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Depuis des mois, le Saint-Martin’s Week a mis en exergue les pratiques particulières de certains entrepreneurs dans le cadre de la reconstruction privée.

Rappel des pratiques

J’avais alerté différents copropriétaires sur les méthodes de négociation et de conclusion des marchés, sur leur contenu qui, à mon avis, relevaient de l’escroquerie : quantités majorées, explosion des prix unitaires, avance de 50% du montant du marché, sans caution bancaire, surfacturation des travaux avec l’aval de certains syndics et autres professionnels du bâtiment… 

Parmi les entreprises en cause, se trouvent le Groupe DELDEVERT, SMR, CDC… La mécanique d’attribution de marché, sans réelle mise en concurrence, est simple : l’entreprise doit s’aligner sur le protocole d’indemnisation validé par l’assurance et vise le plafond de cette indemnisation, sans études préalables. Le démarrage des travaux suppose le versement d’un acompte de 50% du montant du marché, non cautionné ce qui n’existe qu’à Saint-Martin, suit la surfacturation des situations, à tel point que sur certains chantiers, l’entreprise a perçu 80% du montant du marché alors que moins de 40% des travaux étaient réalisés, sans prendre en compte les malfaçons, etc…

Puis, le temps de négociations et procédures

Pire, est venu, après quelques mois de discussions inutiles, le temps des procédures et des expertises qui ont globalement confirmé nos estimations et proposaient le reversement des avances ou situations trop perçues. 

Mais tout cela n’est que procédure. Entre temps, les dirigeants de certaines entreprises se sont évaporés ou ont organisé leur insolvabilité… avec comme résultat la liquidation  de l’entreprise en cause.

La dernière en date a été prononcée le 12 septembre 2020, pour le Groupe DELDEVERT dont le gérant n’était autre que Monsieur Mario DI PALMA… l’éternel investisseur à Saint-Martin, signant des compromis de vente sans jamais les réaliser, activant ou créant différentes sociétés.

Ce n’est pas faute d’avoir prévenu…

En relisant les anciens numéros du Saint-Martin’s Week, vous trouverez la filiation de ses différentes sociétés : DELDEVERT, OMNIGATE, HURRIKANE, etc… La pieuvre est large et explicite, le recours aux prêtes noms est d’usage.

Les  conséquences de la liquidation du Groupe DELDEVERT, comme les autres, sont particulièrement graves pour les copropriétaires, à savoir aucune reprise de chantier, les immeubles restant en l’état, les sommes versées en trop ne pourront être récupérées. 

Comble de l’ironie, il n’est pas impossible que le liquidateur nommé dans le cadre de la procédure se retourne contre les propriétaires pour réclamer le versement des situations de travaux émises. Cela signifie aussi que les copropriétaires ont perdu une grande partie de l’indemnisation et s’ils veulent terminer le chantier, ils devront apporter un complément de financement significatif. 

A travers différents documents et à l’analyse de certains marchés, j’ai estimé le préjudice réel, en se référant à plusieurs chantiers, la surfacturation entre 8 et 10 millions d’euros, uniquement pour le groupe et ses satellites. En clair, et pour être précis, ce pactole s’est évaporé à travers différentes filières et territoires, passant par Anguilla, Cuba, Turk et Caicos, voire le Québec, sans que cela interpelle quiconque… 

Il est évident que ces transferts étaient parfaitement justifiés sur le papier puisqu’ils correspondaient à l’achat d’équipement, de matériel, de matériaux, d’ingénierie, de prestations diverses !!! 

Il faut souligner qu’en matière d’évaporation tropicale, le Groupe DELDEVERT ne détient pas le monopole. D’autres sociétés suivent le même chemin, SMR, CDC (Caraïbes Developpement Construction). Dans le cadre de la société CDC, une partie de la marge a selon toute vraissemblance été exfiltrée sur la banque islamique du QATAR, chemin plus long que celui emprunté par DI PALMA.

Cette spoliation des copropriétaires n’est pas le fait d’un dirigeant mais suppose une organisation et il devient légitime de s’interroger sur la perspicacité de certains gestionnaires et professionnels qui devront répondre à la mise en cause légitime des propriétaires et faire face à leur responsabilité.

On aurait pu…

Mais, au delà de ces considérations, la reconstruction privée, voire publique, pouvait être une opportunité forte de consolider les entreprises locales, structurer et bâtir un tissu économique plus dense. 

Les investissement réalisés et l’importance des flux financiers n’ont que trop peu profité à l’économie locale, à part pour quelques entreprises en position de quasi trust, même en terme d’emploi et de formation, mais cela relève d’un autre débat. 

Les copropriétés sont aujourd’hui encore sinistrées, non par la violence du cyclone, mais par la prévarication d’un certain nombre d’entreprises et d’affairistes.

Les victimes sont les propriétaires, les familles, qui ont voulu se constituer un patrimoine, ou simplement devenir propriétaire de leur logement.

Ils doivent désormais trouver les ressources pour assurer la reconstruction de leur patrimoine. Ils auront quelques difficultés à récupérer la surfacturation, sauf à revendre les squelettes des échafaudages qui ornent les chantiers abandonnés… 

Triste fin de spectacle que nous avions, malheureusement, annoncée, prévue, dans nos différents articles.

Les chiens aboient… la caravane passe

Cet éditorial, comme les autres, me vaudra quelques menaces de procès en diffamation que j’appelle de tous mes vœux, mais sans doute aussi quelques menaces physiques.

Mais plus que jamais et face au désarroi moral, social et économique de nos concitoyens, j’ai le devoir d’informer pour que de tels comportements ne puissent se reproduire. 

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