « philosophique » et moins « juridique » que les deux premières, s’avère, hélas, être en quelque sorte le mot oublié de notre devise républicaine.

Et c’est fort dommage. Car sans la fraternité, la Liberté semble bien égoïste… Et sans la fraternité, l’égalité apparaît parfois quelque peu bureaucratique…

Chez nous, à Saint-Martin, la fraternité n’est pas un concept secondaire.

C’est même une composante de notre identité plurielle. On ne nous surnomme pas « the friendly island » pour rien…

La fraternité est même, pour nous Saint-Martinois, une notion très concrète.

Nous vivons quasi exclusivement du tourisme, ce qui, en cette période d’incertitudes extrêmes, s’avère, vous en conviendrez tous, particulièrement anxiogène.

Notre accueil et notre art de vivre constituent donc notre richesse.

Ne la dilapidons pas !…

Sans Tourisme, nous sommes condamnés à la paupérisation, aux conflits sociaux, à l’assistanat. Ce n’est pas l’avenir que je souhaite pour mon Territoire. Il nous faut donc veiller, et je m’y engage, à cultiver TOUS ENSEMBLE cette fraternité.

Pour garantir l’unité des Saint-Martinois, pour défendre leur identité, pour préserver aussi la cohésion sociale du Territoire.

En cela, il faut rester fidèles à nos principes. Ne rien lâcher, comme je le répète souvent.

Ne pas se comporter, par calcul politique ou par ambition personnelle, comme des supplétifs du pouvoir parisien…

Chacun doit rester dans son rôle, dans le respect des personnes et des prérogatives des uns et des autres…

Mais, tout autant, ne pas se contenter de lever le poing, de vociférer, de manifester : être toujours des interlocuteurs responsables, affables et constructifs.

Enfin, bien comprendre que nous avons nos spécificités, culturelles et sociologiques, auxquelles nous tenons plus que jamais.

Tout en assumant le fait -et la fierté- d’être citoyens français, d’être une Collectivité de la République, dotée de l’autonomie et régie par l’article 74 de la Constitution.

Lequel ne doit pas être le symbole d’une solidarité à éclipses, du désengagement, de l’abandon.

Bref, rester fidèles à nous-mêmes :

  • nous ne sommes pas la Guadeloupe,
  • nous ne sommes pas Sint-Maarten,
  • nous ne sommes pas Saint-Barthélemy.

Même si nos liens avec ces collectivités sont anciens et indéfectibles.

Nous sommes fiers d’être ce que nous sommes : une collectivité courageuse, résiliente, entreprenante, fraternelle.

Une collectivité qui a subi deux fléaux majeurs en moins de trois ans, et qui malgré les entraves et les sarcasmes, se relève, jour après jour, dans la détermination et la dignité.

Un peuple debout. Et qui devrait faire la fierté de la Nation …. toute entière !…

Car lorsque la France a vacillé il y a quelques semaines, quand le pays a frémi devant le spectre de l’effondrement, souvenons-nous qu’il y avait un petit territoire français de la Caraïbe qui, en Septembre 2017, a frôlé l’apocalypse et a montré que le sursaut est toujours possible.

Et qu’il n’y a jamais de fatalité.

Je voulais ainsi terminer ce discours sur cette note d’optimisme.

Ce qui ne nous tue pas nous renforce.

D’autres épreuves nous attendent, et, comme en 1945, il faudra, selon l’expression consacrée, nous « retrousser les manches ».

Mais nous y arriverons, ensemble.

Et l’Etat trouvera, en la Collectivité de Saint-Martin, en ses agents, en ses élus et en son Président, des interlocuteurs loyaux, déterminés, et disposés à écrire, dans le respect et la confiance mutuelles, une nouvelle page d’Histoire.

Happy Bastille Day to all the Saint-Martiners !

Vive la République, vive la France ! 

God bless Saint-Martin !


Le Président de la Collectivité, monsieur Daniel Gibbs, a procédé à la remise de Galons à 10 policiers territoriaux :
  1. BROOKS Charles Elroy
  2. PAREDES Jason
  3. CARTY Jérôme Roger
  4. ADAMS Martin Antoine
  5. DANIEL Erika Mickaelle
  6. MINVILLE Ernest Albert
  7. FRANCIS GIRON Eric Alexander
  8. LANDEFORT Jean Franklin
  9. EMILE Charles Henri
  10. DUZANSON-PEREZ Francis

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.