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« Il n’y a pas d’alternative réelle à Macron», lâchait il y a quelques jours Gérard Larcher, Président “Les Républicains” du Sénat alors que son parti se penche de plus en plus sérieusement sur les présidentielles de 2022, sur leur représentant et sur la façon dont il pourrait être désigné… primaires ou pas primaires.

Une petite phrase qui en dit long sur ce que Gérard Larcher pense des leaders potentiels de son parti, sur leur capacité à mettre Emmanuel Macron en difficulté ou suffisamment en difficulté pour espérer faire face à Marine Le Pen au second tour, sachant qu’aujourd’hui, la scène politique peut se dérober sous vos pieds pour un costard ou une Rolex.

Ce sera Macron ou le déluge

Cette petite phrase du Président du sénat, qui n’a plus rien à prouver politiquement et peut donc s’affranchir de la langue de bois traditionnelle de ceux qui ont encore tout à construire, est d’un pragmatisme redoutable. Car si le Président Macron enchaine les crises comme on enfile des perles (gilets jaunes, réforme des retraites, covid-19, terrorisme, Europe), s’il cristallise aussi de plus en plus la grogne d’un grand nombre de citoyens en prise avec les conséquences économiques terribles liées aux contraintes sanitaires, plus un lot montant de conspirationnistes de tous poils, il semble bien que le paysage politique national ne soit pas à même de lui opposer une autre personnalité que celle de Marine Le Pen en l’état actuel des choses.

Le lecteur assidu aura déjà vu la trajectoire de ce papier puisque nous mettons régulièrement en parallèle les mécaniques nationales et les mécaniques locales, infiniment grand et infiniment petit répondant in fine aux mêmes lois terrestres et à la nature humaine ou de certains humains, quête de pouvoir, avidité, égo …

Ce sera Gibbs ou … rien

Alors oui, un autre Président, le Président Gibbs, a lui aussi cumulé les aléas et autres crises depuis le début de son mandat, sachant que l’aléa n’est par définition pas anticipable (Irma, Covid) et que les crises, elles, peuvent même être instrumentalisées. Mais le Président de la Collectivité dispose d’une carte que n’a pas le Président Macron, une sorte de Joker, celle qui permet de tenter de se dédouaner de la responsabilité d’une situation en amenant l’électeur à détourner le regard pour le tourner vers l’Etat qui nous chapeaute… la stratégie est fonctionnelle même si son systématisme en discrédite largement la portée aujourd’hui, l’électeur n’est pas niais. C’est un peu ce que Jacques Hamlet sur SOS Radio cette semaine lors d’un débat houleux avec le Président a essayé de signifier à ce dernier : si nos compétences sont effectivement bordées par la Loi Organique, se cloisonner à celles-ci, que nous n’exercons d’ailleurs pas pleinement, n’est pas forcément bien perçu, amenant Billy D à affirmer que lorsque l’on est président, il est nécessaire de se positionner sur tous les sujets avec lesquels le territoire et la population sont en prise.

Pour autant, le Président Gibbs cristallise aussi aujourd’hui un certain nombre de mécontentements et les fidèles d’hier, en dehors du fan club et des groupies, sont bien moins nombreux aujourd’hui… mais nous ne sommes qu’aujourd’hui et la versatilité des soutiens peut tout à fait engendrer une situation différente en 2022 selon que ses chances de remporter l’élection sont pressenties larges, ou moins larges.

Quoiqu’il en soit, et pour paraphraser le Président du Sénat Gérard Larcher, “Il n’y a pas d’alternative réelle à Daniel Gibbs”, c’est ce que le commun des mortels qui a deux doigts de connaissance du territoire est en droit de penser aujourd’hui. Mais d’ailleurs, le Président Gibbs a-t-il l’intention de se représenter ?

Le doute est permis puisque la charge est lourde et que, en paraphrasant Barack Obama dans son livre, on oublie régulièrement que l’individu au sommet de la pyramide est encore un humain, avec ses doutes et ses souffrances. En la matière, la mandature du Président Gibbs relève un peu du chemin de croix, même si certaines auraient pu être évitées, avec l’avantage du cheminement : passer du statut de messie à celui de martyr.

Mais sera-t-il candidat ?

Pour autant, s’il a su ne pas céder à la facilité du Sénat qui lui tendait les bras en septembre dernier au titre du fait qu’il ne lâche rien, et au delà du fait qu’en début de mandat il avait déjà pu poser les jalons d’une volonté de se succéder à lui-même, le Président Gibbs semble afficher tous les canons du politique en campagne : contre vents et marées, le Président Gibbs, qui avait passablement disparu du terrain depuis plusieurs mois, rase à nouveau le bitume des quartiers pour pouvoir communier avec la population autour de réalisations publiques tant attendues… la déambulation organisée boulevard Bertin Maurice à Grand case en est un exemple.

Sur un autre pan, il suffit de constater la réactivation de l’UD et la reprise des meetings du parti comme l’activité retrouvée de l’UD Jeunes sur les réseaux sociaux. Il en va de même pour certains mouvements de personnels au sein même de la Collectivité puisqu’il faut que la pyramide administrative créée il y a des années à des fins aussi électorales se mette en ordre de marche, au Pôle Social en premier lieu puisque c’est là que se décident ou se flèchent les aides diverses qui viennent alléger la charge de celles et ceux qui souffrent le plus de la paupérisation, de la précarité, de l’exclusion… mais qui n’en restent pas moins des votants ! Le mythe de la “distribution de frigos” a évolué…

Le Président est donc en campagne et cela ne semble pas provoquer de réaction chez celles et ceux qui pourraient ou qui caressent l’espoir de pouvoir lui souffler cette fonction. 

Territoriale : M -16

S’il est traditionnel de s’organiser à Saint-Martin en version “last minute”, cette tradition comme tant d’autres se perd et c’est bien parce que l’Union pour la Démocratie du Président Gibbs sous la houlette du directeur de campagne“number one” qu’était Hervé Dorvil s’est organisé bien en amont des élections de 2017 que la Team s’est imposée si largement.

Ne nous voilons pas la face, les prémices de listes à venir sont là mais très “underground” encore, de Quartier d’Orléans à la BO, de Rambaud à Marigot en passant par Friar’s Bay et Concordia, sans oublier Terres Basses, de nombreuses velléités existent et tentent de s’organiser pour parvenir à constituer une ébauche de liste “gagnante”.

Pour autant, ces initiatives se refusent encore à s’afficher alors que le passé récent promet la défaite à ceux qui ne se mettraient pas en branle assez tôt. Il faut dire que Saint-Martin vit une époque particulière, celle où l’absence caractérisée de l’Etat semble vouloir toucher à sa fin, avec en premier lieu un retour (même timoré si l’on regarde la situation du parquet saint-martinois en carence de procureur) du droit et une multiplication des enquêtes qui amènent ceux qui sont dans l’œil du cyclone à la plus grande prudence quant à l’investissement politique visible. Dans 16 mois, tout ce que la Collectivité de Saint-Martin possède comme ressource politique tentera de mobiliser les électeurs pour les inviter à renouveler le Conseil Territorial en espérant que ce rendez-vous démocratique ne se solde pas par un nouveau record national d’abstention.

Actuellement, “Il n’y a pas d’alternative réelle à Daniel Gibbs”, peut être parce que la  fonction relève de plus en plus du casse-pipe…

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