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Point de sujet polémique mais un constat, une réalité : les célébrations du St Martin’s Day perdent de leur intensité, de leur superbe et de leur capacité à rayonner sur toute l’île… Pas utile d’invoquer Irma ou la crise sanitaire de la Covid-19, cette célébration transversale périclite depuis plusieurs années au détriment de l’esprit d’unité, du destin partagé et de la volonté pour les néo-arrivants d’embrasser cette idée.

Sans refaire ici l’histoire, en ne se bornant qu’à ces dernières décennies, les célébrations ont vécu de sévères couacs, des boycotts de l’une ou l’autre partie, des tiraillements entre Saint-Martin et Sint Maarten, à qui organisera le moment ou pas sur fond de dualité politique.

La sénatrice Annick Pétrus, écharpée et main sur le coeur, la Députée Claire Javois, le secrétaire général de la préfecture, Michaël Doré, le Président de la Collectivité Daniel Gibbs, la conseillère territoriale Pascale Alix Laborde lors de la commémoration de la signature de l’armistice de la grande guerre, 1914-1918

Ce moment qui célèbre l’unité d’un peuple a perdu sa transversalité au fil du temps et ne semble plus à même de faire tomber les œillères de celles et ceux dont il ne fait pas partie de la culture au point que, sur les réseaux sociaux, on retrouve les luttes imbéciles qui veulent opposer commémoration de l’armistice et St Martin’s Day. On notera en passant que cette commémoration perd aussi largement de sa superbe, le Président Gibbs n’ayant été honoré localement que de la présence de la Conseillère Pascale Alix Laborde et des parlementaires Claire Javois et Annick Petrus.

Comme s’il n’était pas possible et souhaitable même de vivre la dualité, d’être saint-martinois et dutch ou français.

En s’accrochant aux photos sépias et autres souvenirs d’un temps qui n’est plus, de moments bon enfant que partageaient ou profondément ou par envie la majorité de la population, peut être oublie-t-on d’en réformer le contenu, de le moderniser, de le travailler au fil de l’année. Cette culture, qui est mise en danger depuis des décennies, mérite de se donner les moyens d’être partagée, de se doter des outils de sa reconnaissance par celles et ceux qui ne la connaissent pas, seuls biais qui permettraient de ne pas sombrer dans une crise identitaire déjà très présente et de ne pas céder au sentiment d’invasion voire de volonté de substitution qu’a profondément provoqué une explosion démographique incontrôlée. Mais la part du budget dédié à la culture, au patrimoine matériel ou immatériel reste maigre.

Célébration du Saint-Martin’s Day par des bikers, le 11/11/2020 sur… le Golfe de Mullet Bay !

Il est difficile de croire aujourd’hui que les valeurs que défend cette célébration du St Martin’s Day puissent se retrouver dans ce qu’il y a de plus visible depuis quelques années : des hordes de deux roues qui déferlent sur les routes à la marge de toute conscience sécuritaire ou de la notion de “share the road”, au point que beaucoup préfèrent rester chez eux. Elles ont remplacé violemment les jeunes et moins jeunes qui enfourchaient leurs vélos il y a 15 ans encore, sourire aux lèvres et esprit festif vissé au cœur et qui entamaient un symbolique tour de l’île.

Si les discours de la Première Ministre Silveria Jacobs et du Président Gibbs relayés via les réseaux sociaux en mode “dématérialisé”, covid oblige, font sens et rappellent la force des liens qui unissent Saint-Martin et Sint Maarten, ces mots se heurtent à la réalité des incapacités de coopération.

Combien de projets “interreg” ont été évoqués depuis 20 ans et n’ont toujours pas vu le jour dans le domaine de la gestion des déchets ou de l’épuration de l’eau ?

Alors que la partie française est privée de son poumon économique qu’est le tourisme américain du fait d’une différence de protocoles entre Sint Maarten et Saint-Martin, que le débat repose surtout sur le timing des tests demandés par l’une et l’autre des autorités sanitaires en la matière (120h aujourd’hui pour Sint Maarten, 72h pour Saint-Martin), force est de constater que le protocole commun qui semblait souhaité n’est toujours pas là, malgré l’urgence.

Le nouveau point de testS antigéniqueS qui permet une réponse en 20 minutes et qui a été posé à Friar’s Bay n’aurait-il pas été utile posé à la frontière pour que les touristes puissent eux aussi arguer d’un test négatif conforme aux exigences nationales et accéder à Saint-Martin ?

Les américains et leurs devises sont donc cantonnés à Sint Maarten, qui ne s’en plaint certainement pas. Car ne l’oublions pas, au delà de la célébration commune fondée sur un partage de valeurs, de liens familiaux, de volonté d’unité, le Président Gibbs lui-même en Conseil Territorial avait su rappeler, sans langue de bois et loin de la naïveté des discours d’intentions coupés des réalités économiques, que le marché touristique est concurrentiel et qu’en ce sens, Sint Maarten, Anguilla ou St Barth sont nos concurrents.

Cette célébration 2020, sous un ciel pluvieux, de façon dématérialisée pour nos autorités, ne laisse pas un sentiment de liesse partagée, rayonnante et transversale… à entendre les deux discours, un point central semble commun au delà des mots affirmant la volonté de symbiose : les mauvaises relations avec les Gouvernements centraux.

En attendant la naissance du United congress promis en mars 2017 et la réunion du Q4 demandée elle… depuis septembre.

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