Temps de lecture estimé : 6 minutes

C’est à l’échelle des Collectivités la clef du déploiement de politiques publiques efficaces quelles qu’elles soient : connaître aussi finement que possible les caractéristiques tous azimuts du territoire concerné. C’est là que traditionnellement l’exécutif peut s’appuyer sur le travail de l’INSEE, Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques.

Depuis au moins 13 ans, tous les Présidents, de Louis-Constant Fleming à Daniel Gibbs, ont plaidé pour que l’INSEE, dont une antenne est présente en Guadeloupe, essaime à St Martin au bénéfice d’analyses plus proches du terrain et de nos réalités.


Connaître l’Insee

L’Insee a été créé par la loi de finances du 27 avril 1946. C’est une direction générale du ministère de l’Économie et des Finances implantée dans l’ensemble du territoire français. Son indépendance professionnelle est inscrite dans le droit : la loi de modernisation de l’économie du 4 août 2008 a créé l’Autorité de la Statistique publique, qui doit veiller au respect du principe d’indépendance professionnelle dans la conception, la production et la diffusion des statistiques publiques.


A titre d’exemple et pour poser l’importance de ces données produites par l’INSEE, le recensement de la population, qui affiche 35334 habitants à Saint-Martin en 2017, est une base de calcul précieuse pour les dotations nationales dont bon nombre se fait en fonction notamment du nombre d’habitants et en premier lieu la précieuse dotation globale de fonctionnement (DGF), la principale des dotations, qui est fixée chaque année par la loi de finances.

Dernier opus de l’INSEE relatif à St Martin… Juin 2017. Depuis il y a eu Irma, depuis beaucoup de choses ont changé sans que l’on puisse avec précision en mesurer l’importance et la portée

Le problème pour l’INSEE à Saint-Martin, c’est la structure même de notre société qui par ses spécificités ne répond que partiellement aux canons des algorithmes et autres outils que l’institut utilise à l’échelle nationale. Il faut entendre par là que nous sommes tellement éloignés du cadre national que nous sommes difficiles à “statistiquer”, ce que l’INSEE traduit au sujet de l’évaluation du PIB par cette petite phrase : “Le système d’informations statistiques ne permet pas d’élaborer des comptes économiques complets pour la collectivité de Saint-Martin”. Cela donne par exemple une estimation très empirique de notre PIB selon une méthode d’approche qui a dû être créée “sur mesure” et pour un résultat qui annonçait en 2010 14700€/habitant avec une croissance annuelle de 2,3%, nous n’avons pas trouvé d’autre évaluation depuis. Avec un tel PIB, la Collectivité se positionne tout juste au dessus de Mayotte en queue de peloton des Collectivités françaises. Certes, ce constat est choc et il est de plus corrélé par le faible taux de foyers imposables entre autres… Mais, tout résident saint-martinois, si l’on ne peut nier l’existence de la précarité et le fait qu’elle soit croissante, sait qu’il existe un amortisseur invisible que l’INSEE ne peut intégrer en termes de statistiques : l’économie grise, la part de PIB qui lui est imputable et l’intensité des flux officiels ou officieux inter-territoires, inter-îles dans un contexte où la frontaliarité est parfois nébuleuse.

Ce qui se dit…

Il est des réunions qui affichent des indicateurs assez pragmatiques… plus nous sommes nombreux, plus nous consommons d’eau et d’électricité. En la matière, et de source sûre, chez EDF on considère que la consommation d’électricité à Saint-Martin, si elle devait être comparée à des références nationales, correspond plutôt à un bassin de population de 50 à 60000 habitants. Le delta avec les chiffres annoncés par l’INSEE peut certainement être un peu pondéré du fait de la faiblesse de notre conscience énergétique, de l’absence totale de politique publique sensibilisant à l’économie d’énergie mais cette pondération ne justifie pas à elle seule cette différence supposée.

Pour ce qui concerne la consommation d’eau, le fait est qu’elle vit, hors grosse rupture de canalisation, une augmentation constante, poussant l’outil de production dans ses retranchements au point d’imposer une extension prochaine de celui-ci.

Si l’indicateur est subjectif, l’usager de la route sait lui aussi à quel point l’effet “dépopulation” d’Irma est aujourd’hui passé et que ceux qui sont arrivés ont largement remplacé ceux qui sont partis.

La question se pose donc, et reste pleine et entière jusqu’aux résultats du dernier recensement partiel de population qui s’est déroulé entre le 17 janvier et le 23 février 2019 : combien sommes nous réellement ? Pour autant, et parce qu’Irma a eu un impact majeur sur la population tout comme la reconstruction d’ailleurs, il est à s’interroger sur la pertinence de ces recensements partiels, un recensement exhaustif permettrait certainement de disposer d’un état des lieux plus fiable, 3 ans après le sinistre, une nouvelle base.

Ce qui se prépare…

Qu’importe les demandes de la Collectivité depuis qu’elle en est une, l’outil statistique national n’a pas l’intention d’essaimer à Saint-Martin et si la Collectivité veut pouvoir s’appuyer sur des chiffres et des données plus larges, il va donc falloir qu’elle s’en donne les moyens.

Selon nos informations, le projet est porté par la direction du service du contrôle interne et de l’évaluation des politiques publiques et pourrait aboutir prochainement. Ainsi, devrait apparaître sur le nouvel organigramme de la Collectivité qui devrait être présenté en décembre une nouvelle direction dédiée à la statistique et que pourrait bien diriger Laurent Fuentes, actuellement Chargé de Mission Attractivité du Territoire, Ancien Membre du Conseil Economique, Social et Environnemental et Référent de la Convention de Partenariat avec Business France (selon son compte Linkedin).

Nécessaire mais quelle reconnaissance de l’outil ?

Forcément une belle initiative sur laquelle l’exécutif va pouvoir s’appuyer au fil de la montée en puissance de l’outil mais qui trouvera ses limites, en termes d’exploitabilité et de reconnaissance, au strict territoire puisqu’il serait surprenant que l’Etat considère un jour que les statistiques produites sont dignes de confiance au point d’influer sur les décisions de la nation à l’endroit de la Collectivité de Saint-Martin, puisque le fait d’être juge et partie en la matière ouvre même la porte à l’utilisation orientée de l’outil, la limite de crédibilité des auto-évaluations vis à vis des évaluations extérieures portées par des organismes indépendants, s’il en reste.

“Si les chiffres ne mentent pas, il arrive que les menteurs chiffrent.”

De Jacques Duhamel / Journal officiel – 28 Octobre 1963
Commenter avec Facebook

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.