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Qui menace de motion, qui articles de presse alertant sur le risque, qui grincements de dents au sein de la COM et de la majorité, qui appels à la mobilisation sur des ondes radiophoniques, qui déclaration d’intention du Président Gibbs au dernier Conseil territorial… Rien ne semble pouvoir infléchir les choix de recrutement opérés dans le cadre du nécessaire renforcement de l’administration territoriale et le dernier en date, porté à notre connaissance, ne risque pas d’apaiser les esprits déjà largement échauffés tant en interne qu’en externe.

Du personnel pour le CESC

Selon l’Article LO 6323-2 du Code Général des Collectivités Territoriales, “le conseil territorial met à la disposition du conseil économique, social et culturel les moyens nécessaires à son fonctionnement, permettant notamment d’assurer le secrétariat des séances de ce conseil. Le conseil territorial met ses services ou une partie de ceux-ci à la disposition du conseil économique, social et culturel, à titre permanent ou temporaire, notamment pour lui permettre de réaliser des études sur les questions de sa compétence.”

C’est dans ce cadre que la Collectivité a lancé un appel à candidatures interne au mois de mars, puis externe au mois d’avril en vue de recruter un(e) chargé(e) de mission et un(e) directeur (trice) pour le CESC afin d’étoffer une équipe réduite à une seule personne depuis le non-renouvellement du CDD de la Directrice en poste (malgré un engagement écrit de titularisation au bénéfice de la loi Sauvadet qui pourrait bien s’inviter devant les tribunaux sous peu) au mois de mars 2018. Il était donc plus que temps d’accéder à la volonté du Président Julien Gumbs que de disposer d’une équipe (et de locaux) pour pouvoir remplir les missions qui sont dévolues au CESC, à savoir émettre des avis sur la répartition et l’utilisation des crédits de l’Etat destinés à des investissements intéressant la collectivité, sur la préparation du plan d’aménagement et de développement durable de Saint-Martin, ainsi que sur les orientations générales du projet de budget de la collectivité, a minima.

Le résultat de ces appels à candidatures a été soumis au Président Gumbs à la fin du mois de juin et ce dernier a pu choisir entre 2 candidatures pour le poste de chargé de mission et 3 (dans le texte) pour la Direction.

Un directeur venu d’ailleurs

Épiphénomène sans grand intérêt pour les citoyens lambda puisqu’une grande part ignore même jusqu’à l’existence de cet organe consultatif de la Collectivité, le recrutement du Directeur du CESC prend dans notre contexte actuel des proportions particulières amenées à s’aggraver, si l’on en croit notre Billy D national.

En effet, alors que le sujet de la préférence locale à l’embauche est au cœur de l’actualité et titille de plus en plus notre fibre identitaire sans même parler de la capacité d’accueil de notre territoire qui n’est pas extensible à l’infini, au point d’avoir donné naissance à une motion des élus de la majorité demandant à ce que soit mis un coup d’arrêt aux recrutements externes, le prochain directeur du CESC nous arrive du territoire de Belfort, en métropole.

Sans a priori malvenu envers ce fonctionnaire territorial à qui nous souhaitons par ailleurs la bienvenue sur notre Friendly island qu’il connaît déjà pour y avoir séjourné il y a quelques années, l’arrivée de M. Sébastien Culetto au sein de l’administration territoriale risque fort de créer quelques remous supplémentaires sur une mer déjà bien agitée politiquement et socialement. 

Quoiqu’il en soit, ce nouveau choix, à quelques jours de la polémique soulevée autour des recrutements COM, aura au moins le mérite de répondre de manière claire, voire provocatrice, aux récentes questions posées au président Gibbs quant à sa politique de recrutement, à moins que ce dernier n’ait, comme on a pu l’entendre cette semaine, pas son mot à dire sur le sujet…

Daniel Gibbs, le 30 juillet 2020
“La proportion de cadres saint-martinois n’est pas à la hauteur de ce qu’elle devrait être.  A fortiori dans une collectivité dotée de l’autonomie.  C’est une préoccupation du Président et de son équipe, soyez-en assurés. Il nous faut augmenter le nombre et la proportion de cadres saint-martinois.  Au sein de la Collectivité et de ses satellites, bien entendu.”

La position du Président GUMBS

Le président du CESC quant à lui assume ce choix sans hésitation et “sans complexe.” Julien Gumbs dit en effet n’avoir eu aucune difficulté à “privilégier la compétence” au regard des choix qui lui ont été soumis et la lecture du CV de M. Culetto, actuellement directeur général des services de la Communauté de communes entre Arroux, Loire et Somme, est effectivement à cet égard sans appel : Docteur en droit public, ce directeur territorial affirme ainsi avoir “acquis une excellente culture publique territoriale (…) consolidée sur des postes à fort management” et être “doté d’une vision stratégique administrative et politique des besoins de l’Exécutif.“

Sébastien Culetto en préambule de sa thèse Le principe de spécialité des personnes morales de droit public français : “L’exercice du service public et la satisfaction que l’on en attend, supposent une organisation rationnelle des différents acteurs qui sont amenés à y participer.” 

De quoi satisfaire plus que largement les attentes du président Gumbs qui à la question “n’est-ce pas un peu surcoté pour le CESC ?” répond “Qui peut le plus peut le moins.”

En réalité, et il aurait tort de s’en priver, Julien Gumbs espère mettre à profit les nombreuses compétences de son directeur pour se passer du recours aux experts extérieurs, accompagner la montée en compétence des agents en place et favoriser plus d’autosaisines. Et le premier sujet auquel le président et le directeur devraient s’atteler à cet égard devrait être la réorganisation du mode de gouvernance locale avec un projet bicaméral, la transformation des conseils de quartier en personne morale de droit public ou encore l’élargissement du collège des grands électeurs ; tout un programme (électoral ?)…

Un choix subtilement imposé ?

Quoiqu’il en soit, même s’il l’assume avec plaisir et espoir, le président Gumbs ne peut être tenu pour responsable de cette embauche car il n’avait pas réellement d’autre choix.

Premièrement, parmi les trois candidatures qui lui ont été transmises figurait celle du DAF qui n’en était pas vraiment une puisqu’elle se résumait à quelques lignes griffonnées sur une feuille de papier et que ce dernier s’est rapidement rétracté en invoquant avoir subi des pressions.

En outre, les candidatures ont été adressées au président du CESC assortie d’une très subtile annotation : “Comme indiqué lors de notre échange et sans présager du choix final, je me permets d’attirer votre attention sur le fait que statutairement les candidatures internes de fonctionnaires titulaires sont prioritaires par rapport aux candidatures externes.” Or, la candidature de M. Culetto, jouissant d’ores et déjà du statut de fonctionnaire public territorial (mais pas des 40% de vie chère), a pu être estampillée “candidature interne” par la DRH alors que la dernière candidature était une candidature externe ayant déjà subi antérieurement un rejet de la part de la COM, non sans controverse.

Cher, cher recrutement…

Les plus vénaux et/ou réalistes d’entre nous ne manqueront pas de s’interroger sur le coût du recrutement d’un tel profil alors que le président Gibbs se targue d’une gestion maîtrisée des frais de fonctionnement malgré une augmentation des dépenses de personnel à hauteur d’un million d’euros en 2019…

Dans la mesure où le profil du candidat retenu correspond bien plus à celui d’un responsable des affaires générales tel que décrit dans l’appel à candidatures récemment émis par la DGS de la COM et que la charge des affaires du CESC est clairement sous-dimensionnée par rapport au potentiel de M. Culetto, on peut raisonnablement supposer ou suggérer que ce dernier pourrait bien assumer les deux postes. Cela serait presque rassurant en termes de rationalisation de la dépense publique…

Cependant, lorsque l’on constate qu’entre janvier 2019 et avril 2020, la Collectivité n’a pas hésité à débourser la modique somme de 98 459 €uros auprès de son cabinet de recrutement parisien préféré, GC Partenaires, on est en droit de s’interroger sur la réalité des efforts de réduction des coûts d’une part et l’adéquation des fléchages budgétaires à la COM d’autre part.

100 000 euros, cela correspond en effet à la rémunération pendant un an de 2,4 contractuels de catégorie A (à 3500 € hors charges), c’est aussi presque 2 fois moins que la somme allouée au GRETA en 2019… 

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