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Entre l’actualité liée au PPRN, ses récentes prises de position vis-à-vis des contrôles aux frontières, rumeurs de velléités au sein de la Team gibbs, nous avons souhaité rencontrer le vice-président en charge de l’Aménagement du territoire, du Développement Durable, de l’Urbanisme et du Foncier, Steven Patrick pour faire le point. Nous n’avons pas été déçus du voyage…

Un Sénateur porteur de l’identité saint-martinoise à Paris

Avant même que la question ne lui soit posée, Steven Patrick nous a pris de court en nous annonçant que son actualité du moment était occupée par sa candidature aux élections de septembre 2020 qui ont vocation à déterminer qui représentera la Collectivité de Saint-martin au Palais du Luxembourg, le mandat de Guillaume Arnell arrivant à terme.

Ainsi, alors qu’avant son départ en vacances, le leader de la Team Gibbs a annoncé à son groupe avoir choisi la candidate de la majorité aux Sénatoriales en la personne d’Annick Petrus, vice-présidente en charge du social de l’éducation et de la formation professionnelle, le 4ème vice-président entend proposer une alternative pour le moins originale : celle d’un étendard identitaire assumé et revendicatif sans doute un peu échaudé par le pschittttt de la motion qui aurait dû s’imposer au dernier conseil territorial portant sur la défense d’une part de discrimination positive à l’embauche locale.

En effet, conscient de l’argument de son anglophonie qui lui sera opposé, Steven Patrick affirme vouloir en faire un atout de revendication de l’identité saint-martinoise au Parlement en s’y exprimant un peu en Français pour se conformer surtout en Anglais puisque cela fait partie de l’ADN saint-martinois que le VP n’est jamais le dernier à défendre.

En ce qui concerne le travail parlementaire et législatif dont il a pleinement conscience lui, bien plus que de la rémunération et des avantages en nature, Patrick Steven a d’ores et déjà choisi la pièce maîtresse de son staff avec qui il est déjà habitué à travailler en étroite collaboration, amender la loi organique étant son principal objectif. Rigobert Hol, que l’on a découvert lors de la crise du PPRn puisqu’il animait les Cotechs, serait donc dans l’absolu l’un de ses assistants parlementaires. Le voile n’est pas encore levé sur le reste de son équipe potentielle ni sur son ou sa remplaçante lors de cette élection.

Saint-Martin ne serait évidemment pas le premier territoire de la République à afficher ainsi de fortes revendications identitaires, mais cela s’assume au-delà du discours et/ou de l’image. Cela implique un doigt de responsabilité, une certaine capacité à exercer ses compétences et que soient prises à bras les corps d’autres problématiques plus profondes, linguistiques, culturelles… qui heureusement peuvent faire partie des prérogatives législatives d’un sénateur. 

Impact national : l’image d’une radicalisation du territoire

Au-delà du fait que sa langue de prédilection soit l’anglais, Steven Patrick est réputé localement pour ses positions radicales et parfois musclées. Il n’hésite d’ailleurs pas lui-même à s’affirmer en phase avec certaines positions du parti d’extrême-droite, le Rassemblement national, dans leurs applications locales en tous cas.

Si on se rappelle qu’il était en première ligne des barrages liés au PLU en 2015, le mandat électoral ne semble pas avoir apaisé la fougue du Vice-président puisque lorsqu’interrogé sur sa présence à la mobilisation contre la fermeture des frontières organisée par Louis Mussington samedi dernier, si Steven Patrick nous affirme y avoir participé en tant que citoyen en non en sa qualité d’élu, il affirme aussi qu’à cet égard, sa méthode aurait été différente et consisterait plus à réduire en cendres ces blocages qu’au rassemblement stérile.

Nul doute ainsi, que si le choix des grands électeurs se portait sur Steven Patrick pour représenter Saint-Martin à Paris, les autorités et observateurs nationaux ne pourraient y lire autre chose qu’une radicalisation d’un territoire dont la cohésion sociale n’est que trop mise à mal et la fibre identitaire piétinée, volontairement ou pas, pour espérer que le territoire, son socle historique autant que les adjonctions au fil du temps, ne réagissent pas en se tournant vers les extrêmes, quels qu’ils soient…  

Gros impact local : l’unité de la Team est en grand danger

Il était évident que la candidature imposée par le Président Gibbs, suite à la défection de Franck Viotty, d’Annick Petrus ne plairait pas à tout le monde. Pour autant, la belle solidarité, même si souvent ébréchée, de la Team ne laissait pas présumer d’une deuxième candidature au sein même de la majorité.

Le Vice Président Steven Patrick, avec qui nous avons évoqué cette fragilisation du groupe, est clair à dire que ce n’est pas son objectif et qu’à l’heure actuelle, quel que soit le résultat des sénatoriales, il n’a pas encore envisagé de quitter le groupe.

Que cela soit son objectif ou pas, cette candidature se pose forcément en opposition avec le choix du Président Gibbs fraîchement rentré de métropole hier et les votes du premier tour viendront éclairer la réalité de l’unité du groupe. Si Steven Patrick devait faire plus de 6 voix, la majorité serait très clairement menacée (puisqu’il faut 13 voix pour être majoritaire au Conseil Territorial et que la Team Gibbs en dispose actuellement de 18). Que Steven Patrick devienne sénateur ou pas, ce groupe ne pourrait plus qu’afficher un simili d’unité passablement décrédibilisant très défavorable lorsqu’il s’agit d’envisager les territoriales de 2022.

Ensuite, qu’Annick Petrus soit élue ou que Steven Patrick le soit, il faudra que Président Gibbs se penche sur la redistribution des portefeuilles de celle ou celui qui sera élu(e). Si la Vice Présidente Petrus devait être celle là, social, formation et éducation devraient trouver nouveau preneur. Mais se poserait aussi la question des portefeuilles de Steven Patrick qu’il serait difficile de lui conserver puisqu’il aurait clairement fait acte de sédition en se portant candidat. Par rebond, une petite chasse aux sorcières serait imposée en interne pour savoir qui pourraient bien être les élus qui auraient osé soutenir le vice Président.

Si Steven Patrick devait devenir sénateur, la valse des portefeuilles serait plus simple à gérer mais c’est le siège même du Président qui serait menacé puisque cela signifierait qu’il existe au sein du CT plus de mutins que de fidèles ! Dès lors, la motion de défiance pourrait devenir d’actualité et pour avoir vécu cette période et avoir largement usé de la menace que cela représente, le Président Gibbs sait pertinemment que le ciel au dessus de sa fin de mandature serait particulièrement ombrageux, d’autant plus que de nouvelles candidatures peuvent encore émerger de la majorité ou de son cercle rapproché…

Mais il reste du temps au Président Gibbs pour se pencher sur le sujet, écouter (ou pas) ses spin doctors et tenter de faire en sorte que notre futur(e) représentant(e) au sénat puisse s’enorgueillir d’une appartenance au groupe LR sans laquelle le crédit de celui qui fait toujours partie du Conseil National du grand parti pourrait bien prendre du plomb dans l’aile.

Mélissa NICOLAS-REMBOTTE & Igor REMBOTTE
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