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L’évolution du discours politique depuis le début de la crise sanitaire, avec les différentes phases de balbutiement, doit nous interpeller sur le fonctionnement et les dérives de la vie démocratique. 

Certes, la personnalisation du pouvoir ne date pas de la présidence MACRON, mais elle ne fait que s’accentuer et se conforter, contrairement au programme du candidat, avec une réduction progressive de la liberté individuelle. 

Il y a lui… et nous

La décision du confinement, comme celle du déconfinement, ne résulte pas d’une large consultation démocratique ou de l’association des élus et autres partenaires sociaux, mais des conclusions non publiques d’un comité de défense et de la décision du Président. Et pourtant, pendant des jours, des semaines, les médias, experts et autres voyants ont spéculé sur les termes et conditions d’une sortie du confinement… 

Les chiens aboient, la caravane passe

Les manifestations, pétitions ou déclarations des organismes professionnels, des représentants de certaines catégories, aujourd’hui à l’agonie n’ébranlent aucunement la gouvernance et n’amènent nullement à la concertation. 

Le Ministre des Finances avance de nouvelles mesures, complémentaires et leur tend la sébile, sans autre dialogue. Quant aux élus locaux, présidents de régions, présidents des conseils départementaux, maires,… ils n’existent pas… 

L’Assemblée Nationale reste une chambre d’enregistrement, quant à la grande dormeuse du Sénat, elle est en attente du printemps… 

Politiques, technocratie : le fossé avec le peuple s’élargit

La crise sanitaire révèle de manière plus caricaturale la crise politique, crise de légitimité de l’Etat, prédominance par la technocratie, crise de la représentation nationale, crise de la communication politique. 

Le pouvoir s’exerce, décide, communique comme s’il était dans une forteresse assiégée, souverain, aveuglé par une prétendue légitimité que lui confère la crise, dans un contexte économique et social délétère. La gestion de la crise n’est plus assurée par le politique, mais par les choix d’une administration qui impose son tempo, ses mots, ses maux, sa justification de la politique, substituant un amalgame de faits au gouvernement des hommes. 

La crise sanitaire et la crise économique et sociale ne feront qu’accentuer cette dérive et limiteront la démocratie à un exercice électoral. 

Les choix stratégiques, les décisions politiques seront imposés sans véritable débat ou après un simulacre de concertation, sans évaluation du coût humain de la mesure… Je cite, en opposition à cette ligne politique, à nouveau l’Allemagne, la gestion de la Chancelière qui travaille et décide de manière concertée avec les présidents des länders, les grandes entreprises nationales et les partenaires sociaux. 

Elus locaux, les fous du Roi

En France, le débat, voire la gestion, et les choix se limitent au débat du conseil de défense ou “d’experts“. Les élus, présidents d’assemblées régionales, départementales,… ne sont pas associés aux décisions et on leur impose des mesures nationales de manière unilatérale, sans débat, sans consultation. Quelle assemblée locale a été invitée à débattre de la stratégie de lutte contre l’épidémie, ou des mesures de soutien à l’économie ? 

Le recours à la compétence locale, ou aux élus, acteurs de proximité, se fera après la crise pour traiter la dure réalité sociale. La règle, la vérité résultent dans notre système d’une vision  technocratique de la société ; aucun ministre, aucun conseiller des hautes sphères publiques ne connaît la réalité quotidienne du commerçant, de l’artisan, du travailleur indépendant, du dirigeant de P.M.E. et encore  moins d’un chômeur…

L’ensemble de la haute fonction publique présente le même profil, sorti d’un moule unique  et convaincu  d’une pensée unique. Il y a longtemps qu’il n’y a plus de ministre ou de premier ministre, ancien ouvrier fraiseur, garagiste ou cheminot… 

Crise et urgence : le joker d’une gouvernance auto-centrée

Les effets de l’urgence et le contexte de crise permettent au nom d’une nécessaire efficacité d’occulter le débat démocratique et de réduire progressivement les libertés publiques.    

Les arguments sécuritaires ou la nécessaire protection des citoyens, voire des plus fragiles, légitiment le regain d’autoritarisme qui cache aussi des sous-entendus électoraux. L’affirmation de l’autorité, du leader, constitue un message à l’électorat de droite, à l’extrême droite, en se référant au Général DE GAULLE  voire à CLEMENCEAU. 

Cette stratégie se situe dans une perspective d’élection présidentielle, car cela répond en général à l’imagerie partagée de l’homme fort et souverain… 

Une véritable démocratie suppose et requiert une adhésion du citoyen  à un choix politique, la concertation et la consultation des élus locaux, la concertation avec les organismes socioprofessionnels, la prise en compte de la réalité sociale et économique, de la voix du peuple.

Je ne résiste pas, en conclusion, à citer COLUCHE qui disait que : “Technocrates, c’est les mecs, que quand tu leur poses une question, une fois qu’ils ont fini de répondre, tu comprends plus la question que t’as posée.”

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