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Depuis Irma en particulier, les “grosses” enseignes associatives nationales occupent largement l’espace saint-martinois, qui de la Fondation de France, des Compagnons bâtisseurs ou de la Croix-Rouge, et donnent ainsi une toute autre dimension à l’action sociale et solidaire locale tant en termes d’ingénierie que d’accès aux dispositifs nationaux dédiés.

La voie a été ouverte

Si elles s’appuient logiquement, dans un premier temps, sur les structures existantes déjà bien implantées, informées et reconnues, ces associations nationales éprouvent, tout aussi logiquement, rapidement l’étroitesse et les carences du tissu local lorsqu’il s’agit notamment de soumissionner auprès des pouvoirs publics et de profiter de la généreuse manne afférente. Il est évidemment plus aisé d’obtenir l’oreille et la confiance des décideurs et comptables étatiques lorsque l’on est estampillé d’utilité publique de longue date, habitué des démarches partenariales et que l’on dispose d’une technostructure conséquente et professionnalisée.

La première association locale à avoir ainsi reconnu l’intérêt d’être intégrée à une mécanique plus vaste et plus porteuse est sans doute Les Liaisons Dangereuses qui, en janvier 2019, fusionnait avec la Croix Rouge au terme d’un processus long de deux ans, avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui marqués notamment par une présence accrue et diversifée sur le territoire, de l’aide alimentaire à la visioconférence pour les détenus saint-martinois à Basse-Terre, en passant par l’accueil de jour ou encore les tests PCR, pour n’en citer que quelques-uns.

Bye Bye Le Manteau, Welcome to l’ALEFPA

C’est maintenant au tour d’une autre structure, dont on ne présente plus la prégnance sur le territoire, d’être invitée à rejoindre le cocon sécurisant d’une association d’envergure nationale : Le Manteau de Saint-Martin.

Ainsi, le mois dernier, le Manteau et l’ALEFPA ont officiellement entériné l’absorption de la première avec une date d’effet juridique fixée par les deux entités au 31 décembre. Toutefois, le projet, qui sera soumis à l’approbation des AG des deux associations le 15 décembre prochain, prévoyant que cette fusion soit rétroactivement effective sur les plans comptable et fiscal à partir du 1er janvier 2020, il n’est pas hérétique de penser que l’opération est d’ores et déjà actée dans les faits.

Dans le cadre de cette fusion qui entraînerait donc la dissolution du Manteau de Saint-Martin et la transmission universelle de son patrimoine à l’absorbante, l’ALEFPA s’engage à utiliser les éléments apportés par l’association absorbée dans un esprit et des buts conformes à son objet et à admettre en qualité de membre l’ensemble des membres du Manteau.

Vaste champ d’intervention et expérience reconnue

L’Association Laïque pour l’Education, la Formation, la Prévention et l’Autonomie, créée en 1959 et reconnue d’utilité publique depuis 1973, c’est des centaines de bénévoles et plus de 2500 salariés et enseignants mobilisés pour l’accompagnement des enfants, des adolescents, des adultes et des familles en situation de handicap, en difficultés sociales ou malades.

Également entreprise du secteur de l’économie sociale et solidaire, l’association assure ainsi la gestion de plus de 200 établissements, services et lieux d’accueil dans 19 départements de France métropolitaine et d’Outre-mer où elle assure notamment l’accompagnement éducatif, thérapeutique, pédagogique et/ou socio-professionnel ; la protection et l’éducation des enfants et adolescents confiés par l’ASE ou la PJJ ; l’accompagnement des personnes en difficultés sociales et en situation de grande précarité dans la réinsertion, l’accès à un logement, un emploi ; l’accompagnement de la famille et de l’entourage dans la compréhension du trouble et l’apprentissage ; le développement de modalités adaptées, innovantes pour répondre aux besoins de la population. Un champ d’intervention bien plus vaste que le strict objet de centre d’hébergement léger du Manteau donc et qui devrait permettre à l’ALEFPA de se développer et d’embrasser rapidement de nouvelles missions sur le territoire…

Et plus si affinités ?

Pour mieux appréhender le potentiel et les perspectives d’avenir d’une telle fusion, il suffit de se tourner vers la Guadeloupe où se trouve la Direction territoriale Caraïbes de l’ALEFPA. L’association y gère déjà : un accueil de jour (Centre d’hébergement et de réinsertion sociale) ; un accueil de nuit de 30 places (9 places pour les femmes et 21 places pour les hommes) ; un service d’accompagnement social (SAS) comprenant les dispositifs d’accompagnement vers et dans le logement (AVDL) et d’intermédiation locative (IML) pour 39 logements et… 4 SESSAD (Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile), 1 ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail), 1 IME (Institut Médico-Educatif).

Sur la base de tels savoir-faire et expérience, la voie semble donc toute tracée pour l’ALEFPA à Saint-Martin lorsque l’on se penche sur le calendrier des appels à projets arrêté au mois de Septembre par l’ARS et qui prévoit localement la création de :

  • 1 Service d’Accompagnement Médico-Social pour Adultes Handicapées (SAMSAH) de 11 places
  • 1 Centre d’Action Médico- Social Précoce (CAMSP) de 11 places
  • 1 Maison d’accueil spécialisé (MAS) de 40 places
  • 1 Institut médico éducatif (IME) de 44 places

En ces temps de crise, à une période où la déconcentration semble vouloir de plus en plus passer par le tissu associatif dont la souplesse et la réactivité font de l’ombre à la complexité de l’Administration à la Française, les associations œuvrant dans les domaines du social, de l’insertion et de l’économie sociale et solidaire ont un boulevard devant eux, à condition de de bénéficier d’un peu, voire beaucoup, d’ingénierie. Et l’ALEFPA ne s’y trompe pas puisqu’elle a déjà d’ores et déjà inscrit dans son projet associatif 2022-2027 cinq axes de travail qui pourront s’intégrer à un large et transversal panel de politiques publiques : transition écologique, transformation numérique, migrations, société inclusive et vieillissement.

Il nous reste dès lors à souhaiter la bienvenue à l’ALEFPA et a espérer que l’ingénierie, la nécessaire professionnalisation que représente son arrivée à Saint- Martin sauront s’affranchir à la fois de ce récurrent sentiment d’invasion et des luttes intestines qui n’épargnent pas le champ du Social et de la solidarité…

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