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Alors que, en pleine refonte administrative de la COM, telle Soeur Anne, l’on scrutait des signes de départ effectif de la DGS qui en a plusieurs exprimé la volonté, c’est le Directeur de Cabinet de Cabinet du président Gibbs qui s’apprête à boucler ses valises et à emboîter le pas de la préfète Feucher en direction de l’Hexagone.

Le Directeur, la Directrice et la Cheffe…

Arrivé en août 2019, Richard Didier n’aura en effet pas survécu à la complexité du territoire et des relations humaines locales et devrait, selon nos informations, quitter son poste de directeur de cabinet le 19 décembre. Préfet de son État, Richard Didier sera donc le deuxième représentant de ce corps à quitter le territoire ce mois-ci. 

Il a ainsi demandé à réintégrer son corps d’origine, son départ ne correspondant ni à une mutation (comme cela a pu être le cas avec l’ancien DGS, Philippe Mouchard rapatrié à la Maison de St Martin à Paris en qualité de conseiller), ni à une débauche vers un poste plus appétent, ni à une nomination ministérielle ou présidentielle. 

La version officielle évoquera une démission, un départ de plein gré. En réalité, il se chuchote que le Préfet / Dir’ Cab n’aurait pas résisté à une certaine pression exercée par les “femmes du président”, respectivement numéros 1 et 3 de l’administration territoriale. On dit souvent que derrière chaque grand homme, il y a une femme mais parfois, elles sont deux, et devant… 

Il est en effet un fait que, depuis quelques mois, sous les coups de butoir internes, au sein même de la majorité et un peu de la presse sans doute, le cercle rapproché du président Gibbs s’est resserré autour d’un cordon de sécurité difficile à franchir et alors que de moins en moins d’élus se montrent aux côtés du président lors des réunions et événements officiels, il y a autour de lui deux femmes incontournables : sa DGS, Christiane Ayache et sa cheffe de cabinet, Françoise Moutou, toutes deux arrivées à Saint-Martin à l’été 2019.  

Difficile cohabitation au sommet de l’édifice

Il est aussi un fait que le directeur de cabinet et le directeur général des services occupent une place capitale dans l’écosystème territorial en cela qu’ils forment le trinôme central de gouvernance avec le chef de l’exécutif, le Président. Mais l’exercice est délicat, et entre la volonté politique et sa mise en œuvre technique, la ligne est ténue et propice aux conflits de pouvoir. Et ce n’est pas nous qui l’affirmons, c’est Sébastien Duval dans La Lettre du cadre territorial : “Au quotidien, ça chauffe parfois entre le directeur général des services et le directeur de cabinet. Une répartition des tâches claire et appliquée permet pourtant de mettre de l’huile dans bien des rouages. Et c’est là qu’intervient l’élu : son rôle est essentiel pour faire que chacun reste à sa place.” 

Une répartition claire des rôles respectifs du DGS et du Dir’ Cab est une condition essentielle de la réussite de la gouvernance au sein de l’Exécutif local et de la réalisation du projet de la mandature et Saint-Martin ne fait pas exception à cette règle. Or, Mme Ayache, au regard de sa carrière, n’est pas femme à s’en laisser conter, ni à tenir un rôle de figuration, en particulier lorsque l’on sait l’immensité de la tâche qui lui a été confiée : refonte et normalisation de l’administration… Mais la dissension ne tient pas seulement à une question de personnalités,  le couple Dorvil / Mouchard n’avait pas non plus brillé par l’aspect fusionnel de leur fonctionnement…

Les choses auraient dû être plus simples en ce qui concerne la collaboration Dir’ Cab / Cheffe de Cab’ car le cadre  existe et est limpide. Le Directeur, par définition, dirige les services du cabinet, organise le travail des autres membres et est le numéro 2 direct de la personne qu’il représente. Le chef de cabinet, de son côté, a (normalement) un rôle moins exposé. Super intendant des élus, il a davantage une fonction d’organisation, avec la gestion de l’emploi du temps et des déplacements de l’élu, la rédaction des discours. Le chef de cabinet évalue également les réactions des élus, des journalistes et de la population. Mais, en ce qui concerne Saint-Martin, les prérogatives de la cheffe de cabinet que s’est choisie le président Gibbs dépassent largement une telle définition et très rares sont les moments présidentiels dont elle n’est pas. L’ancienne directrice de communication de la Région Guadeloupe a en effet très rapidement su embrasser ses fonctions saint-martinoises au point de faire désormais partie intégrante du paysage local.

Il est dès lors aisé d’imaginer la complexité de la tâche de Richard Didier à exercer son autorité et ses missions dans un cadre bien trempé, entre deux femmes au tempérament affirmé et jouissant de la pleine confiance et écoute du président, d’autant plus qu’il ne soit, semble-t-il, pas parvenu complètement à se délester de son costume préfectoral pour endosser celui de collaborateur de cabinet… deux préfets sur un même territoire, ce n’est pas l’usage.

Les options du président

Quoiqu’il en soit, et peut-être un peu en raison des faits supra, le départ de Richard Didier, spécialisé localement surtout dans la rédaction des courriers institutionnels, ne changera pas la face du microcosme saint-martinois. Et le président dispose de plusieurs options pour le remplacer.

L’exécutif pourrait évidemment de nouveau solliciter un cabinet de recrutement, que ce soit dans le cadre d’un marché public ou pas… Mais, le poste de chef de cabinet pouvant logiquement être considéré comme une étape dans la carrière d’un collaborateur d’élu, dont la prochaine serait de prendre la direction d’un cabinet, Daniel Gibbs pourrait aussi choisir de promouvoir sa plus proche collaboratrice, Françoise Moutou actuellement cheffe de cabinet.

Une autre option serait de ne pas pourvoir au remplacement de Richard Didier à 15 mois de la fin de la mandature. Cette absence de direction ne serait pas hérétique dans l’histoire de la COM, cette fonction n’ayant été remplie que 3 fois et moins de 6 ans cumulés depuis 2007. Cette dernière option aurait de plus le mérite d’alléger quelque peu le budget de la Collectivité et si l’on additionne les frais de recrutement (éventuels), un salaire brut à 5 chiffres, un loyer aux Terres Basses, les frais de déplacement et d’hébergement divers, les primes et indemnités inhérentes à la fonction qui peuvent atteindre des sommes qui dépassent l’entendement (et parfois le plafond prévu par la loi…), l’économie peut s’avérer substantielle…

Whatever… le recrutement d’un collaborateur de cabinet est intuitue personae (non soumis à l’approbation de l’assemblée délibérante et encore moins de la presse…) et à l’entière discrétion du président. Dans ce cadre et en attendant le prochain communiqué de presse de la Collectivité quant à ses mouvements de personnels, on ne peut toutefois s’empêcher de penser au dicton populaire selon le lequel “Ce que femme veut…”

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