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A l’échelle nationale, le Président de la République a réitéré mercredi dernier lors de son allocution sa volonté d’affronter la crise sanitaire et économique qui en découle “quoi qu’il en coûte”, alors que le reconfinement est en métropole effectif depuis hier, dans un cadre plus souple qu’au printemps mais néanmoins contraignant.

Non confinés mais tellement dépendants…

Que nous ne soyons pas à Saint-Martin reconfinés est certainement une chance qu’il va aujourd’hui falloir préserver au bénéfice d’une vie sociale relativement préservée, à défaut le confinement nous guette nous aussi.

Mais, notre ultra-dépendance ne nous préserve in fine pas des impacts extérieurs de ce reconfinement national, pas plus que des politiques déployées par les états en matière de flux touristiques, politiques qui ne cessent d’ailleurs d’évoluer au point d’y perdre son latin.

La saison 2020/2021 n’aura pas lieu, l’afflux de devises partie française ne sera pas ou sera tout au plus un mince filet, et notre économie devra se contenter du socle constitué par les minimas sociaux, les salaires des fonctionnaires et des salariés du privé qu’ils travaillent ou soient en activité partielle.

Irma, covid… crochet et uppercut

La petitesse de notre territoire cumulée à la mono-économie touristique interdisent tout effet d’inertie… chaque crise est immédiate, impactante, directe et profonde.

Les chiffres du chômage ont amorcé leur courbe ascendante, les chiffres du centre de formalités des entreprises ne sont pas bien reluisants, nombre de business ont mis ou s’apprêtent à mettre la clef sous la porte. Bien sûr, comme toujours, il y aura un après puisque l’on peut toujours compter sur l’effet “eldorado” de Saint-Martin, du soleil, des plages qui ne manquent jamais d’attirer de nouveaux arrivants en lieu et place de ceux qui ont renoncé… un turn-over récurrent, après chaque crise et qui ne favorise pas le lien social ou la cohésion pas plus qu’il ne soigne l’identité de celles et ceux dont les racines sont suffisamment ancrées pour résister aux intempéries.

Mais la grande casse économique qui est là fait d’autres dégâts et en premier lieu chez les publics en situation de précarité ou qui flirtaient avec celle ci.

La faim…

Les usagers de la rue se font plus nombreux, leur profil évolue. Il ne s’agit plus uniquement de ces figures historiques que nous croisons tous depuis des années, aujourd’hui on croise aussi ceux qui hier parvenaient encore à garder la tête hors de l’eau. La reconstruction a su exploiter un public de migrants et autres employés à la marge qui aujourd’hui sont en situation d’errance. La destruction des emplois jette aussi sur le bitume des personnes fragiles. Les retraités pauvres apparaissent aussi dans le panel des publics précarisés. Dépréciation de la destination, Irma, crise sanitaire, secousse après secousse il faut avoir une assise solide pour faire face à ce présent saint-martinois.

Au bilan, les besoins en aide alimentaire explosent et mobilisent les acteurs de terrain, Croix Rouge, Le Manteau de Saint-Martin, Cobraced qui bénéficient du soutien des pouvoirs publics mais aussi l’ASMU ou Souali’tainment.

La part de la population qui a faim va croissante et cela n’augure rien de bon… ni en termes sécuritaires, ni en termes de société.

Une fin de mandat tout social ?

Si l’on se prend encore à rêver de Saint-Martin revenue aux avant-postes des destinations touristiques de qualité, s’il est toujours plus agréable de se laisser bercer par des projets rayonnants qui sentent bon la prospérité, si l’on comprend bien qu’il est plus facile de terminer un mandat en déroulant de l’asphalte ou en coupant des rubans plutôt qu’en distribuant la soupe populaire, la réalité et les réalités qui se dessinent à court et moyen termes sont d’une autre nature et vont mettre la Collectivité en responsabilité, imposer des choix.

“Quand un peuple a faim, il ne peut avaler la vérité qui ne le nourrit pas mais préfère gober le mensonge qui l’alimente.”

Lea-mame

Alors que le pôle social devrait glisser des responsabilités d’Annick Petrus devenue sénatrice à celles de Sofia Carti, la propulsant par là vice-présidente, le budget primitif 2021 de la collectivité reflètera-t-il cette volonté nationale du “quoi qu’il en coûte”, prendra-t-il en considération cette donnée nouvelle, et dont la portée s’annonce âprement ravageuse, qu’est la paupérisation ?

Les semaines et les mois à venir ressemblent de plus en plus à une équation pleine de trop d’inconnues, entre les dysfonctionnements internes, les affaires juridiques, l’incapacité d’engagement budgétaire, les conséquences d’Irma auxquelles il faut aujourd’hui ajouter celles de la crise sanitaire, le Saint-Martin’s Week souhaite force et courage à Sofia Carti qui devrait recevoir son titre de Vice Présidente lors du prochain conseil territorial et hériter d’un Pôle Social qui sera sur-sollicité dans les mois à venir, pourvu que le budget 2021 soit à la hauteur du défi.

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