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Bien que les vœux exprimés par le Conseil Exécutif et le Conseil Territorial n’aient pas brillé par leur efficacité, l’exécutif a récidivé la semaine dernière en demandant au Gouvernement de lever les motifs impérieux de voyage pour Saint-Martin.

Toc Toc Toc, frappe la Collectivité

C’est lors de la séance du 24 février que les élus du Conseil exécutif ont ainsi, à l’unanimité des 6 membres présents, émis un vœu à l’attention du Gouvernement lui demandant “de reconsidérer la situation de Saint-Martin et de lever les restrictions de voyage.”

Arguant d’une moindre vulnérabilité (du territoire) au virus du fait de sa structure démographique, de taux de positivité et d’incidence globalement inférieurs à ceux de l’Hexagone, de notre double insularité et évidemment de “l’importante et structurelle dépendance de l’économie saint-martinoise au secteur du Tourisme”, les conseillers réclament donc :

  • Un renforcement des moyens matériels et humains du Centre Hospitalier

  • Une réunion quadripartite portant sur les enjeux de coopération sanitaire entre les deux parties de l’île ;

  • Une ouverture totale du territoire aux visites d’agrément et d’affaires dès le mois de Mars 2021 ;

  • Une amélioration des outils statistiques en matière sanitaire, ainsi qu’un renforcement de la capacité locale de tests ;

  • Une accélération de la campagne vaccinale.

Notons ici que les trois premières demandes sont strictement les mêmes que celles émises au mois de septembre par le Conseil territorial et qui n’avaient trouvé aucun écho national. Pour autant, le vœu du Conseil exécutif a été transmis au ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu.

“Qui est là ?” répond l’Etat

C’est par voie de communiqué préfectoral que l’Etat a répondu aux élus locaux le 3 mars. Et comme nous vous l’annoncions déjà la semaine dernière, la réponse est sans surprise négative : “La capacité hospitalière pour répondre à une augmentation des cas graves de covid-19 étant dépendante de celle de Guadeloupe, dont la situation sanitaire est plus tendue, la plus grande discipline s’impose donc encore. C’est pourquoi, la circulation des personnes depuis les îles du Nord depuis et vers les îles françaises de Guadeloupe et de Martinique, ainsi que la France métropolitaine reste donc soumise à la présentation de motifs impérieux d’ordre professionnel, de santé ou familial.”

La double insularité invoquée par le Conseil exécutif pour ouvrir est donc, au sens étatique, la raison même pour laquelle il convient de fermer… Le serpent qui se mord la queue ? Non, une évidence courue d’avance, lorsque l’on est au fait des mécaniques gouvernementales et des prérequis d’une négociation…

En effet, le vœu de la Collectivité de Saint-Martin n’était, comme à l’accoutumée, assorti d’aucune contrepartie, aucune garantie, ni même d’aucun risque, en dehors d’un “contexte de crise économique et sociale sans précédent”… Une « menace » qui a dû faire sourire à Paris, le calme et le silence dans lequel nous hurlons notre mal-être n’ayant aucune commune mesure avec les récentes démonstrations de force en Guadeloupe, par exemple.

Un peu moins loin, la demande de levée des motifs impérieux de Saint Barthélemy, émise en Conseil territorial le 19 février, s’appuyait, elle, sur plusieurs propositions et un engagement chiffré de développer la capacité territoriale de tests PCR. A Saint-Martin, la fleur au fusil, nous nous contentons de vouloir et de le faire savoir…

“Ah, c’est encore vous ? Merci de déposer votre message dans la boîte à vœux, tirage au sort en 2022”

Si l’on en croit les mots du président Gibbs, relayés par son service communication, cette décision de maintien des motifs impérieux relèverait de la condamnation à mort de notre territoire. “Il est vital, pour l’économie du Territoire et son équilibre social, que l’exigence de motifs impérieux pour se déplacer, imposée brutalement le 2 Février dernier, soit supprimée le plus vite possible”, affirmait ainsi Daniel Gibbs.

Ce pronostic vital engagé de la COM n’aura, pour autant, pas su émouvoir Paris qui considère de toutes façons en faire déjà bien plus qu’il n’en faut pour notre Collectivité qui n’émarge pas à Bercy du fait de son autonomie fiscale, n’est pas concernée par les échéances électorales (départementales et régionales) de 2021 et n’en finit pas de ne pas faire ses preuves en termes d’ingénierie et de propositions…

Cette fin de non-recevoir et ces vannes qui restent donc fermées représentent  indéniablement une grande déception pour les acteurs du tourisme, pour les professionnels dans leur globalité et même pour les familles éclatées, a minima.

Mais, sur un autre pan, elle saura aussi faire le jeu électoral du président Gibbs qui aura encore le loisir d’affirmer, dans sa ligne préférée de victimisation : “Ce n’est pas moi, c’est l’Etat”…

Car, ne nous méprenons pas, les préoccupations présidentielles immédiates sont bien éloignées de quelque motif impérieux. D’après les échos de la Collectivité parvenant jusqu’à notre rédaction, le candidat à sa réélection est en effet bien plus affairé à mener actuellement une campagne individualisée au sein même de l’administration territoriale, vivier d’électeurs s’il en est, arguant de la nécessité d’au moins 2 mandats pour mener à terme les réformes engagées…

Il est vrai que l’urgence commence à poindre au fur et à mesure que le bilan de la Team s’évapore, car si dans toutes les bonnes histoires, le héros a droit à trois vœux, Daniel Gibbs en a déjà épuisé deux…

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