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C’était à craindre à Saint-Martin comme ailleurs et c’est une conséquence directe du déconfinement et de l’absence de civisme sanitaire qui a tendance à renvoyer les gestes barrières au statut de “vieux souvenirs” : les cas de contamination à la Covid-19 repartent à la hausse, au Nord comme au Sud de l’île, dans des proportions différentes.

Les chiffres actuels

Si l’on ne peut pas, à proprement parler, évoquer une “deuxième vague”, si l’on ne peut nier qu’à tester largement on contribue aussi à mieux identifier les cas de contamination, il n’en reste pas moins que les chiffres sont là : à Saint-Martin, 9 cas supplémentaires ont été identifiés lors de cette dernière semaine, tous confinés à domicile pendant que Sint Maarten affiche 31 cas supplémentaires, 1 décès et le retour de cas nécessitant une hospitalisation.

Ce point est déterminant, celui de la capacité hospitalière de part et d’autre de l’île qui est particulièrement limitée et dicte donc aux politiques menées et aux décisions prises au Nord comme au Sud de l’île : il faut impérativement éviter que les hôpitaux de Saint-Martin ne soient à saturation. Si la partie française de l’île peut s’appuyer sur les bases arrières guadeloupéennes ou martiniquaises, le coût des évacuations sanitaires ne peut être négligé dans cette complexe équation qu’est la lutte contre la pandémie.

Fracture au sein de l’opinion publique

Ce n’est pas une grande découverte mais le sujet Covid-19 divise profondément notre société et à l’échelle locale aussi, les rangs des sceptiques grossissant au fil des tensions économiques et de la menace que cela engendre sur la vie de celles et ceux qui ne bénéficient pas d’amortisseurs suffisants pour pouvoir continuer à se projeter.

Sans caricaturer à outrance, il est évident que celles et ceux qui bénéficient de la sécurité de l’emploi grâce à la fonction publique, renforcés par ceux que le chômage partiel met à l’abri du danger économique imminent ont beaucoup plus de facilité à accepter les privations de liberté et autres contraintes.

A l’opposé, et c’est beaucoup plus vrai à Sint Maarten qu’à Saint-Martin puisque le Sud de l’île répond à certains canons du libéralisme beaucoup plus drastiques, celles et ceux qui ne bénéficient pas de ces dispositifs d’accompagnement de la crise ou qui ne jouissent pas de la garantie salariale, affichent un scepticisme croissant quant aux mesures imposées de part et d’autre pour lutter contre l’épidémie.

Les aberrations en termes de communication de la part des autorités sont légions depuis le début de la crise, et notamment autour de la pertinence du port du masque ou de l’efficacité de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine, et contribuent largement à ce que le discrédit domine et vienne à bout d’un socle qu’il nous faudrait pourtant continuer à respecter, celui des gestes barrières et de la distanciation sociale.

Cet épisode hors norme, qui marquera l’histoire par les proportions mondiales de la pandémie et par le choc économique et social qui commence à se faire sentir, amène aussi les réseaux sociaux à s’emparer largement dans un esprit très “gilets jaunes” du sujet “privation de liberté”, autoritarisme du gouvernement, racket organisé par l’instauration d’amendes spéciales “Covid-19” etc…

La sphère des complotistes n’est pas en reste avec des théories plus ou moins fumeuses. On notera qu’en la matière, le plus grand lanceur de fakenews n’est autre que Donald Trump lui-même au point que Facebook et Twitter s’imposent désormais une modération de ses interventions.

Pour éviter le crescendo des mesures… le civisme sanitaire doit s’imposer encore

C’est in fine la seule réponse valide à la pandémie, loin des débats des épidémiologistes avérés ou auto-proclamés, loin de la politisation du sujet. Si la société saint-martinoise souhaite apporter une réponse intelligence à la recrudescence des cas, il faut qu’elle se fasse un peu violence et qu’elle se plie aux mesures sanitaires relevant de la bonne volonté et du bon sens.

Force est de constater que la reprise d’activité progressive a aussi rouvert la porte des rassemblements festifs, des lieux bondés et des regroupements et où, non sans un petit côté provoquant ou bravache, port du masque et distanciation se sont effacés pour laisser place à ce qui fait la renommée de la destination :
la fête dans le plus large sens du terme.

Au bilan, jeudi matin à 8 heures était organisé un regroupement spontané devant la préfecture de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin pour sensibiliser les autorités au frein économique que représente le contrôle aux frontières unilatéral réinstauré depuis le 31 juillet 2020 par les autorités françaises et une autre manifestation aura lieu elle au rond point de Bellevue pour des motifs bien plus politiques et identitaires samedi 08 août 2020 à l’initiative de Louis Mussington et de son parti politique, le MJP.

L’évolution des chiffres à venir dictera la nature des mesures qui seront prises localement mais cette évolution repose avant tout sur la capacité de la société à s’adapter à l’épidémie et à respecter ce qui permettrait de juguler sa progression faute de vaccin ou de traitement adapté.

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