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Avec un titre pareil, on en viendrait presque à penser que le Saint-Martin’s Week n’a aucune compassion pour les usagers de la route, les riverains et les commerçants qui depuis plus de trois ans maintenant vivent un road trip cauchemardesque qui a débuté avec l’enfouissement des lignes EDF dans un supposé travail concerté avec les autres opérateurs de réseaux dits “secs” conformément à une pseudo volonté de mutualisation qui aurait évité les éventrations à répétition. On parle naturellement et en premier lieu du boulevard Bertin Maurice à Grand Case, capitale caribéenne de la gastronomie, et qui se pare enfin d’un nouveau ruban bitumé, rutilant et immaculé.

L’électeur aime les belles routes

Nous n’avons rien inventé, il est de tradition de se pencher sur les sujets routiers, éclairage public et sécurité de façon étonnamment plus assidue à l’orée d’élections locales et nous n’échappons pas à la règle. Rien ne satisfait plus le citoyen que de pouvoir jouir de ces trois points et comme la mémoire efface volontiers les mauvais souvenirs, ce ruban d’asphalte sonne comme une délivrance pour Grand-Case et laisse légitimement espérer une reprise d’activité pour cette pépite de la destination Saint-Martin.

Notons qu’à l’échelle territoriale, le programme de tartinage représente 5M€ selon le communiqué de presse officiel.

Le Blvd de Grand Case, modèle du genre ?

Pour autant, et sans être des professionnels de la voirie, quelques points interrogent. Tout d’abord, il semblerait que tous les regards dédiés à l’inspection et à l’entretien des réseaux enterrés ainsi qu’aux “bouches à clef” qui permettent la gestion de l’alimentation en eau, aient bénéficié alors qu’ils viennent d’être posés du large tartinage bitumeux. Cela n’a d’autre conséquence que de vous garantir à vous, usagers, riverains et commerçants, que cette chaussée flambant neuve va subir dans les semaines à venir quelques éventrations et autres travaux pour d’abord récupérer ces ouvrages, puis les surélever. Un point qui interpelle profondément quant à notre capacité de coordination des travaux au sein des services de la Collectivité. Point de traitement de faveur pour Grand Case ou d’exception qui confirmerait une règle, il en sera de même sur les autres portions routières qui recevront ce traitement routier pré-électoral puisqu’il ne faut pas oublier que les opérateurs de réseau et notamment ceux qui déploient la fibre auront eux aussi besoin de trancher le tapis bitumeux, et l’on pense à la performance annoncée de la toute récente SAS Tintamarre.

Alors, évidemment, les opérateurs ont obligation de remise en état des infrastructures routières après intervention. Mais pour qui sillonne les routes saint-martinoises, très très rares sont les interventions qui ont laissé après coup une chaussée dans un état avant/après comparable. Au-delà des malfaçons et des remises en état à bas coûts, il y a surtout la gêne occasionnée par les travaux qui met une vraie pression sur le prestataire qui n’a qu’une hâte : reboucher au plus vite et ne pas prendre plus longtemps la foudre des usagers souvent relayée par leurs élus.

Bref, pour en revenir à Grand-Case et au boulevard Bertin Maurice, un autre point est assez déroutant dans le process : les accotements n’ont fait l’objet d’aucun traitement avant ce tartinage d’un bitume venu du Sud, puisqu’au Nord nous ne savons toujours pas en produire et que les fruits de ce marché public bénéficieront encore une fois largement à nos voisins, un point qui pourrait intéresser les services de contrôle du bon usage des fonds européens, le FEDER ayant été sollicité sur ces programmes routiers. Sans traitement des accotements, il est assez complexe de garantir à cette couche bitumineuse de surface de répondre aux contraintes hydrauliques qui lui permettraient de se montrer suffisamment drainante pour ne pas faire courir le risque à certains rez de chaussée riverains de servir de collecteur d’eau pluviale… le prochain épisode pluvieux saura nous répondre.

Pourquoi ce stock de fraisat à la BO ?

Enfin, pendant que l’on festoie et se congratule à Grand-Case, on s’interroge profondément à la Baie Orientale qui voit, derrières les “carbets de la COM” et sur un terrain public qui faisait office de parking, s’élever peu à peu le Mont Goudron fait des produits de scrappage et de rainurage (fraisats) du Boulevard Bertin Maurice. Au regard du programme de réfection des routes porté par la Collectivité et qui ne manque pas d’ambition, une question s’impose : quelle hauteur atteindra le Mont Goudron à terme ou faut-il s’attendre à un essaimage de Monts ?

Plus sérieusement, les déchets produits par ces chantiers routiers entrent dans deux catégories :

  • les mélanges bitumineux contenant du goudron où se retrouvent pêle-mêle les bitumes et les goudrons, ce sont exclusivement les fraisats et déchets d’enrobés contenant du goudron, ces déchets sont classés comme dangereux, par les propriétés cancérigènes du goudron ;
  • les mélanges bitumineux autres que ceux classés ci-avant ne contenant pas de goudrons, ces déchets sont classés non dangereux mais par défaut non inertes.

Ces déchets contiennent-ils des goudrons ou non et surtout leur traitement était-il pris en compte lors de l’appel d’offres, élément qui a forcément une incidence sur l’offre remise par le postulant ? Un “oui” à l’une ou l’autre de ces questions forcerait à porter un regard plus insistant sur ces dépôts ou stocks de fraisats, voire même à ajouter les plumes au goudron pendant que les  Mornes nouveaux fleurissent un peut partout sur le territoire, alimentés par les produits de démolition… Selon nos sources… OUI, ces fraisats contiennent des goudrons et devraient servir sur site à poser les bases d’un parking dédié aux carbets !


DÉCHETS ROUTIERS
La mise en décharge de ce type de déchets a un vrai coût, l’élimination de fraisats d’enrobés était estimée en Métropole il y a plusieurs années en fonction de la présence de goudrons ou non à :
  • environ 10 Euros/tonne pour le recyclage ;
  • environ 30 Euros/tonne pour la mise en décharge pour déchets ménagers et assimilés ;
  • environ 200 Euros/tonne pour la mise en décharge pour déchets dangereux.
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