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Cela fait plusieurs semaines que votre journal analyse régulièrement les choix de recrutement de la Team Gibbs au fur et à mesure du déploiement de sa stratégie de refonte de la pyramide administrative qui semble privilégier les sources hexagonale et guadeloupéenne, voire le recours à des marchés externalisés qui ressemblent étrangement à des fiches de poste. La semaine dernière, c’était à cet égard au tour d’un collectif d’enseignants titulaires expatriés et déboutés dans leurs demandes de “retour au pays” de s’insurger contre l’appel à candidatures de contractuels lancé par les services de l‘éducation locaux.

L’embauche locale, la discrimination positive restent des sujets sensibles à Saint-Martin, encore plus que sur d’autres territoires n’ayant pas subi cette pression démographique exceptionnelle qui aura conduit le Saint-Martinois à devenir une espèce rare (en 2012, seuls 31% de la population sont natifs de l’île selon l’INSEE, et l’on sait que tous les natifs ne peuvent se prétendre saint-martinois) que certains voudraient voir protégée.

Les chiens aboient…

La semaine prochaine, cela pourrait être au tour d’une part des élus de s’exprimer au travers d’une motion visant à demander “la prise en compte des spécificités de Saint-Martin dans le recrutement du personnel de la Collectivité.” 

Il est en effet de notoriété publique que les derniers mouvements de personnels à la COM cristallisent de nombreuses tensions non seulement au sein de l’administration mais également au sein du groupe majoritaire qui, malgré sa diversité, compte aussi quelques fervents défenseurs de la préférence locale qui subissent en outre la pression de leur électorat, de ceux dont le fils, la nièce, le cousin ou la tante aura été écarté(e) au profit d’un(e) néo-arrivant(e). De plus en plus d’élus trouvent ainsi le sommet de la pyramide administrative territoriale de plus en plus urticant.

Il faut dire que tous les postes clé de la COM sont désormais occupés par des femmes et des hommes fraîchement arrivés soit de Métropole soit de la Guadeloupe : Directeur de Cabinet, Cheffe de cabinet, Directrice Générale des Services, Directeur Général Adjoint (DGA), Délégation au Développement économique, DGA Délégation Solidarité et Familles, DGA Développement Humain, DGA Cadre de Vie, Direction des Ressources Humaines…

A ceux-là il convient aussi d’ajouter les recrutements en cours (d’officialisation) de :

  • un Directeur des Affaires financières en provenance de Baie-Mahault,
  • un responsable de la commande publique arrivant tout droit de Levallois-Perret succédant lui-même à une autre responsable venue de Provence mais qui n’aura pas fait long feu,

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  • un chef de projet Pacte ultra marin dans les compétences dont il se murmure qu’il pourrait bien s’agir de la directrice guadeloupéenne de l’agence Pôle emploi locale, ce qui enleverait en même temps une épine du pied de la Direction régionale PE qui face à certains manquements pointés par un audit interne avait dû constitué une équipe d’accompagnement pluridisciplinaire pour venir en appui de ladite directrice.

Motion en faveur de la prise en compte des spécificité de Saint-Martin dans le recrutement du personnel de la Collectivité : “En regardant l’organigramme de la collectivité, plus on s’élève, plus on va vers des postes de décision et moins on trouve de saint-martinois.”

Face à ce constat, les élus signataires de ladite motion ont souhaité attirer l’attention du président Gibbs sur “le danger que nous courrons à rester dans cette voie du recrutement hors de l’île”  et à qui ils demandent que soit mis “un coup d’arrêt au recrutement externe” au profit de la “mise en place d’un programme concerté avec l’état en vue de permettre le recrutement d’un personnel local suffisamment formé pour occuper les emplois de direction.”

On ne sait encore si cette motion passera le cap des épineuses tractations et réunions internes en cours depuis une semaine au sein de la Team Gibbs, mais si elle devait être présentée en Conseil territorial le 30 juillet prochain, elle aurait au moins le mérite d’éclairer les administrés et les administratifs sur la politique du président Gibbs en matière de ressources humaines.

… La caravane passe !

En attendant, le service public local est en plein renouvellement et les appels à candidatures foisonnent en sourdine sur les sites spécialisés dédiés : 

Du côté de la COM, au moins trois offres de recrutement sont actuellement ouvertes : 

Le miroir aux alouettes

En effet, si une telle richesse en termes d’offres d’emploi devrait nourrir l’espoir à la fois des candidats potentiels et des signataires de la motion, la réalité est bien plus sclérosante.

Entre ceux qui refusent de prendre plus de responsabilités dans un cadre qui manque de fiabilité et de reconnaissance et porte souvent les stigmates du passé, ceux qui ont été placardisés, ceux qui se heurtent au plafond de verre, ceux qui préfèrent exercer leurs compétences ailleurs, ceux que l’instabilité et les soubresauts empêchent de rentrer et ceux avec qui la gouvernance ne souhaite pas travailler… la somme des possibles est localement proche de zéro tandis que les raisons politiques, les conflits de personnes et le goût de l’entre-soi président aux choix de recrutement, au détriment de la performance parfois et de la cohésion sociale et administrative souvent…

Les nombreux rapports et audits faits sur le compte de la COM, le renforcement des services de l’Etat en local, les crises successives, la nécessité d’embrasser pleinement notre autonomie, l’hypervigilance du comptable public… accessoirement la prise de fonction du Préfet Gustin au ministère des Outre-mer, l’arrivée du Préfet de Région Guadeloupe, Alexandre Rochatte, militaire dont on a hâte de connaître la position… devraient pourtant nous imposer une technostructure fiable et à-même d’exercer nos compétences, et de préférence dans la transparence.

Au lieu de cela, la pyramide administrative territoriale continue de s’édifier dans le silence et l’opacité en catalysant de nombreux mécontentements et frustrations, y compris en interne, à moins de deux ans des prochaines échéances électorales…


Discrimination positive : Que dit la loi ?
Le principe de discrimination positive consiste à favoriser certaines personnes ou certains groupes de personnes victimes de discriminations (raciales, religieuses, sexuelle, etc.) dans le but de rétablir l’égalité des chances. Le Conseil Constitutionnel s’est à plusieurs reprises opposé au principe de discrimination positive qui pose selon lui un problème de par son antagonisme avec le principe d’égalité de la loi puisqu’il s’agit en effet d’instituer des inégalités en vue de rétablir l’égalité.
Au-delà du conseil constitutionnel, d’autres pointent les effets pervers de telles mesures, en ce qu’elles contribueraient à stigmatiser les populations visées ou en ce qu’elles généreraient une nouvelle forme de discrimination “négative” contre le groupe posé comme “dominant”.
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