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Grande nouveauté de cette année, que nous saluons d’autant plus que l’on nous a promis que l’expérience serait renouvelée régulièrement, la Directrice Générale des Services (DGS) de la Collectivité recevait la presse (écrite), mardi 26, afin de lui “présenter les travaux qui ont été menés ces derniers mois dans le cadre de la réorganisation” de l’Administration territoriale. Or, vous savez comme le sujet nous passionne, à plusieurs titres…

Avant eux, le désert ?

En préambule de sa présentation, Christiane Ayache, arrivée en août 2019, a souhaité dresser le bilan de la première phase de sa prise de fonction consacrée à l’acclimatation et à l’observation de l’existant “en toute humilité” et qui a abouti à “un constat des dysfonctionnements au sein de la Collectivité depuis 2007 et l’insuffisante montée en puissance de l’administration depuis la phase de transfert des compétences.”

Rien d’inédit, la Chambre territoriale des comptes avait déjà pointé en 2018 “une grande partie de l’effectif inadaptée aux compétences de la collectivité, une fonction Gestion des ressources humaines défaillante, de graves irrégularités dans le cadre de la commande publique”, etc. et émis une série de recommandations. Plus récemment, un audit de l’AFA parvenait aux mêmes conclusions, dans son champ de compétences.

Quoiqu’il en soit, c’est sur la base de ses propres constats que Mme Ayache a réexpliqué les raisons pour lesquelles il était nécessaire que la Collectivité refonde son administration. En résumé, et même si la DGS consent à reconnaître qu’il existe au sein de la COM une part d’agents compétents et/ou méritants, “des personnels pour la grande majorité professionnels et dévoués”, elle déplore un manque de transversalité et de communication entre les services, une mise en oeuvre défaillante des politiques et du service publics, une méconnaissance des règles, une gestion aléatoire des ressources humaines, une absence de définition des postes et des rôles, etc., etc, etc.

Et, s’il est évident que la pléthore de contrôles post-Irma nous impose, parfois brutalement, d’entrer dans un cadre que l’Etat et les gouvernances locales avaient omis de poser ou de respecter jusqu’alors, la DGS n’hésite, elle, pas à poser le point de départ de la nécessité de restructuration administrative de la COM, par ailleurs promesse électorale de la Team Gibbs, à son arrivée. Qui l’en blâmera ? Ce n’est pas en restant en arrière qu’on peut aller de l’avant…

Puis vint une armada…

De l’autre côté du miroir, vus de l’extérieur, ces mois dits d’observation semblent surtout avoir été mis à profit pour étoffer les effectifs de la Collectivité dont la carence en termes d’encadrement n’était, en tout état de cause, plus à démontrer. Ainsi, entre août 2019 et janvier 2021, nous avons ainsi notamment recensé en termes de recrutement :

Les renforts ont donc commencé à arriver depuis plus d’un an et la montée en puissance de l’administration devrait encore se poursuivre tout au long de cette année au travers d’autres recrutements, annoncés comme “nombreux” par la DGS (36 selon nos sources), mais aussi de promotions et de valorisations internes, le fil d’Ariane demeurant l’accès à des postes de responsabilité pour les cadres saint-martinois. 

Un État-Major affûté

“Un chef, c’est fait pour cheffer” disait le Président Chirac et pour bien cheffer et venir à bout de certains usages et comportements bien ancrés, Mme Ayache a évidemment besoin de pouvoir s’appuyer sur une équipe compétente, motivée, mobilisée et maîtrisant parfaitement les rouages et subtilités de l’Administration avec un grand A.

A ce titre, “son équipe rapprochée de directeurs généraux adjoints (DGA)”, dont certains sont nommés Chargés de mission pour des questions inhérentes aux conditions de postes dans la fonction publique, inspire (en grande majorité) confiance et espoir. Ainsi, “une équipe managériale pluridisciplinaire est à la manœuvre au service des élus et des administrés” composée notamment de :

  • Faridah CHANLOT, DGA administration générale (depuis, au moins……)
  • François-Xavier BINVEL DGA au développement économique (arrivé en 2017 en qualité de Directeur adjoint du cabinet du président dont il était auparavant assistant parlementaire)
  • Nathalie MARRIEN, DGA Solidarité et Familles (janvier 2020)
  • Andy DABRICOT, DGA Développement Durable, (1er mars 2020)
  • Emmanuel LAIGNEAU, chargé de mission auprès de la DGS (avril 2020)
  • Jocelyn ELOUIN, DGA Développement Humain, prise de fonctions (juin 2020)
  • Jean-Sébastien GOTIN, chargé de mission Ressources (décembre 2020) 

Au regard de leurs CV, de certaines prises de parole lors du point presse, mais aussi de notre connaissance de certains d’entre eux au-delà du strict cadre de leurs missions, nous avons tendance à penser que si un chef se juge à la qualité de son état-major, Cheffe Ayache marque ici indubitablement quelques points d’avance.

En attendant…

… que ces plus ou moins jeunes recrues prennent leurs marques à la fois sur le territoire et au sein de l’administration, la continuité du service public doit être assurée, malgré le “manque de fiabilité” d’une part de l’existant, et dans des conditions qui se démarquent de ce qui a pu être fait durant ces 14 années d’exercice des compétences transférées.

Pour ce faire, le choix a été fait de contourner les écueils internes en externalisant une part des missions publiques :

  • Diagnostic RH et organisationnel
  • Elaboration de la Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences Territoriales
  • Assistance technique et conseil en commande publique
  • Assistance à maîtrise d’ouvrage relative à la passation des marchés publics
  • Aide au recrutement
  • Organisation d’évènements

Même l’élaboration du nouvel organigramme est passée par l’appréciation d’un cabinet externe et l’ironie du sort fait que toutes ces expertises ont été sollicitées au travers de… marchés publics, le service le plus révélateur en terme de dysfonctionnements au sein de la COM, à tel point que la commande publique “était quasiment à l’arrêt depuis le second semestre 2019”, selon la Collectivité. Pas pour tout le monde apparemment… 

180 000, 121 125, 1 150 000, 91 106, 230 000, Agence EY, PRAGMA, ACTIOVAL, ESPELIA… Des chiffres et des lettres qui mettent en exergue les carences de l’administration, mais aussi le manque de confiance en les personnels déjà en place et dont le nombre avoisine le millier et représente une masse salariale certaine.

La DGS sur tous les fronts

Christiane Ayache, DGS

Peu importe, la nature a horreur du vide et en l’occurrence, il n’est un secret pour personne que le cercle politique du président Gibbs s’est largement émacié depuis sa victoire en 2017, que ce soit au sein sa Team ou à la tête de son cabinet qui a vu passer 2 directeurs de cabinet et un directeur adjoint. Qu’à cela ne tienne, la DGS est, elle aussi, pluridisciplinaire et le président détient, en sa personne, une arme de guerre : “l’Ayachnikov” ! 

Ainsi, outre son rôle de n°1 de l’administration territoriale qu’elle assume avec passion, Christiane Ayache s’est aussi révélée être une politique véhémente : “Il a fallu du courage au Président Gibbs pour lancer cette réforme administrative à quelques mois des prochaines échéances électorales. Dans ma longue carrière, j’ai rarement vu un tel courage politique.”

Rien de complètement hérétique puisque l’on sait la sous-préfète issue du sérail LR, et même engagée aux côtés d’Alain Carignon lors des dernières municipales à Grenoble, mais un tel discours à l’occasion d’un point presse dédié à l’organisation administrative, que le président n’a pas jugé utile de colorer politiquement ne serait-ce que par une apparition, interroge forcément quant aux frontières entre devoir de réserve, neutralité de la fonction publique et liberté d’expression des fonctionnaires à haute responsabilité. 

L’exercice est délicat lorsque l’on occupe des fonctions aussi liées au pouvoir politique et il l’est encore plus dans notre contexte judiciarisé où il apparaît primordial, pour sauver l’éligibilité de Daniel Gibbs, aux prochaines élections que celui-ci apparaisse ignorant des méandres de Polichinelle de la COM, quitte à nous marteler que le président découvre la situation de l’administration territoriale en même temps que sa DGS.

Il est pourtant élu localement depuis 2001 ; il a fait partie, dans l’exécutif, de la majorité au pouvoir en 2007 ; il a ensuite été député et élu de l’opposition en 2012 ; il a co-rédigé en 2014 un rapport parlementaire invitant à une montée en puissance de l’administration territoriale ; il a aussi été récipiendaire du rapport de la CTC sur la gestion de la COM en 2018… Un modèle de continuité politique mais, foi de DGS, le président “découvre”

Une refonte gagnant-gagnant

Quoiqu’il en soit, cette nouvelle organisation territoriale est, en tout état de cause, un réel cap que nous ne pouvons que saluer. “La Collectivité de Saint-Martin est à nouveau en ordre de marche, dans une ambition consolidée et un élan partagé”, nous a affirmé la DGS et nous souhaitons qu’elle ait raison.

C’est l’image de Saint-Martin, de sa population qui en dépend, ce sont aussi les finances de la Collectivité car aucun mécanisme ou dispositif de financement, étatique ou européen, ne saurait être actionné, au-delà des discours politiques, sans un minimum d’ingénierie.

Il reste maintenant à charge des différents délégués et directeurs de le décliner en fiches de poste et surtout, de veiller à la bonne mise en œuvre du contenu de celles-ci tout en participant à la bonne intégration des futurs nouveaux arrivants ainsi qu’à la promotion ou au sanctionnement de ceux qui sont déjà en place, tout cela “en mode projet” et sous l’œil attentif des syndicats et des instances de contrôle internes finalement mises en place.

Lourde tâche dont la DGS pose l’échéance, en termes d’efficience, à plus ou moins 5 ans, en émettant ouvertement le vœu que Daniel Gibbs soit réélu pour pouvoir profiter des fruits de ce titanesque travail. Il est évident, en effet, qu’en cas de réussite de cette réforme, elle constituera un argument électoral de poids pour la Team Gibbs qui jouit par ailleurs d’une dramatique carence territoriale en termes d’alternative électorale.

En cas d’échec, le président pourra toujours citer LEDRU-ROLLIN : “Je suis leur chef, il fallait bien les suivre”…

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