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D’abord absente de la feuille de route antillaise du Ministre des Outre-mer, Saint-Martin fut finalement la dernière étape de la visite officielle de Sébastien Lecornu, un ajout last minute de bon aloi qui évite peut-être aux mauvaises langues de se laisser aller à un sentiment de boycott… Pour autant, la visite surprise semble une méthode à laquelle tous les élus antillais n’ont pas adhéré, le Président de Région Ary Chalus en premier lieu.

Conférence de presse était donc proposée en milieu d’après-midi dimanche dernier en préfecture de Saint-Barthélemy et Saint-Martin, sans ordre du jour particulier puisqu’il n’y a pas eu de réelle annonce et que le Ministre était venu en premier lieu pour remercier les services de l’État pour leur action en cette année 2020 trouble et leur présenter ses vœux pour l’année 2021 que l’on espère moins trouble… open bar supposé pour les journalistes saint-martinois. Parallèlement, l’absence d’effet d’annonce force l’acuité et oblige à se nourrir de détails.

D’abord la méthode…

Sébastien Lecornu, Ministre des Outre-mer : “Un passage bref, c’est assumé puisque le principe d’un passage c’est de passer (…).”

Le Ministre, s’il avait déjà foulé plusieurs fois le sol saint-martinois (“Cinquième visite en tant que Ministre, 6ème en tant qu’homme”), ne l’avait pas encore fait avec la charge du portefeuille ultramarin. Son approche est simple : rester longuement sur les territoires comme il le fit pour la Nouvelle Calédonie ou se fendre de passages récurrents de courte durée.

Vous aurez deviné que nous appartenons à la deuxième catégorie dans le cadre de cette visite qui a mis quelques temps avant de devenir “officielle” puisqu’elle ne figurait pas au programme initial. Notons que le déplacement a de plus subi quelques aléas du fait d’un vent soutenu soufflant parfois au mauvais moment sur les tarmacs.

Le Ministre annonce d’ailleurs un autre passage potentiel pour la mi-février, à Saint-Barthélemy comme à Saint-Martin, dans le cadre d’un déplacement qu’il effectuera en Guadeloupe sur le sujet épineux de l’eau, sujet que maîtrise pleinement son directeur de Cabinet, Philippe Gustin, puisqu’il a largement occupé ce dernier lorsqu’il était préfet de région Guadeloupe, sa précédente fonction.

Déjeuner Républicain le Dimanche midi… avec la sénatrice Annick Petrus…

C’est au Pressoir à Grand Case, haut lieu de la gastronomie saint-martinoise, que le Ministre proposait à certains de nos élus locaux de partager un déjeuner républicain. Le Président Gibbs n’a pu s’offrir le plaisir du moment, officiellement retenu par d’autres obligations, quant à la Députée Claire Javois, au delà d’une impossibilité d’agenda, elle considère que cette rencontre aurait mérité un moment de travail avec les élus et les socio-professionnels au regard de la crise que traverse le territoire.

C’est donc notre sénatrice, Annick Petrus qui a tenu compagnie au Ministre, assurant à l’issue du repas : “Cet échange nous a permis de passer en revue l’ensemble des dossiers importants pour notre territoire. J’ai pu rappeler au ministre la nécessité de l’engagement de l’Etat en faveur des Saint-Martinois, notamment à travers les fonds du Plan de relance. Je retrouverais très prochainement le Ministre à Paris au Sénat, puisque notre délégation aux outre-mer, dont je suis vice-présidente, l’auditionnera le 14 Janvier prochain.”… une love story en devenir ? N’oublions pas que LREM est en quête de sénateurs et sénatrices compatibles au sein de la chambre haute majoritairement “à droite” pendant qu’ici, tout ce que le territoire compte de candidats potentiels pour 2022 cherche la lumière.

Nous noterons que cette dernière, quoique siégeant avec le Groupe LR au sénat, est certainement beaucoup plus compatible LREM que ne le sont le Président ou la Députée, un petit détail pour certains mais un détail qui pourrait peser en 2022.

Pour autant, le Président Gibbs aura eu un moment, hors protocole, en tête à tête avec le Ministre des Outre-mer, l’un et l’autre se connaissant bien et partageant une fibre “Les Républicains tendance sarkozystes” commune, point d’accroche certainement beaucoup plus affriolant pour le Président Gibbs que la politique du Gouvernement à l’endroit de St Martin depuis le début de son mandat et suite à Irma si l’on se base sur ses propres discours.

Sébastien Lecornu : “Je connais bien le Président Gibbs, je l’ai connu quand il était Député.”

L’absence d’autres élus ou d’une représentation des membres de l’exécutif laisse toutefois particulièrement interrogateur quant à la nature des relations qui doivent être tissées avec le Ministère et si d’aucuns n’hésiteront pas à officiellement arguer du fait que cet aspect last-minute est un manque de considération à l’endroit de leur mandat qui justifiait de pratiquer la politique de la chaise vide, d’autres se contenteront de noter qu’il n’est pas une visite présidentielle ou ministérielle qui n’ait pas donné lieu à une large part d’improvisation… ONE POINT pour Madame la Sénatrice…

Le début de l’ère “Gouteyron”…

Interrogé quant à la nature des relations entre Paris et Saint-Martin après quelques années de tensions réelles mais très personnelles entre la représentation de l’Etat, Sylvie Feucher, et le premier de nos élus, Daniel Gibbs, le Ministre se fendra de quelques commentaires rappelant d’abord qu’il n’est pas de méchant Etat face à de gentils élus locaux pas plus qu’il n’est de méchants élus face à un gentil Etat. Un certain “Gibbs bashing” aura donné au ministre l’occasion de rappeler que la représentation locale est le fruit des urnes, qu’il faut un certain courage pour se présenter et que celles-ci savent aussi témoigner de l’insatisfaction des citoyens à l’endroit de ceux qui les représentent.

Quoiqu’il en soit, le Ministre non sans humour évoquait l’arrivée récente de Serge Gouteyron, nouveau préfet délégué à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin, arguant du fait que cela traduisait un changement de moment, un changement d’ère.

Sébastien Lecornu : “L’ère Gouteyron doit être l’ère de la jonction entre la fin des leçons d’Irma et la véritable relance du territoire en mode projets (…)”.

Pour autant, quelques dossiers saint-martinois

La COVID-19…

Non, Saint-Martin n’est pas oubliée du dispositif vaccinal. Même si nous ne disposerons pas de super-congélateur à même de stocker entre -70 et -80°C le précieux vaccin, celui-ci est à même de voyager depuis la Guadeloupe ou la Martinique. L’heure était donc au moment de la rencontre à la concertation et à la sensibilisation des publics prioritaires et à leur acceptation de la vaccination pour pouvoir organiser le flux de vaccins.

Le PPRn bien sûr !

Et oui, on en viendrait presque à l’oublier celui qui par voie de protocole aurait dû voir le jour fin 2019 est qui in fine est toujours en cours d’élaboration. Le PPRn version 2021, c’est-à-dire celui adopté en août 2019, enrichi des travaux de la Mission Lacroix et peut être de la collaboration avec les services de la Collectivité serait en phase d’achèvement et l’enquête publique pourrait bientôt être proposée à la population malgré l’actualité judiciaire sur ce sujet…

Un moment qui sera l’objet d’une grande vigilance puisque l’on sait les dérives et l’usage qui avait été fait du sujet pour conduire aux émeutes de fin 2019/début 2020 avec toutefois cette petite phrase de Sébastien Lecornu qui ne laisse que peu de place au doute : “L’État peut-il être moins disant ? La réponse est NON.”

La coopération avec Sint Maarten…

Le Ministre est clair à dire que celle-ci doit être renforcée localement mais surtout à affirmer la volonté du Gouvernement à nourrir les échanges avec Le Royaume de Hollande. Un entretien a déjà eu lieu il y a quelques semaines avec le Ministre des Affaires Etrangères du Royaume.

Sébastien Lecornu : “Il nous a semblé important de commencer à entretenir des relations d’Etat à Etat plus nourries (…)

Une rencontre bilatérale devrait avoir lieu prochainement à La Haye sur le sujet “Saint-Martin/Sint Maarten” où il sera certainement question de coopération fiscale mais aussi de la notion de Droit de poursuite dans les Eaux Territoriales qui ne manque pas d’intérêt.

Petit message au Ministre : “What about Anguilla and the Brexit’s consequences ?”

La compétence environnement…

Autre serpent de mer qui occupe régulièrement les arcanes locales : est-ce que la Collectivité de Saint-Martin souhaite prétendre à l’exercice de la compétence environnement… ou pas ?

La porte avait déjà été ouverte plusieurs fois et pas plus tard qu’en juin dernier, Annick Girardin alors Ministre des Outre-mer se disait favorable à ce que la Collectivité récupère cette compétence.

Le Président Gibbs dans la foulée a lui aussi évoqué le sujet plusieurs fois en Conseil Territorial tout en ne manquant pas de signifier que ce transfert de compétence ne pourrait se faire que s’il était compensé budgétairement avec sincérité.

Chat échaudé craignant l’eau froide, la compensation au rabais, voire l’absence de compensation, dont avaient fait l’objet les compétences déjà héritées sont effectivement un frein notable à la démarche. Le Ministre Sébastien Lecornu exprime clairement le fait qu’il n’est pas favorable à ce transfert au motif que le territoire est par trop en prise avec les aléas climatiques ou sismiques : “C’est bien que l’Etat garde ce genre de responsabilités.”. Pour autant, le Ministre ne semble pas fermé à l’idée si toutefois elle était le fruit d’une consultation populaire ad hoc.

Destinée touristique et présence de requins…

Sans minimiser l’aspect dramatique de l’accident de décembre imputable aux morsures d’un requin et ayant coûté la vie à la victime, le fait est que les eaux saint-martinoises sont le milieu naturel de plusieurs espèces de squales dont certains peuvent atteindre des tailles respectables. Le Ministre aura donc pris le temps d’un point sur la situation, avec les pouvoirs publics comme avec un panel de scientifiques de façon à pouvoir apporter des réponses adaptées qui préservent et les espèces et le potentiel touristique du territoire.

Les moyens de la justice à Saint-Martin

Enfin, et même si le sujet nous est aussi cher qu’il semble tabou, trois ans après le cyclone, certaines de ses conséquences sont ou devraient être judiciaires et l’on ne peut que déplorer le fait que le parquet comme les services dédiés aux enquêtes n’aient pas bénéficié de moyens plus larges pour pouvoir traiter et absorber les dossiers imputables à Irma, certainement le maillon aujourd’hui défaillant qui ne plaide pas en faveur de l’exemplarité ou de la résilience.

Si la justice saint-martinoise n’a traditionnellement pas à rougir de ce qui se fait ailleurs, les conséquences judiciaires d’Irma auraient certainement mérité un renforcement effectif le temps d’expurger ce qui doit l’être ou aurait dû l’être. Sur le sujet, le Ministre nous renverra aux fondamentaux de la République qui repose sur la séparation des pouvoirs, même si un petit mot en conseil des Ministres à son homologue aurait été bienvenu tant la fuite des capitaux et l’évaporation des remboursements d’assurance a pignon sur rue pour in fine n’avoir que relativement ruisselé sur le territoire…

Sébastien Lecornu : “J’ai cru comprendre qu’un certain nombre d’enquêtes étaient toujours en cours et qu’elles seraient menées jusqu’à leur terme.” 

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