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Le dépôt des candidatures clos le vendredi 11 septembre, la préfecture a arrêté le 14 septembre quatre candidatures à l’élection sénatoriale qui se tiendra le 27 septembre prochain avec, par ordre d’arrivée : Annick Petrus, Guillaume Arnell, Marthe January-Ogoundele-Tessi et Erwan Trotel.

Les forces en présence

Quatre, c’est moins que lors du scrutin de 2014 qui avait rassemblé 7 candidatures, mais plus qu’à Saint Barth où l’unique candidate, la LR Micheline Jacques dont la candidature avait été annoncée dès septembre 2019 et est soutenue par Bruno Magras, devrait sans entraves succéder à Michel Magras.

A Saint-Martin, l’exercice sera un peu plus compliqué pour les grands électeurs même si on peut ramener le choix qui leur est réellement donné à 3, la candidature Trotel – Duputié relevant plus de la participation à une mise en scène d’envergure pour ces professionnels du théâtre.

Quoiqu’il en soit, les candidatures saint-martinoises affichent une parfaite parité, ce qui devrait ravir le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes qui en 2017 tirait la sonnette d’alarme quant à la faible représentation des femmes au Sénat. 

On pourra aussi noter que l’Education nationale est un formidable vivier de forces politiques puisque sur les 8 candidats présents, remplaçants inclus, 4 sont issus du corps enseignant. L’art et la culture sont à peine moins bien représentés puisque, outre les 2 professionnels du théatre, le remplaçant d’Annick Petrus peut s’enorgueillir d’une expérience assez significative dans le Rap.

Enfin, même sans trop préjuger du résultat, avec 3 candidatures estampillées LR, les îles du Nord devraient à l’issue du scrutin s’inscrire une fois de plus en marge de la majorité présidentielle, même si en phase avec celle qui devrait perdurer au Sénat.

Annick Petrus, la candidate de la majorité… Really ?

Annick Pétrus, Avril 2017, le 97150 : “J’ai alors approché l’Union pour la Démocratie (U.D.) dont l’organisation et la rigueur de travail m’attiraient. J’ai tout de suite mis les choses au clair en annonçant : Je suis une femme de sensibilité politique à gauche.”

Première candidate annoncée, la vice-présidente en charge du social, de l’éducation et de la formation professionnelle a annoncé haut et fort sa candidature dès le lendemain du désistement de Frank Viotty, candidat pressenti de la Team Gibbs, et mène depuis une campagne médiatique digne d’élections locales avec comme point d’orgue la création d’un Service Territorial d’Incendie et de Secours à Saint-Martin (pour lequel la procédure administrative est par ailleurs d’ores et déjà lancée en interne).

Issue de la majorité Team Gibbs 2017, et bien qu’ayant souvent fait cavalier seul au sein de ce groupe s’opposant même parfois à la volonté présidentielle, Madame Pétrus affirme dans ce cadre avoir le “soutien du président Gibbs” mais celui-ci ne l’a à ce jour pas encore assumé ni de manière officielle ni dans les rangs de l’UD, d’après nos informations.

Pour autant, c’est bien sous l’étiquette chère à Daniel Gibbs, Les Républicains, qu’Annick Petrus a choisi de se présenter à ses élections, elle qui se revendiquait encore, en d’autres colonnes, être “une femme de sensibilité politique à gauche” en 2017, et qui figurait en 2012 en numéro 5 sur la liste du MAP menée par le socialiste Louis Mussington dont elle a aussi été la suppléante aux législatives de la même année… De quoi laisser pantois plus d’un et brouiller un peu plus les cartes du jeu électoral local. 

Quoiqu’il en soit, si malgré certaines prises de positions passées divergentes au sein de son groupe, Annick Petrus remportait son adhésion le 27, il lui restera à passer l’étape judiciaire de janvier 2021 puisqu’elle reste poursuivie pour délit de favoritisme, avant de pouvoir exercer pleinement quelque prérogative sénatoriale.  

Marthe Ogoundélé-Tessi ? Joker…

Marthe Ogoundélé Tessi, juin 2017, Le Pélican :
“La politique n’est pas un statut mais une mission dont il faut se montrer digne pour laquelle on doit agir avec honnêteté et dans la transparence. (…) Sur l’échiquier politique national, je me situe au centre.”

Autre candidate étiquetée Les Républicains, Marthe Ogoundélé-Tessi est, elle, sur le papier issue de l’opposition puisqu’élue au Conseil territorial sur la liste du MJP de Louis Mussington. Or, depuis le début de son mandat, elle n’entretient aucune relation de travail ou autre avec ses autres membres et vote plus volontiers en faveur de Daniel Gibbs avec qui elle a partagé des fonctions exécutives en 2001 sous Albert Fleming et en 2007 sous Louis-Constant Fleming.

Si depuis, Marthe Ogoundélé a écumé (en 2012) d’autres mouvances politiques locales telles que Génération solidaire de Louis Jeffry ou Saint-Martin pour tous de Jean-Paul Fischer avant de se revendiquer En Marche (comme presque tous les autres) en sa qualité de candidate MJP aux législatives de 2017, l’ex-élue UMP entend aujourd’hui incarner “une stabilité politique et organisationnelle pour Saint Martin”, stabilité qu’une élection de la VP Pétrus mettrait évidemment à mal puisqu’il faudrait redistribuer ses portefeuilles

Vraie alternative dans cette élection”, selon ses propres mots, MOT devrait pouvoir bénéficier des voix des anti-Petrus au sein de la majorité puisque l’autre candidat annoncé TG 2017, Steven Patrick, n’aura pu mener ses velléités sénatoriales à terme, faute de remplaçante acceptable pour sa Team.

Un élu de la majorité a ainsi d’ores et déjà affiché ce qui ressemble à son choix de vote sur sa page Facebook en faveur de MOT dont il se murmure en outre qu’elle bénéficie d’un accord occulte avec le Président Gibbs qui devrait se matérialiser dans le choix de son assistante parlementaire notamment…

Guillaume Arnell, droit dans ses bottes

Le sénateur sortant, quant à lui,  avait annoncé dès le début de l’année solliciter le renouvellement de son mandat. Il se présente donc sous son étiquette historique “Divers gauche” et en compagnie de Kathy Africa engagée de longue date à ses côtés et qui figurait sur la liste Continuons pour Saint-Martin menée par feue Aline Hanson aux territoriales de 2017.

Un modèle de constance et de cohérence dont l’échiquier politique saint-martinois est peu coutumier mais qui, même adossé à un bilan dont le sénateur est fier, ne devrait pas suffire à faire réélire l’homme puisqu’il ne bénéficie pas du soutien de la majorité avec qui il n’a entretenu aucune relation de travail durant son mandat.

Sauf si… par défaut, certains membres de la majorité préféraient lui allouer leur voix plutôt que de participer au duel féminin qui se profile en eaux troubles…

Les pronostics sont ouverts

Face au choix proposé aux grands électeurs, il ne serait pas hérétique que la prochaine représentation sénatoriale de Saint-Martin soit au final incarnée par Marthe Ogoundélé-Tessi, la conseillère territoriale pourtant la plus isolée de l’hémicycle. 

On se demande dès lors qui serait le plus satisfait de ce pied de nez : le Sénateur Louis-Constant Fleming de voir deux de ses ex-ouailles, vice-présidentes UP et UMP en 2007, aujourd’hui parlementaires LR grâce à Daniel Gibbs qui s’est pourtant donné la plus grande peine à “divorcer” de son mentor en 2010 ou Jean-Paul Fischer de voir un autre de ses “bébés” enrichir, après Hervé Dorvil, Frank Viotty, Yawo Nyuiadzi, le proche cercle de Daniel Gibbs, son meilleur ennemi.

Quoiqu’il en soit, et quel qu’en soit le résultat, ces élections et leur préparation, préfiguratrices des très prochaines territoriales, posent certains indicateurs sans pour autant laisser émerger de nouvelle tête ou de réelle alternative. On pourrait d’ailleurs à cet égard regretter que la Team Gibbs n’ait su trouver au sein de son parti, l’Union pour la Démocratie, pourtant riche de forces vives et non des moindres, un ou une candidate qui aurait au moins eu le mérite de ne pas déstabiliser l’équilibre du conseil territorial. 

En attendant, il reste une inconnue pour le scrutin du 27 : la capacité à voter d’Alain Gros Désormeaux, remplaçant de Ramona Connor qui sera déclarée démissionnaire d’office au conseil territorial du 24, les délais pour remplir les formalités administratives afférentes (contrôle de légalité, inscription sur la liste électorale, publication) étant particulièrement courtes.


VERS LA FIN DU RDSE AU SÉNAT ?
Le Rassemblement Démocratique et Social Européen (RDSE) est le groupe politique auquel est rattaché notre sénateur sortant, Guillaume Arnell. Composé principalement de membres de la famille des radicaux, de centre-gauche, et dans une moindre mesure de centre-droit, le RDSE peut se targuer d’être le plus ancien groupe encore en activité au Parlement tout en accordant à ses membres une liberté totale de vote et d’expression transpartisane, ce qui confère un certain confort.
Les élections sénatoriales du 27 septembre prochain sont à haut risque pour lui puisque sur ses 24 membres, 14 mandats sont remis en jeu alors que pour exister, un groupe doit réunir au minimum dix sénateurs. Or, parmi ces 14, 3 ont décidé de ne pas rempiler, 2 devraient rejoindre le groupe écologiste qui renaît de ses cendres et en ce qui concerne le sénateur de Saint-Martin, “C’est compliqué car il n’est pas dans la majorité du conseil territorial “ admet le président du groupe, Jean-Claude Requier.
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