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La semaine dernière nous abordions l’épineux sujet de la réforme de l’administration à laquelle s’attelle la Team Gibbs ainsi que la souffrance au travail qui est le lot quotidien d’une part des fonctionnaires de la collectivité pour des raisons diverses dont la “placardisation” au point qu’hier encore, l’un d’entre eux et pas des moindres nous témoignait de son envie de démissionner, envie qu’il saura naturellement pondérer au regard de la précarité ambiante qui touche de plein fouet le secteur privé. Mais combien sont-ils réellement ? Dans quels services et quelle est la masse salariale à laquelle doit faire face la Collectivité chaque fin de mois ?

La fonction publique territoriale est une machine complexe et assez obscure pour qui n’est pas fonctionnaire. L’agent et sa carrière répondent à un panel de critères divers tels que son grade, son échelon, son indice etc

La Collectivité de Saint-Martin, hors CTOS et Office de Tourisme, compte 839 agents (880 en mars 2017) répartis dans différents services pour une masse salariale brute d’environ 2.57M€ mensuelle (2.5 M€ en mars 2017) et un salaire moyen brut de 3060€ environ.

Notons que le salaire moyen en France est de 2250€ par mois, qu’en y ajoutant les 40% de vie chère, ce chiffre n’a rien de prohibitif, au contraire… Pour autant, et au regard du PIB que l’on veut impérativement nous afficher (15000€/hab/an contre 27000 à l’échelle nationale), cela signifierait que les salaires dans le privé sont extraordinairement bas ou rares.

Si la Collectivité dispose bien d’un organigramme, il nous a été difficile de parvenir à rapprocher certaines fonctions de ce dernier. On notera d’ailleurs qu’un nouvel organigramme est supposé apparaître au mois de décembre.

Combien de personnels et pour quels services…

Arbitrairement mais non sans logique, pour que cela soit lisible et intelligible, 27 catégories de service ont été déterminées et nous ont permis d’analyser la pyramide administrative de la Collectivité.

Une catégorie “autres” a été créée lorsque nous n’avons pas été capables d’imputer la fonction de certains agents à un service. Nous vous épargnons la catégorie “ne travaille plus à la COM mais figure toujours au board des salariés”.

Trois “services” cumulent à eux seuls plus de 50% des agents de la Collectivité : les personnels affectés aux établissements scolaires et aux problématiques liées à l’éducation, les personnels relevant de l’entretien et des services techniques et les personnels œuvrant dans le secteur social, au sens large du terme.

Loin de nous l’idée de juger de la pertinence de cette répartition du capital humain de la Collectivité. Mais à regarder cette ventilation des compétences, d’aucuns ne manqueront pas de s’étonner de l’état de certaines infrastructures publiques ou du fait que le social semble occuper une part très importante de la fonction publique.

Pour autant, et si l’on ne doute pas que l’Office de Tourisme (qui fera l’objet d’une autre étude de cas ultérieurement), assume l’essentiel des fonctions publiques liées à notre mono-économie touristique, force est de constater que la compétence économie de la collectivité ne mobilise pas de larges ressources humaines. De quoi s’interroger sur les caractéristiques libérales des politiques développées et renforcer encore un peu plus l’idée que le territoire est tout aussi si ce n’est plus dépendant des aides et de l’accompagnement social qu’il ne l’est du tourisme. De quoi interroger sans doute aussi au siège de Les Républicains qui, avec une sénatrice, une députée et un président encartés pourrait s’attendre à des axes de politique publique autres que sociaux.

Sur d’autres pans, celles des compétences acquises depuis l’évolution statutaire par exemple, le constat interpelle tout autant : l’urbanisme et la problématique des régularisations foncières, véritable poudrière qui sait si bien embraser l’opinion publique, ne semblent pas mobiliser les ressources humaines. Pas plus d’ailleurs que l’environnement alors que la compétence est aujourd’hui réclamée. Que dire de la fiscalité, centre névralgique de notre capacité à assumer notre autonomie qui mobilise 10 personnes.

Légitime disparité de traitements entre les services

Là encore cela n’a rien d’un scoop, les services ne présentent pas tous la même appétence financière, certains justifient de compétences particulières ou concentrent de hauts niveaux de responsabilité.

Pour autant, et le message s’adresse à ceux de nos jeunes qui souhaiteraient embrasser une carrière dans la fonction publique territoriale en s’appuyant par exemple sur le dispositif “cadre avenir”, choisissez bien la filière dans laquelle vous souhaitez vous investir.

Ainsi c’est en toute logique que les services de la DGS concentrent les meilleures rémunérations, suivi des services du Président, des services juridiques, de la Maison de St Martin à Paris ou des ressources humaines pour ce qui concerne le Top 5.

Très large fourchette de rémunération au sein d’un même grade

636 agents gagnent moins de 3000€ brut, 150 gagnent entre 3000 et 4500 euros brut, 54 dépassent cette rémunération, la pyramide est somme toute traditionnelle.

Ce qui l’est moins par contre c’est la disparité de traitement au sein d’une classe d’agents de même grade malgré des échelons différents.

Nous ne traiterons pas ici de l’intégralité de la pyramide mais nous bornerons aux cas les plus parlants :

  • la rémunération brute d’un adjoint administratif peut ainsi varier du simple au double, de 1760 à 3460 euros,
  • les ATSEM (Agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sont rémunérés eux de 2660 à 3420 euros bruts,
  • les attachés, et c’est certainement la catégorie présentant le plus large delta, oscillent entre 2690 et 7900 euros…

De la même façon, nous n’irons pas plus loin dans l’analyse, évoquer certains grades permettrait d’identifier trop facilement les agents et relèverait d’un voyeurisme dans lequel nous ne souhaitons pas sombrer.

Reconstitution de carrière et mouvements de salaire…

C’est un des chantiers qui incombe aux ressources humaines : reconstituer les carrières des agents de la Collectivité, dont certains étaient déjà agents de la commune et l’affaire n’est pas mince puisque dans ce domaine comme ailleurs, une certaine latitude existait au moins aussi large que ne l’était le contrôle de légalité exercé par l’État.

Ces reconstitutions de carrière ont légitimement amené certaines revalorisations et c’est un grand pas pour certains agents. On notera que d’autres ont subi un rabotage salarial sérieux. L’un d’entre eux contacté par téléphone nous annonçait ne pas savoir ce qui avait motivé cette perte de revenus.

Par contre, certaines augmentations en 2017 forcent l’admiration, atteignant plus de 1400 euros brut d’augmentation.

Un autre point mériterait intérêt, celui des heures supplémentaires qui, si elles n’étaient pas prolixes par le passé semblent s’institutionnaliser et peuvent atteindre 45 heures par mois pour certains agents. Et tout cela dans la plus complète opacité faute d’instances dédiées…

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1 comment

  1. 839, c’est quasi autant que l’educ nat. 2.5M mensuel… tout est relatif… combien de contribuables… contribuent ! Enfin, la question de la productivité doit être posée, sans tabou.

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