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En effet, ce qui va devenir une crise identitaire, c’est à dire un sujet qui va saisir nos élus et une part de la population sur une fibre émotionnelle parce que c’est comme cela que les spin-doctors ont présenté le sujet, est motivé en premier lieu par la mise au placard, à sa demande initialement, du Directeur des Affaires Financières, la goutte d’eau de taille qui fait déborder le vase déjà bien plein.

On notera d’ailleurs sur le sujet que depuis, le DAF s’est rétracté, affirmant être victime de harcèlements et de pressions l’ayant amené à jeter l’éponge, et souhaite désormais un retour à son poste dès que son arrêt de maladie aura pris fin, soit début août.

L’affaire n’est donc pas close, et elle motive très largement cette motion, au point que le DAF soit contraint de s’accorder les services d’un avocat, dont on ne sait s’il sera financé par la protection fonctionnelle ou si de généreux mécènes s’en chargeront. Quoiqu’il en soit, une véritable opération “il faut sauver le DAF” est en cours… sous couvert d’un sujet bien moins financier, bien moins accès “marchés publics” ou respect des procédures, celui de la discrimination positive au nom de laquelle ce qui est en place ne saurait être changé, surtout lorsqu’il s’agit d’un pivot aussi central que le DAF.

C’est là toute la difficulté de la réforme de l’administration territoriale : rompre avec un système obsolète et imparfait, qui imposera des décisions peu populaires, tout en respectant une certaine discrimination positive, clef  d’évolution de carrière pour la jeunesse locale mais aussi clef électorale.

Le Président entre le marteau et l’enclume, le marteau d’abord…

Nous voilà donc avec un Président pleinement conscient des limites de sa direction financière puisqu’un rapport existe sur le sujet (Rapport de début 2017 sur le contrôle de gestion à la COM), que celui de la Chambre Territoriale des Comptes quant à la gestion de la Collectivité de 2007 à 2016 est aussi disponible, qui sait que sa responsabilité pourrait être engagée, qui vit sous le joug des affaires en cours autour de certains marchés publics et de la notion d’urgence impérieuse (audience de début 2021), qui sait que d’autres missions (telles que celle de l’AFA) pourraient poser comme avérés certains manquements dans la gestion de la Collectivité…

En la matière d’ailleurs et peut être parce que le Ministère des Outremer a changé de patron, une mission d’audit déclenchée par Bercy débute actuellement et des fonctionnaires affectés au contrôle de la commande publique outremer vont s’offrir le déplacement pour se porter aux côtés de la Collectivité de Saint-Barthélemy, de la commune de Pointe noire et… de la Collectivité de Saint-Martin et de ses satellites. La régularité des marchés publics va être épluchée depuis 2015, les grincements de dents ne risquent pas de cesser. Si des irrégularités certainement constatées par l’AFA devaient se traduire par une action enclenchée par Bercy parce que l’exécutif local n’aurait pas pris les mesures internes et la mesure du danger… nous nous promettons une sérieuses période de turbulences.

L’enclume ensuite…

Mais notre Président, d’un autre côté, vit la pression d’une part de ses élus sur un axe politiquement extrêmement dangereux, celui de l’accès aux postes de fonctionnaires territoriaux à la jeunesse saint-martinoise, à la primauté du local sur le recours aux compétences externes… sujet que la mandature n’a pour le moment pas su prendre à bras le corps.

La motion en question, si elle arrive jusqu’au Conseil Territorial du 30 juillet pourrait mettre le Président en porte à faux et écorner largement l’unité de la majorité. Elle naît d’une réunion avec un petit groupe d’élus le 16 juillet dernier, elle alimente ensuite les réseaux les plus proches de l’exécutif au point d’imposer une seconde réunion à laquelle tous les élus de la majorité sont cette fois conviés tout comme la DGS, Christiane Ayache, en présence du Président et qui devrait se tenir ce jour.

Cette réunion permettrait, si le Président concède le retour à son poste du DAF, de ne pas imposer le sujet “Motion” en Conseil Territorial et de ne pas prêter le flan à la critique de ceux qui émotionnellement et politiquement réclament plus de discrimination positive. Pour autant, cela engagerait aussi sa responsabilité en ce que le Président balaierait sous le tapis le sujet de l’insécurité juridique de trop nombreux actes administratifs, insécurité qui au fil des décennies a su enrichir de petits cercles qui savent pertinemment qu’en allumant le feu de l’émotionnel saint-martinois, aucun élu, fusse-t-il perclus de bonne volonté, ne prendra le risque de la réforme en profondeur.

L’entre-soi et l’intérêt privé prédomineraient encore à l’intérêt collectif, seul sujet qui devrait dicter à l’avenir de la Collectivité et de ses administrés.

En attendant le CT du 30 Juillet qui fournira ou pas la réponse quant au positionnement Présidentiel, à la responsabilité du groupe majoritaire qu’il assume bien souvent seul et à l’analyse qu’en feront les minorités siégeantes, pourvu que la discrimination positive soit l’un des moteurs de la réforme des pratiques administratives et pas un frein voire un boulet qui ne viserait qu’à maintenir les “systèmes” en place.


Avis de Conseil Territorial
1- Approbation et vote du Compte de gestion 2019 du comptable public de la Collectivité de Saint-Martin.
2- Approbation et vote du Compte Administratif 2019 de la Collectivité de Saint­-Martin
Questions diverses.
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