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La démocratie représentative est le régime politique dans lequel la souveraineté appartient au peuple qui exerce le pouvoir par le biais de ses représentants. Afin d’exercer ce pouvoir, l’information des citoyens est nécessaire et fondamentale. La démocratie suppose donc la transparence mais elle n’est pas toujours naturelle ou de mise et les abus, dérives ou débordements sont assez fréquents, cela n’a rien d’un scoop.

C’est là que les médias, ou que certains médias, trouvent toute leur légitimité et leur importance dans le système démocratique. Et c’est vrai que le St Martin’s Week parvient très régulièrement à obtenir des informations que beaucoup auraient aimé voir rester dans l’ombre au bénéfice des petites soupes internes ou des grands arrangements entre amis. Cette volonté d’apporter de la transparence n’est malheureusement pas toujours partagée par le pouvoir politique et administratif qui redouble d’efforts pour que les canaux qui nous informent se tarissent.

Or, si l’information émanait avec naturel de la voie officielle, elle serait maîtrisée par ceux qui sont censés être des professionnels de la communication publique, mais la directive de la COM est un peu plus complexe : aucune réponse avant accord du Cabinet… comme si tout ce qui se passe au sein de l’édifice politico-administratif n’avait pas besoin d’être mis en lumière, comme si la vie dans la maison du peuple devait lui rester inaccessible.

C’est un peu dans ce contexte que le Président Gibbs semble vouloir à chaque Conseil Territorial et de façon de plus en plus marquée évoquer “une certaine presse d’opposition” ou “les commentateurs en chaise longue”, ceux qui observent mais n’agissent pas… mais occupent quand même beaucoup d’espace visiblement chez ceux qui sont censés agir, dans la majorité comme dans l’opposition… les commentaires ne doivent pas être complètement dénués d’intérêt visiblement.

Une certaine presse d’opposition ?

La liberté du Saint-Martin’s Week, nous la devons avant tout à nos annonceurs, à nos abonnés et à un fonctionnement très peu dispendieux… Point de subvention publique qu’elle soit locale ou nationale, point de fonds européens et aucun “marché public” avec la Collectivité que nous remercions néanmoins de nous intégrer encore à leurs plans médias.

Puisque nous ne sommes pas dépendants de fonds publics, notre ligne éditoriale n’est pas bridée par crainte de mordre la main qui nous nourrirait… L’analyse des dépenses de la Collectivité ou des choix de subventions aux associations ne permet pas d’étendre ce principe à tous les médias locaux malheureusement.

De là à devenir un journal d’opposition, il n’y a qu’un pas que le Président se plaît à prendre de plus en plus fréquemment.

Dans les faits, le St Martin’s Week depuis novembre 2016, c’est à dire avant cette mandature, tout comme ceux qui l’animent et dont le parcours saint-martinois est bien plus ancien, a à cœur autre chose que la critique inconstructive d’une société que tout le monde s’accorde à considérer comme imparfaite. Que Pierre, Paul ou Jacques dicte au territoire par la volonté du peuple n’a en fait pas grande incidence sur le travail d’une certaine presse non muselée par l’accès aux fonds publics et ce travail reste avant tout celui de se poser en lanceur d’alerte vis à vis de nos lecteurs naturellement et dont sont, en premier lieu ou presque, ceux qui nous gouvernent. Très régulièrement, le St Martin’s Week évoque des sujets qui ne sont même pas encore d’actualité pour qu’effectivement ils puissent être travaillés par celles et ceux qui en ont la responsabilité de façon à ce qu’ils ne se transforment pas en nouvel incendie que devraient juguler nos élus ou notre administration. Sur le sujet notons que certains brasiers sont aussi alimentés et/ou maintenus dormant à des fins électoralistes au détriment du territoire et de sa population bien souvent.

En ce sens, et certainement parce que cela nous flatte un égo qui n’est pas une exclusivité présidentielle, nous prenons toujours plaisir à voir que certains sujets passent de nos colonnes à la réalité politique ou administrative ou voient leur trajectoire modifiée pour éviter le mur, dans ces cas là et ils sont assez réguliers, nous avons la sensation d’avoir “fait le job” au bénéfice du territoire et de ses administrés.

En d’autres termes, si le St Martin’s Week devait devenir un journal partisan, beaucoup des informations dont nous disposons trouveraient leur place dans ces colonnes, informations répondant aux canons du scoop et de la déstabilisation, mais puisque ce n’est pas notre vocation ces informations non constructives au sens de l’intérêt général ne font l’objet d’aucun traitement… heureusement ! Cela déçoit forcément une part de nos lecteurs plus jusqu’au boutistes que nous et animés par d’autres choses que la construction globale d’un territoire à la dérive, des chasseurs de têtes qui savent que nous disposons de quelques cartouches, de ceux qui aiment à révéler le montant des feuilles d’impôts, à décortiquer les déclarations de patrimoine, d’intérêts ou de revenus complètement fantasques et pourtant admises par la HATVP.

Les commentateurs en chaise longue

L’allégorie de la chaise longue, si elle est choisie pour nous faire passer pour des oisifs improductifs, se résume plutôt dans la réalité et hors nécessité de verbiage politique, à des heures d’échanges, d’autres heures de recherche généralement sur des sièges inconfortables et pour une rémunération assez ingrate, une prise de risques assez lourde et des inimitiés croissantes.

Qu’importe, on ne peut plaire à tout le monde, ça c’est le boulot du politique en période de campagne que de servir une soupe démagogique dont il espère nourrir le plus grand nombre. Notre rôle à nous est de faire en sorte que le citoyen ne se jette pas sans filtre sur ces grandes soupes populaires et aussi de témoigner de certaines ambiances émanant de la réalité économique et sociale du territoire, réalité dont semblent s’éloigner outrageusement celles et ceux qui pourtant en sont les représentants.

Au delà de n’user ou de n’abuser d’aucun fonds public, nous sommes donc  loin des sièges inclinables de la première classe, des canapés douillets des hôtels de luxe, des chaises des grands restaurants ou des fauteuils des assemblées qui se doivent de refléter à tous les niveaux du confort des Ors de la République qui caractérisent les lieux de pouvoir au motif qu’ils sont aussi le reflet de la grandeur de la France.

Lorsque l’élu désigne le média… l’idiot regarde le doigt

Cibler la presse lorsque certains sujets incommodent l’exécutif ou les élus plus globalement n’est pas une pratique nouvelle, le meilleur d’entre eux actuellement étant sans conteste le président américain, Donald Trump. Combien de médias ont subi les affres de ceux dont le nom et les pratiques sont venus noircir le papier ?

Naturellement, et la période est propice au phénomène, les médias en général sont aussi largement discrédités par une part croissante de la population en ce qu’ils ne deviendraient que les vecteurs de la pensée unique, qu’elle soit posée par Paris, les groupes pharmaceutiques, les lobbys industriels ou autre… Flaubert disait que “La presse est une école d’abrutissement parce qu’elle dispense de penser.”

C’est certainement vrai pour certaines grosses machines dépendantes de subventions et qui malheureusement dominent l’espace, mais encore une fois, ce n’est pas notre cas. Le St Martin’s Week est au contraire pourvoyeur de sujets qui amènent à penser et c’est bien le sens des retours que nous avons de nos lecteurs.

S’il nous arrive évidemment d’être imparfaits dans le traitement des sujets, si certaines sources peuvent s’avérer d’une fiabilité relative, personne ne cloisonne nos articles, pas même entre nous, et il n’est pas rare de voir en nos colonnes des papiers de rédacteurs différents et aux points de vue différents… vive la pluralité tant qu’elle n’est pas diffamatoire, grossière et qu’elle enrichit un sujet, qu’elle nourrit le débat d’idées.

C’est une superbe plus value pour un territoire que de disposer de médias qui osent, c’est une plus value que devraient mettre à profit les gouvernants pour “prévoir”, anticiper, planifier plutôt que d’être réduits au statut de pompiers, parfois pyromanes, et à une gestion au quotidien des urgences locales qui n’existent que faute d’avoir été anticipées pour la plupart, instrumentalisées pour d’autres. Au lieu de cela, on assiste à notre niveau au déploiement d’une certaine débauche d’énergie pour que le secret des alcôves restent bien préservé, à mille lieues de ce que la démocratie suppose et que nous avait promis la Team Gibbs en début de mandature : la transparence. Faute de cette volonté de transparence réelle, et au regard même d’une certaine volonté de préserver ou de construire l’opacité, certaines positions de l’Etat ou de la Collectivité sont incompréhensibles du citoyen et ouvrent la porte aux doutes (parfois très avérés !), aux suppositions et à toutes les thèses conspirationnistes au détriment de la réalité ou de la raison.

Pour le philosophe Jürgen Habermas, les médias sont indispensables au bon fonctionnement d’une démocratie, ils ont une double responsabilité : être les médiateurs des citoyens envers le pouvoir politique, et les modérateurs du débat public.

Sur cette base, et tant que nous pouvons prétendre vivre en démocratie, une certaine presse animée par ses commentateurs en chaise longue continuera, puisque c’est son rôle, à s’engager et à tenter d’apporter de la transparence dans le fonctionnement et les prises de décisions opaques et tortueuses d’une gouvernance qui l’a pourtant promise et a tant oeuvré pour endosser cette belle responsabilité : faire tourner le pays et assumer notre part d’autonomie… et c’est tout ce que le St Martin’s Week lui souhaite de parvenir à faire.

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