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Après avoir, en début d’année, procédé à une réorganisation de ses services devant permettre à l’administration territoriale de monter en compétence à plus ou moins court terme, la Collectivité entend s’attacher maintenant à la santé de ses agents, et à la qualité de leur sommeil en particulier.

SAHOS pour syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil

C’est en tout cas en ce sens que le Conseil exécutif a approuvé le 7 janvier la signature d’une convention avec la société SOS OXYGENE CONFORT MÉDICAL, pour la conduite d’un projet collaboratif nommé SAHOS.

Il s’agira pour la société privée de mener une étude au sein de la Collectivité au travers de questionnaires destinés à évaluer la qualité du sommeil des volontaires et à en dépister les éventuels troubles et les apnées du sommeil en particulier.

Ce seront ainsi 900 questionnaires qui seront distribués en interne en trois langues (français, anglais, espagnol) afin de garantir un échantillon le plus vaste possible même si d’aucuns pourront s’étonner que les agents du Service public ne soient pas considérés comme maîtrisant suffisant le français pour pouvoir appréhender une telle consultation.

SUS au SAS

Si le sujet pourrait dans un premier temps prêter à sourire, il faut savoir que l’enjeu est de taille puisque le syndrome de l’apnée du sommeil (SAS) peut vraiment altérer le fonctionnement mental et physique des personnes qui en souffrent.

Caractérisé par des interruptions répétées et incontrôlées de la respiration pendant le sommeil, le SAS a évidemment des conséquences sur la qualité du sommeil mais peut aussi résulter en des complications cardiovasculaires à plus long terme tels que l’hypertension ou encore le diabète de type 2. A ce titre, le SAS fait l’objet, à l’échelle internationale, de nombreux travaux et études cliniques visant à mieux comprendre les liens entre ce syndrome, les complications cardiovasculaires associées et la surmortalité observée chez les patients. 

En France, la Haute Autorité de Santé veille et tente depuis 2014 de mettre en place une stratégie thérapeutique efficiente autour du SAS qui, s’il ne touche que 4% de la population française, représente un enjeu économique majeur, en termes de prise en charge par l’Assurance maladie notamment. En 2012, les dépenses de la Sécurité sociale liées à l’oxygénothérapie seulement étaient ainsi estimées à 375 M€, en hausse constante.

Dormez fonctionnaires, la COM veille…

Au-delà des ces aspects financiers et de santé publique, l’enjeu est également professionnel puisque le SAS peut avoir des répercussions importantes sur le travail et sur la sécurité du malade dans l’expression de son principal symptôme : une fatigue chronique. 

Associée à des difficultés de concentration, d’attention ou de mémorisation, une irritabilité, cette fatigue nuit à l’efficacité et à la productivité. Ainsi, selon une étude GCC Insights, organisme international de suivi de la santé et de la productivité des employés, l’apnée du sommeil, non traitée, serait une cause d’augmentation des arrêts de travail (31 % contre 19 % chez les bons dormeurs), des accidents du travail (8 % contre 1 %), des accidents de la route et engendrerait 2,5 fois plus d’absence et 2 fois plus d’arrêts maladie longue durée.

Dans une autre étude, le Centre Canadien d’hygiène et de sécurité au travail n’hésite pas à comparer le manque de sommeil à une forme d’alcoolémie et à lier l’accident de Tchernobyl à la fatigue.

C’est déjà la Berezina à la COM… On comprend dès lors que le Conseil exécutif veuille éviter Tchernobyl et se soucie de la problématique en comptant sur cette étude qui prévoit de lui restituer “une statistique sur la Prévalence du risque de syndrome d’apnées du sommeil chez ses travailleurs en moyenne”, d’autant plus que la démarche, une fois n’est pas coutume, ne lui coûte rien.

La belle affaire !

Ainsi donc les questionnaires établis “à titre gracieux” par SOS OXYGENE CONFORT MEDICAL viseront à évaluer le niveau général de somnolence, l’état de fatigue, l’IMC et la présence de symptômes du syndrome d’apnées obstructives du sommeil des agents de la Collectivité qui y auront répondu. 

Philanthropisme de la part de l’entrepreneur spécialisé dans le secteur du commerce de gros de produits pharmaceutiques et qui affichait avec cette activité un chiffre d’affaires de près d’un million d’euros en 2019 ? Le penser serait réconfortant en ces temps de crise socio-politico-économique qui mettent à mal l’humanisme et ses valeurs…

“ le coût de la prise en charge du SAS par l’Assurance maladie est estimé à 1 105€ par an et par patient”

Pour autant, la convention entre la COM et SOS OXYGENE prévoit que, “avec le résultat de ce test, il est conseillé aux salariés de prendre contact avec un médecin pour discuter avec lui des causes et des conséquences de ce trouble dans leur vie et les traitements adaptés.” Comprenez que les personnes détectées seront logiquement dirigées vers une prise en charge médicale et c’est une bonne chose lorsque l’on sait à quel point ce syndrome est méconnu en dépit de sa gravité potentielle.

Mais la vocation de toute entreprise est de faire du profit et en proposant ses services à la COM, la société compte bien entendu sur des retombées sonnantes et trébuchantes, dans la mesure où la COM et son millier de salariés représentent un potentiel certain, sur du long terme puisque la convention est valable pour une durée d’un an, renouvelable par tacite reconduction. Notons ici que le coût de la prise en charge du SAS par l’Assurance maladie est estimé à 1 105€ par an et par patient.

Quoiqu’il en soit, partenariat gagnant-gagnant, cette convention est une preuve que quand la COM dit qu’elle mettra tout en œuvre pour soutenir les entreprises locales, elle le fait, n’en déplaise aux mauvaises langues…

Et dire que le territoire devait bénéficier d’un Observatoire de la Santé, cofinancé par des fonds publics, actuellement en sommeil pour cause d’affaires judiciaires… 

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