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Pas (encore) de discours de politique générale à Saint-Martin à moins de deux ans de la fin de cette mandature, mais un discours du 14 juillet prononcé dans l’intimité, mesures de distanciation physique obligent, qui porte l’esprit qui animera l’action de la Team Gibbs dans les mois à venir. 

14 juillet, l’Etat à la fête

Jour de Fête nationale, c’est principalement à l’Etat que les messages du Président Gibbs étaient adressés le 14 juillet dernier. Extraits :

• “faute d’investissement suffisant des Services publics de l’Etat et des administrations de Sécurité sociale, faute de données statistiques aussi, les Saint-Martinois ne bénéficient pas de tous les droits auxquels, en tant que citoyens français, ils pourraient prétendre.”

“L’Etat veut que le droit soit appliqué dans ce Territoire. Il a raison !… Mais encore faut-il que notre population ait vraiment accès au droit. Et je parle de tous les droits : ceux qui protègent, et pas seulement ceux qui punissent !….”

• “bien comprendre que nous avons nos spécificités, culturelles et sociologiques, auxquelles nous tenons plus que jamais. Tout en assumant le fait -et la fierté- d’être citoyens français, d’être une Collectivité de la République, dotée de l’autonomie et régie par l’article 74 de la Constitution. Lequel ne doit pas être le symbole d’une solidarité à éclipses, du désengagement, de l’abandon.

Le ton est donné, il l’était déjà, et la nature à venir des relations à l’Etat semble donc s’inscrire dans la continuité, nous ne doutons pas qu’il saura trouver un écho au sein du Cabinet du nouveau ministre des Outre-mer désormais dirigé par le Préfet Philippe Gustin …

Bastille Day, Go local!

Les échéances électorales de 2022 approchant à grands pas, comme n’a pas manqué de la rappeler le président Gibbs en préambule de son intervention, les opposants, velléitaires et plus globalement tout ce qui n’appartient pas à la majorité ou à l’administration territoriale n’ont évidemment pas été oubliés.

Ainsi, selon Daniel Gibbs qui en profite pour circonscrire le cercle de ceux qu’il reconnaît comme acteurs légitimes de ce territoire, “l’Etat trouvera, en la Collectivité de Saint-Martin, en ses agents, en ses élus et en son Président, des interlocuteurs loyaux, déterminés, et disposés à écrire, dans le respect et la confiance mutuelles, une nouvelle page d’Histoire.”

Aux autres, le président rappelle que “Chacun doit rester dans son rôle, dans le respect des personnes et des prérogatives des uns et des autres…” et va même plus loin en invitant certains, qui se reconnaîtront, à “ne pas se contenter de lever le poing, de vociférer, de manifester.” Cédrick André et ses partenaires apprécieront.

Et dire que le 14 juillet est censé symboliser l’adhésion de la République aux Droits de l’homme et le refus de tous les despotismes…

Quoiqu’il en soit, même si cela semblera parfaitement décalé à ceux d’entre nous qui se démènent avec leurs problématiques citoyennes de reconstruction, d’emploi, d’entrepreneuriat, de communautarismes et de défiance envers les pouvoirs publics, Daniel Gibbs a conclu sur un autosatisfecit qui illustre bien le fossé qui s’agrandit entre la tête de l’exécutif et tous les autres : “Nous sommes fiers d’être ce que nous sommes : une collectivité courageuse, résiliente, entreprenante, fraternelle.”

Loin de nous l’idée d’invalider l’optimisme que le président Gibbs a ainsi souhaité insuffler à son discours mais nous ne résistons pas à l’envie de le renvoyer aux mots de son homologue à Saint Barth, Bruno Magras, le même jour : “L’optimisme n’a de valeur que s’il s’appuie sur un constat lucide des réalités”

RDV le 30 juillet pour un conseil territorial et plus, si affinités…

En attendant, au-delà de ces considérations philosophiques, Daniel Gibbs a, lors de son dernier point Live Facebook de la semaine dernière, évoqué plus concrètement les dossiers prioritaires qu’il comptait “mener à terme avec l’Etat au plus vite”, suite à la nomination de Sébastien Lecornu au ministère des Outre-mer en remplacement d’Annick Girardin.

En premier lieu, le président espère “la rédaction avant la fin de l’année 2020, du nouveau Plan de Prévention des Risques Naturels (PPRN) tenant compte des recommandations de la mission Lacroix.” Nonobstant que le calendrier initial prévoyait une mise en oeuvre fin 2019, cette échéance souhaitée apparaît quelque peu ambitieuse si l’on prend en considération les délais obligatoires de concertation, d’enquête publique et de rédaction des documents, tout cela dans un cadre de mouvements de personnels d’Etat notamment déjà actés ou à venir, et sans visibilité sur d’éventuels mouvements sociaux dont la menace se fait en coulisses de plus en plus tangible.

Deuxième priorité présidentielle et non des moindres, la mise en application du Contrat de Convergence et de Transformation 2019 – 2022, signé le 22 juin dernier et qui encadre le cofinancement Etat/COM de 159 M€ dédiés à des projets dits structurants tels que le réaménagement du Front de mer de Marigot ou encore la remise en état du réseau routier.

Enfin, là où l’on pensait que les chiffres de fréquentation scolaire révélés par la fermeture de la frontière inciterait à une réflexion sur la capacité d’accueil de la partie française, l’exécutif confirme sa volonté de voir un collège de 600 places à Quartier d’Orléans et un collège de 900 places à la Savane sortir de terre sous les meilleurs délais. Tel qu’il l’a annoncé mardi 14 juillet, le président Gibbs aura l’occasion de préciser ses ambitions de fin de mandat et son calendrier lors du Conseil territorial du 30 juillet prochain. Nous avons hâte…


A en perdre son Histoire…
Les puristes et férus d’Histoire ont dû rester quelque peu circonspects face au discours du 14 juillet du président Gibbs.
En effet, là où l’on aurait pu s’attendre ce jour-là en particulier, à quelques références relatives soit à la prise de la Bastille en 1789 ou à la fête de la Fédération en 1790, notre édile local a préféré lui évoquer “les luttes de 1802, les victoires de 1848, l’appel du 18 Juin 1940 et les épreuves de 1945”…
Aucun texte ou devoir de mémoire ne contraint à coller à l’occasion pour laquelle le micro a été tendu, nous direz-vous…
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