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La crise sanitaire liée à la COVID-19, la mise en place de la continuité pédagogique avec la fermeture des établissements scolaires, amènent tout citoyen, tout parent (oserais-je dire «même à Saint-Martin» ?) à s’interroger, sur la nature de la transformation en cours de l’enseignement, du fait de l’impact sans cesse grandissant du numérique dans l’éducation de nos enfants.

Le confinement, un challenge pour la communauté éducative

A Saint-Martin, comme au niveau national, le passage rapide, massif et souvent subi à des modalités de travail à distance et hybrides (présence et distance), a mis en relief des processus ou des réalités très variables selon les lieux et les personnes. Ainsi, l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, qu’ils soient élèves, professeurs, parents d’élèves, agents ou personnels d’encadrement et tous les autres acteurs de l’éducation, à dû répondre à de nouvelles attentes et relever de nouveaux défis.

Conscients de l’impact de la crise sanitaire sur la continuité de l’école à Saint-Martin, nous alertions déjà, dans notre édition du 11 mai dernier, sur les limites de l’enseignement dématérialisé dans notre contexte saint-martinois. Nous nous étions fait l’écho, à cette occasion, des difficultés qu’avaient rencontré de nombreux élèves à se connecter à internet mais aussi sur le fait que beaucoup d’entre eux ne disposaient pas du matériel adéquat pour que cela puisse fonctionner.

Pourtant, face une crise sanitaire qui continue de perturber notre vie au quotidien et dans le contexte d’une rentrée scolaire pour le moins tumultueuse, la question qui est posée est “que fait l’Education Nationale à Saint-Martin pour que le télé-enseignement ne se solde pas, dans le cadre d’un possible re confinement, par un échec cuisant et de grosses lacunes pour les enfants ne disposant pas de moyens suffisants, comme constaté à l’occasion du premier ?”

Car, il n’est un secret pour personne au sein de la communauté scolaire et au-delà que les équipes pédagogiques se sont heurtées très vite au manque de maîtrise de l’outil numérique par les élèves, ou encore aux restrictions d’accès à internet dans certaines familles. Du côté des enseignants, beaucoup n’étaient pas préparés à travailler en tout numérique, par manque de formation.

Que dire des familles des élèves très éloignées au quotidien de l’univers du numérique ? Car, entre les parents qui ne savent pas utiliser leurs tablettes, ceux sans adresse mail ou sans connexion internet, pas simple d’aller sur les plateformes de l’Education Nationale ou de faires les demandes de bourses ou d’affectation….

Alors que la lutte contre le décrochage scolaire est un enjeu essentiel pour le maintien d’une certaine cohésion sociale au sein de notre société insulaire, vous en conviendrez, bien mise à mal ces derniers temps, la politique en la matière semble inexistante. Les situations de décrochage et d’illettrisme observées s’amplifient et font la joie des fichiers Excel et autres tableaux de bords…

Des générations qui viendront grossir la part des 15 à 25 ans (que l’on estime à plus de 4 000 personnes) sans diplôme qui s’élève à 35 %, auxquels il convient d’ajouter plus d’un millier de «jeunes actifs» à la recherche d’un emploi.

Les Etats généraux du numérique pour des solutions concertées

Les équipes de Monsieur Blanquer et du Ministère, elles, semblent avoir pris la mesure des enjeux en convoquant le tenue d’Etats Généraux du numérique pour l’Éducation, qui doivent avoir lieu les 4 et 5 Novembre 2020 à Poitiers.

Il a donc été demandé aux différents rectorats de France et bien sûr d’outre-mer, dans le courant du mois d’octobre, d’organiser des états généraux du numérique, afin de “débattre et de formuler des propositions concrètes sur ces enjeux. La participation de tous est importante, condition sine qua non pour que les mesures qui seront prises in fine soient en adéquation avec les retours d’expériences du terrain. Les états généraux du numérique ont pour objectif de valoriser et de partager les expériences et les initiatives innovantes conduites dans votre territoire au cours des derniers mois dans le cadre d’une démarche ouverte et participative.”

Localement, Saint-Martin faisant partie (encore, dans l’attente de l’action promise de notre nouvelle sénatrice…) de la région académique Guadeloupe, c’est donc vers ce rectorat que nous devons nous tourner pour mesurer l’implication de notre territoire dans cette démarche nationale. Et, à cet égard, Madame la rectrice, Christine Gangloff-Ziegler, avait même pris un peu d’avance sur le calendrier national puisque les Etats généraux du numérique pour l’éducation (EGN-G) ont été lancés en région académique Guadeloupe dès le 17 septembre.

Les personnels sont, depuis et jusqu’au 15 octobre, “invités à nourrir une réflexion dynamique et proposer des perspectives innovantes et partagées” autour de 5 axes distincts :

  • Égal accès au numérique pour tous,
  • Enseigner et apprendre avec le numérique,
  • Culture numérique professionnelle commune,
  • Un numérique responsable et souverain,
  • Gouvernance et anticipation.

Tout un programme…

Une journée pédagogique sur la classe inversée en mode hybride et synchrone avec les Îles du Nord a déjà eu lieu le 7 octobre autour de la formation aux nouvelles modalités d’organisation de l’apprentissage des pédagogies actives. Le prochain rendez-vous est fixé au 15 octobre pour une plénière et des ateliers, toujours “en mode hybride et synchrone avec les Îles du Nord.”

Si l’on ne peut que saluer l’initiative et la bonne prise en main des directives nationales par le rectorat de Guadeloupe, qui répondent de plus à un véritable besoin identifié, on peut toutefois regretter le caractère intimiste de l’organisation et le manque de communication autour de l’évènement.

En effet, si les personnels et parents d’élèves sont, dans le principe, invités à nourrir la réflexion commune en s’inscrivant sur le site dédié, très peu d’entre eux semblent informés, sans même parler des autres acteurs socio-éducatifs et associatifs qui auraient pourtant beaucoup d’eau à apporter au moulin du besoin de numérisation de notre société…

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