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Nous sommes à quelques jours de l’anniversaire du passage d’IRMA ; un événement, une date dans l’histoire de Saint- Martin, qui comme pour LUIS, devait être le départ d’un nouveau cycle.

Je n’évoquerai pas la violence du phénomène, ou l’importance des dégâts, mais porterai mon analyse sur la capacité d’organisation, d’anticipation de l’Etat et de la Collectivité, en prenant en compte l’avant et l’après cyclone.

Un territoire fragile et désorganisé

Cette crise est révélatrice de la fragilité du territoire, de sa double insularité, en matière d’équipement, d’infrastructure, mais elle atteste surtout de l’absence d’organisation et de préparation des institutions publiques. Une saison cyclonique se prépare, s’organise et se gère par anticipation. Or, avant le passage d’IRMA, alors que la trajectoire était connue, ni l’Etat, ni la Collectivité n’ont évalué les risques liés au passage de cet ouragan alors que certains d’entre nous avions alerté l’ensemble des autorités sur les risques et les conséquences d’un cyclone violent.

Trois ans après IRMA, les leçons n’ont pas été comprises et si demain Saint-Martin devait à nouveau affronter ce type de phénomène, nous connaîtrions la même situation.

1. Former et informer la population et surtout les néoarrivants

La première mesure porte sur la sensibilisation de la population, ou une information précise, et la nécessité de se préparer avec des consignes basiques que connaît tout habitant des Antilles : réserves d’eau, de nourriture, éclairage de secours, bâches, contreplaqué, trousse de secours, articles de première nécessité, plein de carburant… Il semblerait utile que la Collectivité, dans sa lettre d’information, puisse proposer un guide de préparation aux catastrophes naturelles. Quant à l’organisation et l’anticipation, il me semble que la réalisation d’un poste de commandement et la constitution d’une équipe de gestion de crise pourrait être un des objectifs communs de la Collectivité et de l’Etat, avec l’installation d’un local sécurisé, des moyens opérationnels de communication, de transports, etc… et un organigramme de l’ensemble des services qu’ils soient de la Collectivité ou de l’Etat.

Après le passage d’IRMA, il a existé deux organisations parallèles, une de l’Etat et une de la Collectivité, sans liaison ni communication. L’Etat s’est réfugié dans les locaux de la gendarmerie, la Collectivité dans les locaux de la SEMSAMAR… Il me semble que l’une  des priorités du plan de reconstruction pourrait être la construction d’un local de crise protégé disposant de moyens de communication modernes (en état de marche !). Il n’existe à ce jour aucun local sécurisé susceptible d’accueillir un poste de commandement équipé qui serait activé en cas de séisme, tsunami, etc…

2. Prévenir les pillages et libérer les voies de circulation

La deuxième observation porte sur la gestion immédiate après le passage du cyclone ou du phénomène, qui intègre deux données : la  sécurité et le rétablissement de la circulation. Après LUIS, nous avons pu éviter, ou limiter les pillages par une coordination entre l’Etat et la commune.

Après IRMA, les pillages se sont généralisés sans possibilité d’intervention des forces de l’ordre, en l’absence d’anticipation de ces comportements. Alors qu’il est acquis qu’après le passage d’un ouragan, les tentatives de pillage et de vols sont habituels. Le rétablissement de la circulation et le nettoyage des axes principaux sont donc une priorité absolue.

Avant le passage de LUIS, en accord avec les entreprises, il avait été établi une sectorisation du territoire avec des responsables de quartiers et d’entreprises qui, sur la base de contrats établis, commençaient immédiatement après la fin du cyclone le nettoyage des axes routiers. Après IRMA, nous avons connu une multiplication d’entreprises de nettoyage et une difficile coordination. La Collectivité a-t-elle sectorisé le territoire et, dans l’éventualité d’un cyclone, mis en oeuvre un cadre d’organisation ?

3. Garantir l’accès à l’eau potable

Autre facteur critique, en période de crise cyclonique, la production et l’approvisionnement en eau potable. Saint-Martin a connu cette difficulté avec LUIS et de manière conséquente avec IRMA. L’usine de dessalement dans les deux cas, a subi des dégâts par le vent et les vagues. Si des travaux de confortement ont été effectués en 1995, les mesures de protection supplémentaires ont-elles été mises en oeuvre depuis ? La Collectivité s’est-elle équipée d’un ensemble de réservoirs mobiles susceptibles d’être placés dans les quartiers pour pallier le manque d’eau ? Je pourrais poursuivre ces interrogations et la déclinaison des mesures de protection et de gestion de catastrophes naturelles…

Gérer les médias et refuser le contrevérités !

Mais, en exergue de cette analyse, je pose aussi la question de la gestion politique et administrative de la crise IRMA. Le temps des images nous a placés au centre de l’actualité nationale, insistant plus particulièrement sur les dérives du territoire, quartiers insalubres, habitat indigne, constructions hors normes, etc… Les considérations médiatiques qui visent à meubler le temps d’antenne, plutôt que de prendre en compte la réalité sociale et économique du territoire. Or, à aucun moment, la Collectivité n’a cru devoir informer, démentir, contredire ce type d’information.

Puis, il y a eu les visites présidentielles, ministérielles avec la cohorte des experts et “sachants”, puis les différents protocoles qui devaient définir les contributions de l’Etat, de l’Europe…

Trois ans… en situation postcyclonique

Trois années sont passées, la reconstruction ne s’est pas faite, nous sommes toujours en période post cyclonique et les pages des protocoles ont jauni au soleil des tropiques…

La gestion de la reconstruction publique, comme celle du privé, démontre la faiblesse et l’improvisation de la gouvernance locale dans l’incapacité de négocier, d’établir un rapport de force constructif avec l’Etat, de démontrer sa crédibilité… Et les priorités se sont évaporées avec les brumes du PPRn… Les engagements réels de l’Etat se sont limités à moins de 60 millions d’euros loin des chiffres du protocole et loin des promesses…

Et à méditer en guise de conclusion : “Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt” (Proverbe chinois)

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