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Mardi 22 décembre, la presse dans son intégralité était convoquée par la direction de l’hôpital à une conférence de presse au thème prometteur : “A l’occasion de la fin d’année, la Communauté Médicale s’exprime​” …

Une petite mise au point

C’est le Docteur Charles VANGEENDERHUYSEN (Président de la CME, Praticien Hospitalier, Médecin du DIM) qui a ouvert les hostilités et annoncé le thème du moment qui était (enfin !) accordé à la presse autour des dysfonctionnements internes à l’hôpital relayés dans la presse.

Il s’agissait en premier lieu de donner un “point de vue médical sur l’hôpital car certains propos qui ont été tenus discréditent l’établissement” et nuisent à la bonne marche de celui-ci. 

Ainsi, selon l’équipe médicale, représentée notamment, outre le sus cité, par sa directrice, Mme LAMPIS-PATTUS et le Dr Louis JEFFRY, “il n’y a pas de crise à l’hôpital LCF. Il y a eu des “perturbations sévères” depuis 2017 qui “ne sont pas endogènes” et qui consistent principalement en une hémorragie de praticiens, un turn over important et des contraintes budgétaires drastiques qui rendent compliquées l’organisation interne et la gestion administrative de l’établissement. 

Pour autant, à l’heure du bilan annuel, l’équipe médicale s’est dite satisfaite des résultats globaux de l’hôpital avec 5 000 malades hospitalisés, 1 500 interventions réalisées et 50 passages en moyenne aux urgences/jour cette année et une gestion exemplaire de la crise COVID.

Le Dr VANGEENDERHUYSEN, n’oubliait pas le motif principal de la convocation de la presse :
“Les professionnels qui travaillent à l’hôpital sont fiers de leur établissement et sont blessés par les mots de la presse.”

Un doigt de recadrage

Selon l’équipe médicale, il conviendrait donc, à l’aune de ces éléments, de relativiser quelque peu les récits médiatiques émanant, selon le Dr JEFFRY, d’une poignée de médecins identifiés et sollicitant la presse “par manque de rigueur ou par rancœur”. 

En effet, la crise rencontrée par l’hôpital LCF ne se démarquerait de celle subie par de nombreux autres territoires, même si elle a été exacerbée par l’ouragan Irma en 2017, la mise en place d’une administration provisoire en 2019 et l’épidémie de COVID-19 en 2020. “Le virus a mis en pièces la dynamique qui s’était mise en place après Irma alors que l’ouragan avait déjà provoqué un stress important, y compris chez les soignants” et généré une perte de 30% d’effectifs en médecine de ville notamment. 

Malgré tout, les porte-paroles de la communauté médicale ne sont pas peu fiers d’affirmer que les “équipes ont vraiment fait preuve d’un grand professionnalisme et d’un grand dynamisme” au service d’un hôpital qu’ils considèrent en capacité de répondre aux besoins de la population, population qu’ils tiennent à rassurer quant à la qualité de l’offre de soins. “Le plus douloureux et le plus dangereux est la perte de confiance de la population” a ainsi souligné le  Dr VANGEENDERHUYSEN.

Quelque rappels à l’ordre

Et c’est surtout à cet égard qu’étaient donc sollicités les médias (lanceurs d’alerte ou pompiers pyromanes selon les jours et/ou les supports parfois…) ainsi donc sensibilisés, si besoin était, quant aux conséquences de leurs écrits jugés “parfois imprécis ou manquant de clarté”. Conséquences qui, de plus, ne seraient pas circonscrites à l’hôpital lui-même, ni même au territoire. Les critiques émises à l’encontre de la gestion de l’hôpital induiraient également une perte d’attractivité et une perte de confiance à l’égard des professionnels qui se renseigneraient avant de postuler à l’hôpital.

C’est donc en ce sens que, de manière globale, le Dr JEFFRY a tenu à lancer un appel général au “calme pour que les gens puissent travailler”, épaulé en cela par son homologue, le Dr VANGEENDERHUYSEN, pour qui “Un hôpital, c’est un grand vaisseau. Ce n’est pas l’endroit où tout le monde décide de tout.”

Les rappels à l’ordre n’étaient en effet pas, ce jour-là, réservés à l’usage exclusif de la presse mais aussi à ceux qui “trop souvent (…) ont fait énormément d’entorses à la discrétion professionnelle” ; comprenez ici les praticiens qui alimentent la presse de manière beaucoup trop récurrente, selon l’équipe de direction. A ceux-là, le Dr JEFFRY a été clair à dire que l’hôpital ne pouvait performer qu’avec de “bons médecins”, compétents, sachant faire preuve d’autonomie, disposant d’expérience et d’une spécialité répondant à un besoin réel du territoire. Au-delà de ces pré-requis, toujours selon le Dr JEFFRY, une seule règle présiderait désormais à la gestion des ressources humaines au sein de l’hôpital LCF : la cohésion d’équipe et que, de manière consensuelle, tous les professionnels qui mettraient en danger cette cohésion seraient écartés de l’équipe… A bon entendeur !

Plus de transparence

Il est un fait que le citoyen, le professionnel, l’élu à court d’arguments ou de solutions dans sa strate, se tourne volontiers vers les médias pour dénoncer, s’épancher et souvent, surtout pour espérer trouver une oreille attentive. Il est également un fait que ces médias sont friands de ce genre de témoignages, en particulier lorsque ces témoignages sont multiples et concernent une sphère, des activités empreintes d’opacités. La nature a horreur du vide…

Consciente de cela et de ses carences en termes de communication, l‘équipe de direction n’a pas rechigné, devant vos humbles serviteurs, à endosser sa part de responsabilité dans l’agitation médiatique. “Je suis désolée pour cette année, c’était une année compliquée. Nous pensions mettre en place rapidement une politique de communication mais le COVID nous est tombé dessus…” a ainsi humblement admis Mme LAMPIS-PATTUS qui veut désormais s’attacher à “ouvrir le champ des possibles”. Faute avouée à moitié pardonnée…  même si en réalité l’hôpital ne communique plus depuis des années, bien avant Irma et la Covid 19 ou Madame Lampis.

En 2021, c’est promis, l’hôpital entend donc communiquer plus et mieux, mais aussi avec “sérénité, confiance et respect (…) Il est normal que l’on vous donne régulièrement des nouvelles de la maison en toute transparence.” Nous avons hâte… d’autant plus que les sujets  s’annoncent être nombreux puisque le projet médico-social de territoire prévoit notamment le développement de l’offre de chirurgie y compris ambulatoire, de l’hospitalisation de jour et même l’ouverture d’un service de chimiothérapie au deuxième trimestre de l’année. Ce projet visant à encadrer l’offre de santé hospitalière pour les 5 prochaines et actuellement en cours de validation par l’ARS et devrait donc nous être présenté en début d’année prochaine.

En attendant, et même à l’avenir, il est des sujets sur lesquels la Direction ne souhaite pas s’exprimer, ces “choses administratives qui relèvent des ressources humaines”, celles-là même qui alimentent régulièrement vos journaux. Considérant ainsi que les faits relatés correspondent à des situations individuelles ou à des divergences particulières “normales”, certains sujets continueront à être gérés strictement en interne et ne donneront pas lieu à débat public.

Cela concerne par exemple les choix de recrutement, de licenciement, les procédures afférentes, les grilles de rémunération, etc. qui “répondent à une réglementation stricte” ou encore les conflits internes ou tout autre fait relevant de procédures disciplinaires ou en cours d’enquête,  tel que la tentative de suicide d’un infirmier anesthésiste au mois de novembre 2019. 

Dr Louis Jeffry, à propos du recrutement de praticiens étrangers“Sur la politique de recrutement de notre établissement, dans laquelle la direction s’attache à remettre de l’ordre, il y a quelque chose que l’on ne va pas supporter d’entendre (…) Ce sujet il faut absolument le bannir”

Mais ce” tabou-isme” couvrira-t-il aussi les champs des instances réglementaires, l’absence de renouvellement du board de certaines d’entre elles, le non-respect de certaines procédures de nomination ou encore les constats et préconisations du rapport de l’inspection menée au centre hospitalier en début d’année ?

L’avenir nous le dira tout comme il nous dira jusqu’à quel point les organes de presse présents respecteront le cadre d’expression tracé par la Communauté médicale…

Une autre question se pose et nous titille quant au concept de cohésion d’équipe… quand l’essentiel de l’équipe abandonne le navire pour des raisons personnelles qui ressemblent souvent à de la pression quitte à accepter des postes ou missions de moindre envergure, est ce que le problème de cohésion peut être imputé à la majorité partante ou à la minorité dirigeante ? Sera-t-il demandé aux arrivants de jouer les bénis oui-oui, inféodés à celles et ceux qui occupent parfois des positions obtenues ou maintenues dans des conditions qui dépassent le cadre de la stricte réglementation évoquée par la directrice ?

La presse continuera de faire le travail qui est le sien, non par donquichottisme au bénéfice d’un individu mais parce qu’en milieu insulaire plus qu’ailleurs, elle a bien conscience que de trop nombreux dysfonctionnements à l’hôpital mettent, ou mettraient si le conditionnel peut soigner certaines susceptibilités, à mal la qualité d’un service que l’on ne peut trouver dans la commune d’à côté et dont nous sommes donc ultra-dépendants.

C’est la trêve des confiseurs, offrons donc le bénéfice du doute à toutes les parties… 

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1 comment

  1. Hôpital corrompu jusqu’au yeux comme la collectivité, la police territoriale, les pompiers, l’aéroport, le port, la caf, la sécurité sociale. Tous ont des casseroles. Un ancien directeur qui distribuait les diplômes d’aide soignante aux jeunes femmes dociles. Une ancienne trésorière qui piquait dans le coffre. Et Jeffry qui passe à travers les gouttes, jusqu’à quand ? Bref, Saint-Martin.

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