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Lundi dernier, Saint-Martin recevait la visite du commandant de la gendarmerie de Guadeloupe et des îles du Nord, le général Thierry Renard himself, et du Colonel Olivier Fischoeder, coordonnateur des unités mobiles, venus faire le point sur l’accident survenu la veille et apporter leur soutien au militaire blessé dans ce cadre.

Rappel des faits

Dimanche 7 en début de soirée, comme presque tous les dimanches depuis quelques temps, une horde de motards trompe-la-mort traverse Marigot et ses alentours sans considération aucune pour les autres usagers de la route et dans le plus grand irrespect du Code dédié.

Si, jusque là, assez miraculeusement (ou parce que cyclistes, automobilistes, piétons impuissants sont acculés à dégager la voie), aucun accident grave n’était à déplorer, la donne a changé lorsque, ce dimanche, un des deux-roues arrivant à contre-sens, a percuté un gendarme positionné au rond-point de Bellevue dans le cadre d’une opération de contrôles routiers. Projeté sur plusieurs mètres et grièvement blessé, le militaire est fort heureusement aujourd’hui hors de danger vital.

Les motards, à l’exception de deux, ont poursuivi leur course folle vers la partie hollandaise, les mettant de fait hors de portée des forces de l’ordre françaises. A notre connaissance, aucune interpellation n’a eu lieu à ce jour même si nous ne doutons pas des forces mobilisées sur cette affaire touchant l’un des leurs. La conférence de presse tenue lundi 8 fut d’ailleurs l’occasion pour le Général Renard d’affirmer la détermination de la gendarmerie à lutter contre la recrudescence des vols à main armée et des comportements à risques des motards en particulier, sur les routes de Saint-Martin.

Un air de déjà vu, à quelques détails près…

Au-delà de l’émotion forcément vive au sein des forces de l’ordre, de tels faits sont évidemment intolérables et leur contexte inacceptable mais malheureusement pas inédit. Il y a 14 ans, au mois de février également, Raphaël Clin, 31 ans, gendarme de la brigade de Marigot, était mortellement fauché par un motard participant à un “run” sur la route de Bellevue…

La différence tient au fait qu’en 2007, les lieux étaient loin d’être déserts et l’accident a donné lieu à d’intolérables scènes de liesse sur fond de racisme et de haine suivies d’une mini-grève, même si ce terme est prohibé au sein de l’armée, de la brigade de Marigot restée cadenassée durant plusieurs jours.

En 2007, la mort du gendarme Clin avait aussi attiré l’attention de la hiérarchie gendarmesque sur les particularités de l’exercice de l’autorité et de l’application du Droit sur notre territoire bi-national sans frontière et sans maîtrise de l’immigration. C’était alors le général Dominique Norois, numéro deux de la gendarmerie nationale et le général Guy Parayre, directeur général de la gendarmerie qui s’étaient déplacés à Saint-Martin où les forces de l’ordre dénonçaient déjà une “situation explosive, l’animosité de certains jeunes à leur égard et la difficulté à accomplir leur mission sur cette île «isolée» où elles essaient de faire respecter la loi, dans un lieu où cette loi est encore loin d’être admise”. C’était en 2007 et Le Monde titrait “Saint-Martin, l’île où les gendarmes ne font pas la loi”

“Les délinquants se sentent sur une terre sans loi et, nous, nous avons un sentiment d’impuissance.”

Un gendarme souhaitant rester anonyme en juillet 2007

Qu’est-ce qui a changé ? 

Peut-être la bonne volonté et le volontarisme de certaines gendarmes qui renâclent, voire renoncent, à intervenir à certains endroits… 

En novembre 2019, nous écrivions à cet égard : “pour une part de la société, la Saint-Martin se célèbre à coups de vrombissements et de dérapages. Tout au long de la journée déjà, de nombreux engins traversaient l’île à toute allure, bruyamment et souvent de façon désordonnée. Une sorte de désormais rituel venu remplacer les traditionnelles courses de vélo ou balades à pied ; autres temps, autres mœurs ? C’est sans doute ce qu’ont pensé les forces de l’ordre lorsqu’alertées quant au blocage de la rue de Sandy Ground se sont contentées d’un laconique “On sait, faites le tour !” sans juger leur présence sur site utile, ne serait-ce que pour assurer la sécurité ou régler la “déviation” imposée par les bloqueurs, faisant de l’endroit une zone de non-droit de fait…”

Le mois dernier, de nombreux témoignages d’automobilistes affluaient sur les réseaux sociaux et à notre rédaction quant à des tentatives de braquage cumulées sur une soirée entre Sandy Ground et la Baie Nettlé, et dont le traitement par les services de gendarmerie auraient été circonscrit, selon nos informations, à une prise en charge téléphonique.

Et en février 2021, les Runs se poursuivent de manière religieuse le dimanche matin et le dimanche après-midi, les sorties dominicales et familiales de certaines plages se font en slalomant et en tentant d’éviter les deux-roues, maîtres de la voirie…

Le changement, c’est maintenant ?

Dès lors, l’accident survenu dimanche, la venue sur place du commandant de gendarmerie, les mots du Préfet Gouteyron et sa volonté de mettre en place un Plan Départemental d’Action et de Sécurité Routière (PDARS) sonnent-ils la fin de la récré routière ? Wait and see… 

Ce qui est certain en tous cas, c’est que l’action étatique pourra en ce sens s’appuyer sur la jeune et très active Association Sécurité Routière SXM, présidée par le capitaine de gendarmerie Thierry Verres, très au fait des problématiques locales en matière de prévention et de sécurité routières.

En attendant, sur un autre axe d’un point de vue strictement journalistiques et/ou citoyen, et sans vouloir minorer les évènements de dimanche dernier, nous ne pouvons qu’être assez interloqués par la célérité avec laquelle s’est tenue la conférence de presse afférente, là où le commandement local nous a plutôt habitués à une communication particulièrement sporadique, même lorsque se produit un triple homicide sur le territoire… Triple homicide dont nous attendons toujours la version officielle, voire quelques détails.  

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