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Après sa condamnation au mois d’avril à dédommager un de ses stockeurs auquel d’autres ont, d’après nos informations, emboîté le pas ; après les gardes à vue, opérées ou à venir, de ses dirigeants, motivées par des soupçons d’escroquerie en bande organisée liés aux circonstances de l’incendie, la société SOFRISM, plus connue sous le nom de FRIGODOM, est maintenant sous le coup d’une enquête relative aux indemnisations allouées par l’Etat dans le cadre des réquisitions post-Irma…

Qui réquisitionne paie

Relativement épargnée par l’ouragan, rapidement remise en état de marche, et surtout jouissant d’une équipe pleinement mobilisée menée d’une main de maître par son directeur, Taïbi Ghzalale, l’entreprise a été réquisitionnée par la Préfecture de Saint Martin dès le 9 septembre 2017.

Motivée par l’intérêt général, la réquisition est un acte des pouvoirs publics qui exige d’une personne, d’un groupe ou d’une ou plusieurs entreprises une prestation de travail, la fourniture d’objets mobiliers, l’abandon temporaire ou définitif de biens immobiliers. Et c’est dans ce cadre que les installations, moyens humains et matériels de FRIGODOM ainsi que l’ensemble du stock de denrées alimentaires disponible dans l’entrepôt ont été réquisitionnés au lendemain d’Irma par l’Etat français. Une démarche qui peut surprendre puisque FRIGODOM est une plateforme logistique qui n’est pas propriétaire des biens stockés.

Ces mesures de réquisition sont évidemment encadrées par la loi et assorties d’une indemnisation. L’addition présentée par FRIGODOM, mandataire autoproclamé de ses clients à cet effet, s’est ainsi élevée à près de 4.5 M€ représentant supposément “la valeur d’achat hors prestations annexes” de marchandises destinées à être distribuées à la population.

Pour établir ce montant, FRIGODOM a fourni à ses clients un état récapitulatif de leurs stocks et sollicité un chiffrage des pertes étayé des factures afférentes, normalement garantes de la justesse et de la transparence du calcul à adresser à l’Etat pour indemnisation à défaut d’inventaire constaté par huissier avant distribution.

Ce montant important a su forcer l’interrogation des stockeurs qui, se consultant les uns les autres, doutent de la probité de l’évaluation : “En gros, nous ne stockions tous que des queues de langoustes !!!”.

A titre de comparaison, ces 4.5 millions équivalent à 45% du total des réquisitions assumées par l’Etat sur la période.

Des affaires dans l’affaire ?

De même, avec le recul et puisque le dossier “assurances” est remis sur la table par l’actualité judiciaire de FRIGODOM suite à l’incendie, plusieurs de ses clients s’interrogent aujourd’hui quant au delta, compris entre 6 et 8%, qu’ils constatent entre les sommes déclarées et justifiées par eux et celles remboursées par FRIGODOM au titre de la réquisition étatique.

De là à penser que quelques commissions ont pu être perçues par l’intermédiaire sur le montant des réquisitions préfectorales, il n’y a qu’un pas que certains clients ont franchi, d’autant plus qu’il n’existe aucun document préalable ou facture qui mentionnerait ces dites commissions, par là indues et occultes… Pour étayer les procédures en cours, ils ont fait appel à un détective privé que le sujet semble passionner tant il est croustillant et qui ne cesse de relever certaines évidences.

Une autre interrogation agite actuellement les clients de FRIGODOM dans la mesure où l’indemnisation des réquisitions opérées par l’Etat et qui leur a été partiellement reversée portait uniquement sur les denrées distribuées consommables. Quid donc des produits qui n’auront pas résisté aux dégâts infligés par l’ouragan ? 

Si FRIGODOM a bien fait établir des constats d’huissier relatifs à cette marchandise réputée perdue, ses clients n’ont à ce jour reçu aucune information ni indemnisation à cet égard. Pourtant, FRIGODOM leur avait stipulé que ces pertes, estimées à plus de 80 tonnes, seraient couvertes par son assureur. 

Sans indemnisation assurantielle, sans état global et officiel des chiffres communiqués aux services de l’Etat pour remboursement, certains en sont à se demander si FRIGODOM ne se serait pas largement payé “sur le dos de la bête” en passant, d’autant plus que ces professionnels habitués à naviguer dans l’entrepôt savent, peu ou prou, estimer à la fois quantités et valeur des marchandises stockées… 

Deux hypothèses semblent dès lors s’imposer aux clients qui s’estiment lésés : 

  • soit les denrées périmées et détruites ont été intégrées à l’état des réquisitions payées par l’Etat mais cette part ne leur aurait pas été reversée
  • soit elles ont été indemnisées par l’assureur de FRIGODOM qui aurait omis de les reverser.

Les enquêtes en cours sauront faire la lumière sur ces zones d’ombre mais dans tous les cas, l’existence même de telles interrogations ne participent pas à un climat assaini et de confiance dont le territoire ne cesse de manquer et sur lequel M. ASSIER DE POMPIGNAN, gérant et M. GHZALALE, directeur de FRIGODOM pourraient s’appuyer dans leurs confrontations avec les services de gendarmerie et de justice, sans toutefois remettre en question leur présomption d’innocence.

Liaisons dangereuses

Taï GHZALALE a beau penser en fervent darwinien que “Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements”, la loi de Murphy, également connue sous le nom de Loi de l’emmerdement maximum (LEM), semble plutôt vouloir se rappeler à lui de manière prégnante puisqu’un autre élément ressort des investigations menées dans le cadre de ce qu’il convient désormais d’appeler “l’affaire FRIGODOM”. 

Il s’agit de l’indemnisation étatique obtenue au profit de DIVICO et dont le montant a malencontreusement fuité en interne en laissant apparaître un chiffre avoisinant les 900 k€ alors que l’entreprise qui disposait d’un entrepôt principal en partie hollandaise au moment de l’ouragan ne stockait à Galisbay que des crèmes glacées. Ça fait cher l’Häagen Dazs…

Et, lorsque quelques mois plus tard, le président de DIVICO N.V., Sunil Pishu KHATNANI et le directeur de FRIGODOM s’unissent pour donner naissance à ce que TaÏ GHZALALE a nommé en d’autres colonnes “le bébé d’Irma”, la circonspection monte d’un cran. La SARL SXM LOGISTICS est en effet née le 11 juin 2018 pour “mettre à disposition des outils et des procédés d’acheminement couplés à nos capacités de stockage” sous la co-gérance des deux hommes et est sise dans les locaux de FRIGODOM.

Certains y verront, sans doute avec raison, l’histoire de deux jeunes entrepreneurs ambitieux qui auront su saisir une belle opportunité sur la base de besoins identifiés dans leurs domaines d’expertise. D’autres savent que si l’exiguïté et la carence en ingénierie de notre territoire imposent la pluridisciplinarité, la manipulation d’argent public exige transparence et vigilance puisque, et c’est encore plus vrai depuis Irma, qui paie contrôle…

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