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A quelques jours des vacances de la Toussaint, les annonces du Président de la République de ce jeudi 14 étaient très attendues, la dégradation de la situation sanitaire rabâchée à longueur de journée brandissant le spectre du reconfinement. 

Déclaration de l’état d’urgence

Létat d’urgence sanitaire, dont le régime est déterminé par les articles L. 3131-12 et suivants du code de la santé publique, a été déclaré en matinée lors du conseil des ministres du 14 octobre, sur l’ensemble du territoire national à partir du 17 octobre 2020 à 0 heure.

Pour mémoire, la déclaration de l’état d’urgence sanitaire autorise le Premier ministre à prendre par décret des mesures limitant la liberté d’aller et venir, la liberté d’entreprendre et la liberté de réunion ; des mesures de réquisition de tous biens et services nécessaires pour mettre fin à la catastrophe sanitaire et des mesures temporaires de contrôle des prix.

Le ministre en charge de la santé a en outre le pouvoir de prescrire par arrêté motivé toutes les autres mesures qui s’inscrivent dans le cadre défini par le Premier ministre et ce régime permet également aux préfets des zones concernées d’imposer des restrictions supplémentaires.

Principe de sécurité face à un système hospitalier sous pression ou porte ouverte au reconfinement localisé, l’état d’urgence sanitaire est actuellement prévu pour au moins quatre semaines, délai exigé par la loi mais le Président Macron a indiqué sa volonté de l’étendre jusqu’au 1er décembre, sous réserve de l’autorisation du Parlement.

Tous Français mais pas tous égaux face à la COVID

En attendant, et ce fut la principale annonce de l’interview du président de la République, l’exécutif a donc décidé, sur la base de cet état d’urgence, de la mise en place d’un couvre-feu entre 21h00 et 6h00 en île de France et dans 8 métropoles où le virus circule très activement (Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Étienne et Toulouse). 

Pour tous, partout et en tous temps, le port du masque est par ailleurs recommandé y compris dans la sphère privée, tout comme le télétravail autant que possible.

En ce qui concerne les rassemblements, le Gouvernement vient d’enrichir le vocabulaire dédié à la crise sanitaire d’un nouveau terme : la règle des 6 qui n’est pas une nouveauté puisque déjà en vigueur, à Paris, Marseille et en Guadeloupe depuis le 5 octobre, et en Angleterre depuis le 14 septembre. Cette règle s’applique partout en France, quelle que soit la zone concernée et impose de ne pas être plus de 6 personnes rassemblées dans la sphère privée que ce soit au domicile ou au restaurant.

Dans le pur respect de la tradition française, comme une méthode pour mieux faire passer la pilule, ces restrictions s’appuient évidemment sur une série de mesures dites d’accompagnement telles que le renforcement des dispositifs de chômage partiel et de soutien aux entreprises (Fonds de solidarité, PGE..). En ce qui concerne les particuliers, le président a annoncé une aide supplémentaire pour les bénéficiaires des minimas sociaux de l’ordre de 150 euros avec 100 euros de plus par enfant pour les bénéficiaires du RSA et des APL pendant 6 semaines.

En passant, COVID, confinement, arrêt de l’économie… tout ce qui alimente les pires cauchemars de la majorité des entrepreneurs, commence décidément sur certains pans à ressembler à une belle affaire pour les allocataires des minimas sociaux, après l’aide exceptionnelle post confinement, la revalorisation de la prime de rentrée scolaire, bientôt la prime de Noël (?) mais… c’est un autre débat.

Situation contrastée en Outre-mer

En attendant la déclinaison de l’état d’urgence sur nos territoires, force est de constater que la situation est bien trop hétéroclite en Outre-mer pour pouvoir faire l’objet de décisions uniformisées.

Ainsi, si la Nouvelle-Calédonie peut encore se targuer d’avoir échappé à l’épidémie avec seulement une vingtaine de cas décomptés depuis le début de la crise grâce notamment à des mesures très strictes d’entrée et de sortie du territoire maintenues jusqu’en mars 2021, la recrudescence des cas devient alarmante en Martinique qui, de fait, monte sous l’impulsion du Préfet dans le train du couvre-feu généralisé.

A contrario, la situation en en nette amélioration en Guyane depuis plusieurs semaines, au point d’être érigée en exemple par le Président Macron lors de son allocution de jeudi et par des chercheurs de l’Institut Pasteur, du CNRS et de l’Inserm.  

De même, si la Guadeloupe reste au-dessus du seuil d’alerte, les autorités se félicitent d’une stabilisation rassurante sur le territoire où les mesures préventives préfectorales restent tout de même en vigueur jusqu’à 3 novembre, d’autant plus que ces bons résultats sont à relativiser puisqu’étroitement liés à une baisse concomitante du nombre de tests réalisés… 

A Saint-Martin, prière de compter sur… nous-mêmes (enfin, certains d’entre nous…)

A Saint-Martin, au-delà du sentiment d’exclusion des dispositifs, calculs, et plus globalement du viseur, nationaux auquel nous sommes habitués, nous sommes en droit d’être quelque peu dubitatifs, voire carrément méfiants quant à la parole publique, par ailleurs sans cesse mise à mal par de prolixes experts autoproclamés, sur les réseaux sociaux en particulier.

La faute à une communication officielle erratique, asynchrone et parfois même contradictoire qui peine à tracer une ligne claire et transversale qui conjuguerait à la fois notre représentation locale, notre double insularité, notre transfrontaliarité, notre inclusion dans le territoire de santé de la Guadeloupe, et, jusqu’à nouvel ordre, notre appartenance à la République française.

Ainsi par exemple, tandis que le président Macron se félicite au national de la stabilisation de la situation en Guadeloupe, l’ARS nous alerte sur la dégradation de notre situation locale, pile poil dans le délai de 3 semaines redouté par l’ARS après la fin des contrôles aux frontières obtenue au forceps, et le risque d’aggravation dans les jours et semaines à venir… Et pour qui souhaiterait jauger de l’extérieur, notons que Saint-Martin n’existe évidemment pas sur la carte de coloriage des zones du Ministère de la Santé. 

Mais ce phénomène, la difficulté faute d’une ligne claire et harmonieuse à obtenir l’assentiment d’une population de plus en plus rétive, n’est pas propre à Saint-Martin, la situation est inédite à un niveau mondial et les autorités apprennent et tentent de s’adapter à la lumière d’indicateurs fluctuant à une vitesse que l’inertie technico-politico-administrative française n’avait pas prévu.

Que nous reste-t-il dès lors, à nous citoyens perchés sur une corde de l’acceptabilité de plus en plus tendue, non seulement pour nous protéger mais aussi pour ne pas oublier de vivre malgré les ravages socio-économiques qui menacent notre avenir et celui de nos enfants (lorsque l’on n’appartient pas au socle des minimas sociaux ou de la fonction publique) ? 

Une question de bon sens” a martelé Emmanuel Macron lors de son interview de jeudi. Nous dirons plus la responsabilité individuelle (teintée d’altruisme et de bienveillance pour notre prochain), celle de chacun d’entre nous. Malheureusement celle-ci ne peut s’ériger que sur certains critères intrinsèquement inégaux tels que l’éducation, l’instruction, l’accès à l’information et même aux outils numériques puisque les réseaux sociaux sont désormais le vecteur privilégié des informations officielles, ou encore parce que pour accéder par exemple à vos résultats de tests, vous devez disposer d’un accès internet et d’une adresse électronique. 

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