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Des chantiers engagés par le Président Gibbs depuis le début de son mandat, et en dehors de ceux qui se sont imposés du fait d’Irma ou des urgences des “affaires” courantes, la réforme de l’administration est certainement l’un des plus complexes.

L’objectif est de parvenir à faire en sorte que la Collectivité de Saint-Martin dispose d’une techno-structure à la hauteur de ses obligations, de ses responsabilités et de ses ambitions sachant que l’édifice administratif est le fruit d’un héritage bien lourd répondant certes à des canons de nécessité mais aussi et peut être surtout sur une pyramide électorale à laquelle il semble terriblement difficile de toucher lorsque l’on ambitionne plusieurs mandats.

Trop nombreux et peu actifs ?

Nous allons tenter d’éviter les lieux communs qui voudraient que les fonctionnaires territoriaux soient pléthoriques et qu’ils soient pour l’essentiel improductifs, deux commentaires qui reviennent systématiquement sur le sujet lorsqu’il est abordé et d’autant plus quand le privé est en crise et qu’il ne bénéficie pas des mêmes “largesses” que la fonction publique.

L’effectif n’est pas pléthorique et ne choque pas si l’on accepte de le comparer à ce qui peut se faire ailleurs et en intégrant que la Collectivité assume à la fois les obligations d’une commune, d’un département, d’une région et même partiellement celles de l’état depuis l’évolution statutaire et le transfert de certaines compétences.

Ensuite, passer d’une administration communale à une administration territoriale nécessite une montée en puissance de la techno-structure imposant formation et émergence de nouvelles compétences. Ce qui déroute certainement 13 ans après l’évolution statutaire, c’est que cette montée en puissance n’est toujours pas assez assumée pour que les performances du service public territorial soit à la hauteur et des obligations et des attentes de la population. La crise actuelle autour des marchés publics en est l’illustration.

Venus d’ailleurs, compétents mais éphémères…

Si le Président est régulièrement brocardé quant au fait que les recrutements se font essentiellement en externe, hors territoire, il faut aussi et néanmoins s’interroger sur le fait que ces nouveaux arrivants, civil servants, ne parviennent, dans une énorme majorité des cas, pas à se sédentariser et tentent assez rapidement de quitter le navire ou de prendre de la distance, ils capitulent. Ils hurleront à la fake news mais les témoignages sont là, DGS et dircab en ont leur claque, suffisamment pour espérer pouvoir prendre leurs cliques. Dans certains pôles, le lobbying se doit d’être hyper actif pour que les directeurs ou directrices ne choisissent pas eux aussi de jeter l’éponge. La Collectivité de Saint-Martin ressemble parfois pour certaines de ces compétences importées à une opportunité de prendre du galon plus qu’à d’autres choses…

La destination professionnelle “Saint-Martin” ne semble plus attirer les compétences, ou plus capable de les garder dans son giron, malgré l’attractivité de certains salaires, qui, s’ils sont encadrés, s’accompagnent d’avantages non négligeables, peut être moins encadrés : qui de la villa aux Terres Basses, qui de la prise en charge des frais de déplacements, de bouche ou d’hébergement, qui de cumuler le tout, qui encore de l’obtention d’un emploi à la SEM ou ailleurs pour le conjoint au titre du rapprochement familial, pour peu que la famille résiste à l’implantation saint-martinoise. Qui sait combien de temps le nouveau fiscaliste de la Collectivité continuera à considérer qu’il jouit ici d’une belle opportunité ou combien de temps les plages et le soleil parviendront à pallier la complexité de sa mission comme du contexte dans lequel il est supposé la mener …

On notera que ce déficit d’attrait n’est pas strictement imputable aux services de la Collectivité, certains services de l’Etat, de la justice ou hospitaliers semblent ne plus attirer non plus.


La compétence, cela a aussi un coût

Exemples non exhaustifs, puisque ce n’est que ce que nous avons pu tracer, de coûts annexes, c’est à dire hors salaire, liés à l’embauche de personnalités extérieures (DGS en l’occurrence)

  • Cabinet de Recrutement : 22 500 €
  • Loyer à charge de la com : 2500 € / mois
  • Frais de déplacement et d’hébergement de septembre 2019 à juin 2020 : 13 000 € sur 10 mois dont 2 de confinement… le nombre de mois de présence effective, nous préférons ne pas l’évoquer.

L’argent public, c’est pas open bar qu’il dit le Ministre de l’Économie … envie d’un cri …


D’ici mais avec des envies de départ…

En interne, les mouvements s’accélèrent eux aussi à la Collectivité comme dans les organismes périphériques.

A la CCI, alors que l’équipe s’est récemment étoffée et peut être de ce fait selon nos sources, le nombre de postulants à l’Office de Tourisme est surprenant surtout quand certaines candidatures viennent d’ex-salariés de l’OT ayant glissé à la Chambre et ces volontés ne témoignent pas d’une belle ambiance en interne mais plutôt de l’insécurité vécue par les personnels.

Au pôle économique, les velléités de départ sont ultra-nombreuses et vont changer rapidement le visage du pôle qui accueillait cette semaine Bhanicia Bryan en tant que directrice de l’Agence de Développement Économique et en provenance de la Direction par interim de la CCISM. On notera que la fonction de “City Manager” devrait disparaître, élément que ne manquera pas de noter le Président de l’AEC et par ailleurs membre du CESC, Yann Lecam.

Le Pôle Social n’est pas exempt de velléités de départ et il en est ainsi quasiment partout.

Globalement, et très logiquement, la grande majorité de ces demandes de mutation est sollicitée par celles et ceux qui n’imaginent pas s’investir ailleurs qu’à Saint-Martin, qui constatent la paralysie du service dans lequel ils essaient de travailler, l’impossibilité pour leur carrière d’évoluer etc…

Pour être concret, et parce qu’il faudra bien à un moment que les politiques acceptent que leur fonction est aussi pleine de décisions impopulaires, il reste absolument inique de constater que notre compétence urbanisme n’est exercée que jusqu’au moment de constater l’infraction, les autorités locales se refusant à signer les procès verbaux en la matière avant transmission au parquet, imposant à l’Etat de se substituer. Qu’à cela ne tienne, il suffit de ne plus dresser de PV… Une conception par le bas de ce qu’est “assumer une compétence”, une conception qui n’augure rien de bon quand la compétence environnement sera notre sauf si elle devait le devenir pour pouvoir être mieux bafouée.


Team Gibbs, extrait du programme électoral de 2017

Une organisation efficace au service de nos concitoyens

• Une administration valorisée

Si la Collectivité bénéficie de talents et de compétences parmi son administration, cette dernière doit être davantage formée et accessible aux Saint-Martinois. Parce qu’un agent motivé travaillant au service du public doit être soutenu et promu, nous accentuerons l’effort de formation des agents de la Collectivité. Pour améliorer l’accès aux postes à responsabilité de la fonction publique territoriale aux Saint-Martinois et aux titulaires déjà en poste, nous financerons les formations dispensées dans le cadre des Classes préparatoires intégrées (CPI). Afin d’améliorer les conditions de travail des agents de la Collectivité, nous ouvrirons une structure d’accueil pour leurs jeunes enfants et programmerons l’ouverture d’un lieu de restauration interne.”


Etude de cas…

L’un des départs imminents le plus inquiétant est certainement celui de la DRH qui, si elle est arrivée pour assumer cette fonction au sein de la CTOS avec la crise que l’on sait, officie aujourd’hui en lieu et place d’un prédécesseur qui n’aura pas fait long feu, préférant donner un autre axe à sa carrière pour avoir une chance de la voir évoluer plutôt que d’assumer le fatras d’années de gestion des personnels assez empirique et discrétionnaire.

La tâche est trop lourde, la mission est pivot dans la volonté de réforme de l’administration et encore beaucoup trop bornée par les impacts politiques que pourraient avoir des prises de sanctions ou la fin du versement de primes, d’heures sup et autres avantages indus voire même suspicion d’emplois fictifs. Sur le sujet, et nous ne sommes certainement pas la seule rédaction à avoir reçu ce document, une liste particulièrement détaillée circule actuellement, entre personnes qui n’occupent visiblement pas leur poste, personnes qui sont trop occupées à des activités privées qu’elles exercent y compris avec les matériels et véhicules de la COM et qui seraient aussi prestataires de celle-ci… et même des personnes qui suite à Irma n’ont plus d’espace de travail et que la COM ne s’attèle pas à “reclasser” malgré leurs demandes.

En fait, la DRH ne peut pas faire son job et se retrouve de fait et par défaut à devoir mettre des œillères ou à respecter certaines consignes politiques. Problème cornélien lorsque l’on veut assumer ses fonctions, problème qui impacte psychologiquement au point, pour ne pas avoir à bafouer la fonction, de poser des congés au moment de la visite des magistrats de la cour des comptes. Le départ devient une obligation mais “il doit être bordé” puisqu’il ne faudrait pas que les nerfs lâchent, que les langues se délient et c’est la SEMSAMAR en Guadeloupe qui lui est proposée sans que l’option ne semble séduire la DRH, sans doute au fait de l’état de l’outil.

Maintenant que c’est écrit…

Le sujet de l’emploi local, de l’intégration de paramètres liés à la discrimination positive, sujet qui a révélé la faiblesse du liant qui existe entre les élus de la majorité, est une évidence, encore plus sur un territoire à l’identité menacée. La réponse de l’exécutif  a été rapide tant le sujet est clivant, et cette réponse repose sur le dispositif “Cadre Avenir”, idée qui faisait d’ailleurs partie intégrante du programme de la Team. Pour autant, cette réforme de l’administration est une douce illusion si les compétences saint-martinoises restent confrontées à un cruel dilemme : embrasser une carrière de fonctionnaire territorial qui sera bridée par les errements du passé qu’aucun élu ne semble prêt à résorber, ou choisir de s’expatrier en acceptant la douleur de se couper de ses racines. Sans une volonté sans faille d’accompagner dans leurs fonctions et de leur donner les moyens de l’exercer celles et ceux qui ont vissé au corps le service public saint-martinois, y compris au prix de décisions impopulaires, cette jeunesse saint-martinoise ou ces compétences saint-martinoises ne prendront pas le risque de la sclérose professionnelle imposée par l’inconsistance politique.

“N’écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d’intervenir.”

Jules Renard
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